Affichage des articles dont le libellé est Bernard Blier. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bernard Blier. Afficher tous les articles

mardi 14 avril 2020

Les Barbouzes (Georges Lautner, 1964)

La verve des répliques de Michel Audiard dans les films de Georges Lautner atteind dans Les Barbouzes des sommets de drôlerie. Le film est à double tranchant, il est brillant dans sa première moitié avec ces dialogues ciselés pour le trio d'acteurs Francis Blanche, Bernard Blier et Lino Ventura avant de tomber dans le train-train, dans l'habitude de ce que le dialoguiste a pu écrire. D'ailleurs, le film se termine et commence dans un train, comme quoi.

Dans ce prologue dans le train, Georges Lautner entend expliquer ce qu'est un barbouze, terme d'argot pour espion, mais dont il inverse la hiérarchie du niveau de langage. Ce sera l'argot qui fera figure de jargon dans le film et il ne sera laissé à personne le soin de dire des dialogues « naturels ». Ce registre du vrai faux – soit l'art de l'espion – se voit avec les premiers personnages du train qui ressemblent de loin à Ventura et Blier.

Les vrais sont ensuite présentés en voix off avec une ribambelle de surnoms ridicules tout en oxymore, leur déclinaison caractérise leurs qualités et leurs personnalités. Cette fois encore ils se présenteront comme auprès d'Amaranthe (Mireille Darc) comme des amis proches, forcément proches, de feu son époux. Lino Ventura devient le « cousin Ludo » que le gouvernement a chargé d'une mission : acheter les brevets.

Evidemment, aucun spectateur même pas sans doute celui de 1964 ne s'intéresse à cette histoire d'héritage. Il veut entendre Bernard Blier en pasteur suisse toute en onctuosité, avec ce petit sourire pincé et ses yeux qui se closent à moitié quand il s'approche d'Amaranthe. L'abbé perd son rictus dès qu'arrivent les trois autres affreux jojos venus pour cette même mission. Mais il ne se sépare jamais de son missel, sauf pour tenir un flingue.

Le plus génial pour jeter la verve d'Audiard reste Francis Blanche en espion russe à l'esprit slave déchirant de sa voix aiguë le calme apparent de ces funérailles dans ce beau château bavarois. « Mon cœur saigne petite sœur » dit-il en frappant du poing son poitrail. Seulement voilà, il se trompe de petite sœur, il va consoler l'amie de la veuve, sous les rires étouffés du Suisse, du Français et de l'Allemand.

Voici donc les quatre espions installés chez elle, on peut vite passer sur l'Allemand incarné par Charles Millot moins croquignolet que celui des Tontons flingueurs, on peut s'attarder sur « le fidèle Rudolph » (André Weber) porte-flingue du mari défunt, celui du lâche qui décide, qui fait avancer au moins un temps le récit en clarifiant les situations. Il y a toujours ce genre de personnage chez Lautner, c'était Venantino Venantini dans Les Tontons flingueurs.

Ce genre de gars qui sait tout sur tout, mais distille ses conseils au compte-goutte et uniquement s'il est de bonne humeur. Cela dit, Lino Ventura ne se gêne pas pour forcer ce grand maigre à coopérer et à le mettre de son côté. Chacun va éviter les mauvais coups de l'autre, les pièges des autres espions qui n'hésitent pas à faire sauter les chambres, cacher des scorpions dans les lits et mettre des micros partout (la spécialité du Suisse)


L'emballage sonore du film est sa plus grande réussite. La musique de Michel Magne est bien meilleure quand celle des Tontons flingueurs toute en crispation de piano et cordes, en ralenti puis en accéléré. C'est le l'Américain O'Brien (Jess Hahn) « remember cash ! », qui a peu de scènes mais les plus amusantes du film, avec ses jeunes dans sa Cadillac qui arrive et s'en va avec ce klaxon arrogant non sans s'être fait expulser manu militari par les autres.























