lundi 21 janvier 2019

Terre sans pain - Las Hurdes (Luis Buñuel, 1937)

Sans les commentaires en voix off, Terre sans pain pourrait passer pour un documentaire sur une contrée espagnole où le folklore tient une place prépondérante dans la vie des gens. On découvre une architecture, des tenues et des coutumes locales, certes bien typées (ici une fête de jeunes mariés qui doivent arracher la tête d'un coq avant d'offrir du vin à tout le village) mais qui ne devaient pas offusquer outre mesure en 1932. Avec le commentaire, le film de Luis Buñuel prend une tout autre tournure.

Dans les trois premières minutes, on entend successivement « village féodal », « mort », « aspect moyenâgeux », « fête étrange et barbare », « nous ne pouvons nous empêcher de penser aux amulettes des peuples sauvages ». Tout cela donc au sujet de ce village juste avant d'entrer dans la région des Hurdes « 52 villages pour une population de 8000 habitants ». Quand Luis Buñuel et son équipe entrent dans le premier hameau des Hurdes, il assure que l'ensemble a « conservé des vestiges d'une vie préhistorique ».

Ces vestiges ne vont pas cessé d'être décrits par le menu pendant les quelques 30 minutes de Terre sans pain. Ces vestiges viennent de l'ancien temps donc, la Monarchie espagnole tout juste abolie pour se lancer dans l'aventure de la République. Mais quand le film sort, 5 ans après son tournage, la guerre civile fait rage et cet ancien temps, moyenâgeux, préhistorique, barbare revient au galop, il est temps de rappeler à son public qui l'a accueilli (la France) ce que cet affreux Franco veut quand il causait d'Espagne éternelle.

En voyant Terre sans pain, j'ai pensé aux courts documentaires de Vittorio de Seta qui lui aussi filme des contrées peu hospitalières (Sicile et Sardaigne), il en faisait découvrir le mode de vie rude et peu enviable de ses habitants. J'ai aussi pensé à Heureux comme Lazzaro, cette idée que le temps s'est arrêté. Mais Luis Buñuel allait bien plus loin dans la description d'une enfer sur terre avec ces images comme preuves de la vie lamentable des ces enfants, car ce sont surtout le sort des enfants qui constituent le reportage (le mot est dans le commentaire).


Famine (ils trempent une tartine de pain dans un filet d'eau qui ruisselle à travers les rochers), maladie (goitre, maigreur), consanguinité (nanisme, débilité), misère (les enfants sont vendus pour mendier), nulle trace de bonheur dans cette contrée où rien ne pousse, tout est en pierre. Même les chèvres sont malheureuses. Des années après, on apprenait que cette fameuse scène où une biquette tombe du ravin était bidouillée, on découvrait un coup de fusil sur la droite du plan. Quoi qu'il en soit, le film est un modèle de mise en scène documentaire.





















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