Affichage des articles dont le libellé est Islande. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Islande. Afficher tous les articles

vendredi 13 juillet 2018

Woman at war (Benedikt Erlingsson, 2018)


Woman at war est la jolie surprise de ce mois de juillet. Les plaines d'Islande en format scope sur l'écran et au milieu cette femme en guerre, Halla (Halldóra Geirharðsdóttir) – son prénom se prononce Atla – qui prépare son arc et sa flèche pour tirer sur des lignes à haute tension qui traverse ce paysage que le spectateur a bien le droit d'admirer. Son combat est de faire capoter un accord commercial entre l'Islande et une entreprise chinoise qui veut mettre des pylônes partout en Islande.

C'est donc sous des atours politiques que commence le récit entièrement vu du point de vue de son héroïne. Un héroïne qui se bat avec des moyens rudimentaires et ridiculise les autorités. C'est sur cette opposition que l'humour léger mais permanent se distille. Des drones sont envoyés pour trouver ce « terroriste », des policiers armés patrouillent, des chiens sont lancés à sa poursuite, rien n'y fait, Halla connaît la lande comme sur sa poche.

Une autre woman entre dans le décor, c'est le nom de la chienne de Sveinbjörn (Jóhann Sigurðarson) un vieux paysan qui va participer, bien malgré lui, à la résistance contre les lignes électriques. Plusieurs fois, il va protéger Halla, la transporter dans son camion sous les brebis puantes, lui laisser sa vieille voiture bleue et aussi la sauver quand elle se blessera à force d'avoir attaquée, tel Don Quichotte, ces moulins de l'ère moderne.

Elle est aidée par un fonctionnaire du gouvernement, Baldvin (Jörundur Ragnarsson) participe à la chorale dirigée par Halla. Les autres choristes soupirent de jalousie quand elle demande à Baldvin de venir l'aider à faire des photocopies. Hop, ils glissent leur smartphone dans le freezer (l'une des récurrences comiques) et commencent à discuter du prochain plan d'attaque mais aussi des risques encourus car la police est de plus en plus sur ses gardes.

D'ailleurs, elle ne cesse d'arrêter un touriste espagnol (Juan Camillo Roman Estrda) qui parcourt l'Islande en vélo (quel courage), là encore dans un gag récurrent, décidément nombreux. Ces petites touches d'humour ouvrent le film vers un portée politique décontractée, tout comme ce groupe de musique islandais (trois jolis barbus en costumes de gentlemen farmers) ou ces choristes ukrainiennes.

Le film ne se contente pas d'être un sympathique brûlot politique aux forts accents écologiques, Halla joue aussi dans un autre registre. La solide quadragénaire apprend qu'elle a été acceptée pour adopter une petite fille ukrainienne (c'est pour cela qu'elle aperçoit le trio de chanteuses en costume local). Pour Halla la question essentielle est désormais de savoir si elle pourra continuer son combat quand elle sera maman, compte tenu des risques.

L'actrice joue deux rôles. Halla et Asa sa sœur jumelle qui rêve de faire une retraite chez un gourou en Inde. Asa apporte un peu de douceur à Halla et au film. Ce double rôle accentue la dualité de Halla qui multiplient les personnages dans un seul film, plus précisément les personnalités avec une sensibilité d'équilibriste épatante sans que Woman at war ne tombe dans les écueils démagogiques du « feel good movie ».

mercredi 29 juin 2016

L'Effet aquatique (Solveig Anspach, 2015)

Une île, un couple et une piscine. En attendant de regarder le match de foot France-Islande dimanche soir, l'ultime film de la cinéaste Solveig Anspach est aussi un voyage entre la France et l'Islande. L'Effet aquatique débute à Montreuil, capitale des intermittents, où Samir (Samir Guesmi) remarque une brunette pimpante, elle jette un gars qui la draguait. Ça se passe dans un petit bar de quartier. Samir apprend qu'elle est maîtresse nageuse à la piscine Maurice Thorez. Il décide donc de prendre abonnement sur les bons conseils du caissier (Estéban, l'une des gueules des films d'Antonin Peretjatko). Il prétend ne pas savoir nager et demande des cours, mais la femme qui lui enseigne la nage est une autre, Corinne (Olivia Côte), une nymphomane dont il a du mal à se dépêtrer. Samir, malgré sa timidité, va donc tout faire pour se retrouver avec Agathe (Florence Loiret-Caille), la brunette en question qui reste aussi peu commode que dans le bar.