dimanche 4 novembre 2018

Laisse aller c'est une valse (Georges Lautner, 1970)

On ne valse jamais dans le film de Georges Lautner mais on meurt beaucoup, des dizaines de cadavres s'accumulent dès que Serge Aubin (Jean Yanne) sort de la Santé après avoir purgé sa peine de prison pour un vol de bijoux. Un commissaire tenace (Bernard Blier) a une intuition et convainc Monsieur le divisionnaire, comme il le nomme, de laisser filer Aubin vers le magot. Auparavant, Aubin s'est vu proposer de sortir par une porte dérobée de la prison pour éviter les tueurs qui l'attendent dehors dans une CX (Jess Hahn et Venantino Venantini, entre autres), comme au bon vieux temps des Tontons flingueurs et des Barbouzes.

Ces affreux jojos ont été envoyés par le Comte (Nanni Loy, co-production italienne oblige) qui vit dans un immense appartement du 16e arrondissement avec vue sur la Tour Eiffel. Il s'est mis en concubinage avec Clara (Mireille Darc) qui se trouve être l'épouse de Serge Aubin. Et Clara a dénoncé son mari à la police. Conséquence, le mari veut flinguer sa femme. Il va se faire aider par Michel (Michel Constantin), connu en prison et sorti deux mois plus tôt. Problème, l'appartement du Comte est une forteresse. Jess Hahn et Venantini ont capturé Aubin dès la sortie de prison et commence à la torturer pour qu'il avoue où il a caché les bijoux.

Alors que Clara prend des leçons d'anglais avec un prof british (joué par Rfufus qui en fait des tonnes dans la concupiscence et les regards pleins de sous-entendus), Serge débarque dans l'appartement. Il balance quelques gifles à sa femme. Il faut maintenant quitter Paris pour une ferme rustique. Michel, Serge et Clara s'y installent, c'est là qu'il doit la tuer mais les vieux souvenirs, l'habitude et l'amour vont en décider autrement. Le trio va recevoir la visite du commissaire en survêtement rouge (il prétend faire son jogging, il a peur de grossir) puis d'autres tueurs du Comte qui entendent bien régler son compte au cambrioleur avant de se faire tuer par Michel. Le duo de Week-end retombe amoureux et leur scène de sexe est ô combien acrobatique.

Le récit a toutes les apparences du polar poisseux, Bertrand Blier, scénariste de Laisse allez c'est une valse, en a décidé autrement en plongeant de fortes doses de burlesque (bien plus fortes que dans les films précédents de Georges Lautner). Exemples. A la visite du commissaire, totalement improbable, il claque des doigts et un hélicoptère débarque dans la cour de la ferme, comme par miracle. Quand Michel attaque les truands, debout dans l('Austin Mini (un géant dans une minuscule bagnole) tenant deux mitraillettes, il change de position comme le canon d'un tank. Ce sont essentiellement des gags visuels ou de l'humour absurde assortis de répliques cocasses, comme Bertrand Blier les aime tant.


Le film est peuplé de têtes connues. En ouverture et clôture de film, on voit Albert Simon, dans son propre rôle de présentateur météo dans les studio d'Europe 1. Coluche (crédité Colhuche) joue un garçon de café. Jean-Michel Ribes et Daniel Prévost font deux tueurs philosophant sur la vie. Paul Préboist, un habitué, incarne un garagiste passionné de chasse qui va organiser une battue avec ses amis quand le trio vient lui chercher des noises. On croise aussi Philippe Khorsand et Gilbert Melki. Comme beaucoup de comédies loufoques des années 1970, le générique est un dessin animé, ça faisait longtemps que j'avais pas vu ça. Dans ce générique, le nom de Louis Hochet au son, la même année il faisait celui de Othon des Straub.



















mardi 9 octobre 2018

Les Tontons flingueurs (Georges Lautner, 1963)

Dans quelques films récents, Venantino Venantini a fait un sympathique comeback, quoique, il semble n'avoir jamais disparu des écrans de cinéma. Il jouait ainsi dans Un + Une de Claude Lelouch, La Vie très privée de Monsieur Sim de Michel Leclerc ou dans Maryline de Guillaume Gallienne. C'était des tout petits rôles, certes, mais il a un physique tellement reconnaissable. Venantino Venantini c'est un nom si particulier, une répétition typiquement italienne quasi exacte du prénom et du nom de famille.

Des plus de 150 films qu'il a tournés depuis 1954, en Italie (chez Dino Risi, chez Ettore Scola) comme en France (chez Gérard Oury, l'un des nobles félons de La Folie des grandeurs), c'est dans le cinéma de Georges Lautner qu'il s'est épanoui, avec parfois sa vraie voix avec forcément une pointe d'accent, parfois doublé en français (comme dans Les Tontons flingueurs). De grande taille, élancé, le regard franc, Venantino Venantini vient de mourir à 88 ans et Les Tontons flingueurs est son meilleur film.

Je ne suis pas le plus grand fan au monde du cinéma de Michel Audiard, de ses dialogues qui fleurent bon tout à la fois l'argot de Titi parisien et le mot d'auteur à effet péremptoire, mais dans Les Tontons flingueurs comme dans Les Barbouzes (1964) et Ne nous fâchons pas (1966), je trouve tout cela délicieux et jouissif. Venantino Venantini jouait Pascal, le porte flingues de Fernand (Lino Ventura). Pascal a la particularité d'être le cousin de Batsien (Mac Ronay) du porte flingues des Volfoni, les ennemis de Fernand.

Pascal et Bastien sont les témoins privilégiés de l'affrontement des deux gangs de malfrats. Fernand se retrouve être l'héritier du Mexicain et doit s'occuper de sa fille, la Patricia (Sabine Sinjen), jeune femme espiègle qui prétend ne pas être au courant des activités peu recommandables de son père. Le tuteur doit composer avec cette « nièce » (elle ne cesse de l'appeler « mon oncle », il lui fait croire qu'il l'est) mais aussi avec le fiancé de Patricia, le sémillant Antoine (Claude Rich), celui qui commence à les lui « briser menu ».

Fernand est admirablement aidé dans sa tâche par l'avoué du Mexicain, le fort peu distingué Maître Folace (Francis Blanche), celui qui sortira à une invitée de Patricia lors de la fameuse scène du tord-boyaux « touche pas au grisbi, salope ». Dans l'hôtel particulier, le majordome Jean (Gérard Dalban) sert toute la troupe et il s'exprime en anglais, comme tout bon majordome qui se respecte. Le majordome est un ancien voleur qui était venu cambrioler la maison du Mexicain, plutôt que le flinguer, il l'a embauché.

Dans la séquence du tord-boyau dans la cuisine, Fernand, Jean (qui sert des canapés aux amis de Patricia et Antoine où tout l'alcool est bu par ces jeunes écervelés) et Maître Folace se retrouvent pour un temps de paix avec les Volfoni. Deux frères au physique dissemblable. Raoul (Bernard Blier) au tempérament de cochon et aux répliques inimitables et Paul (Jean Lefebvre) avec son habituel air d'abruti congénital. Ils évoquent la composition du breuvage infernal, oui, il y a bien de la betterave, ajouté Paul avec son air innocent.


Plus qu'un film se situations, Les Tontons flingueurs est un film de personnages hauts en couleur, une représentation de la vieille France gaullienne nostalgique des colonies (Lulu la Nantaise qui buvait cet alcool au petit-déjeuner a croisé Fernand comme Raoul en Cochinchine). Cette vieille France s'oppose à Patricia et surtout Antoine pratiquant de la musique concrète. La musique, géniale, est composée par Michel Magne, c'est une variation sur le même thème. Les Tontons flingueurs invente aussi le son des revolvers silencieux. Ciao Venantino Venantini.