Les saynètes s’enchaînent sur un rythme très cool (trop parfois), avec des personnages cocasses et vaguement déconnectés du réel. La porte du vestiaire cassée oblige Samir à rester après la fermeture, Agathe nage après son travail, le directeur de la piscine (Philippe Rebbot) invite deux jeunes femmes, l'une d'elles manque de se noyer. Tout ça amène Agathe à participer au congrès des maîtres nageurs en Islande. Et Samir la suit par l'avion suivant. Héroïne de son avant-dernier film Queen of Montreuil, Anna (Didda Jonsdottir) accueille Agathe. Coiffée d'un bonnet, travaillant un jour sur deux comme adjointe au maire et le lendemain comme secrétaire, elle est secondée d'un grand échalas avec lequel elle échange ses boulots également un jour sur deux. Anna est l'organisatrice du congrès. Championne de l'organisation, toujours armée de son iPad, Anna règle tous les problèmes d'une façon bien différente du directeur de Montreuil.

Comme tous les films de Solveig Anspach que je suis depuis 1999 (Haut les cœurs!), la légèreté est de mise, l'humour est exotique puisque l'on est en Islande et l'histoire d'amour se terminera avec un happy end à la guimauve. Samir a connu Anna à Montreuil, cette fameuse histoire de grutier. Anna va aider notre gentil timide à conquérir à nouveau Agathe qui ne veut pas entendre parler. Au programme : un périple sur les routes d'Islande sans arbres et sinueuses, des réunions du congrès des maîtres nageurs où Samir se fait passer pour le représentant d'Israël (il a un plan de paix à proposer), une amnésie accidentelle et enfin par la visite à une femme chamane. Comme dans tous les films de Solveig Anspach, les femmes (ici Florence Loiret-Caille et Didda Jonsdottir, jadis Karin Viard ou Elodie Bouchez) son plus malines que les hommes. La petite musique doucereuse de la cinéaste, décédée en août 2015, se faisait entendre pour la dernière fois.

vendredi 11 décembre 2015

Béliers (Grímur Hákonarson, 2015)

Béliers est un film assez sympathique mais un peu fourre-tout avec pas mal de thèmes dans l'air du temps. Le jeune cinéaste islandais Grímur Hákonarson (peu de films viennent d'Islande, une bonne raison d'aller le voir) filme la campagne avec un format très large. Pas de d'arbres, des collines noires et deux fermes blanches dans lesquelles habitent deux frères. Ce paysage désertique est le nouvel exotisme, non pas celui de la pampa comme chez le cinéaste argentin Carlos Sorin (auquel on pense beaucoup devant Béliers) , mais boréal. Le cinéaste filme sans joliesse son immense cadre pour accentuer l'effet de réalisme. On a envie d'y aller en vacances pour se balader mais pas d'y vivre.

Les deux frères, bons gros gars robustes à la barbe fournie, habitent là tous les jours. Ils sont voisins mais ne se parlent plus depuis des années. Il se côtoient quand ils vont au village participer au concours du plus beau bélier. La solitude due à l'isolement est le deuxième motif du film. Tous deux sont restés célibataires. Leurs occupations sont maigres : s'occuper des moutons qu'ils élèvent dans leur ferme respective, boire de l'alcool pour rester au chaud et les puzzles. Il ne sera jamais vraiment indiqué la raison de leur fâcherie (option scénaristique de garder du mystère), mais il est fait allusion à un héritage familial mal digéré.

Le thème de l'incommunicabilité est propice à l'une des rares scènes amusantes du film qui tire quand même bien la gueule malgré une affiche française à la limite de l'arnaque publicitaire (pas celle qui est ci-dessus). Le chien d'un des frères (à moins qu'ils se le partagent, mystère) se fait pigeon voyageur en transmettant des messages que les deux frères s'envoient pour se faire des reproches. Les dialogues, toujours organiques, sont réduits à leur portion congrue, la musique est quasi absente de la bande sonore pour mieux faire entendre le vent glacial que l'on ressent profondément (là, c'est très réussi).

Une fois que le récit a bien fait le tour de leur aversion réciproque, le drame se met en mouvement. Le bélier victorieux du frère aîné est malade et menace de contaminer non seulement les autres bêtes des deux fermes mais aussi tous ceux de la vallée. Le drame est moins la maladie que le fait que ces moutons, béliers et brebis sont d'une race locale qui risque d'être exterminée. La fable écologique est touchante et forte tout autant que le désespoir des deux frères qui vont petit à petit tenter de se rabibocher pour trouver une solution à cette disparition programmée.

Le film se poursuit avec un sens aigu du suspense quand les autorités sanitaires viennent vérifier que les animaux ont été abattus et que la ferme a été nettoyée. C'est Kafka en Islande avec son lot de décisions impitoyables, son administration aveugle et ses agents qui surgissent de nulle part. Là, on ressent la douleur des deux frangins, un douleur viscérale et térébrante, car finalement s'ils n'ont plus de moutons à élever, eux aussi vont disparaître de ce grandiose paysage islandais, absorbés par des forces qu'ils ne contrôlent pas.