vendredi 17 novembre 2017

Ex Libris, The New York Public Library (Frederick Wiseman, 2016)

Quand on se rend à New York et qu'on se promène dans Manhattan, l'un des plus beaux beaux bâtiments à visiter est le bibliothèque publique, la New York Public Library. Le vieil immeuble adossé à Bryant Park a servi de décor à SOS Fantômes, c'est dans les rangées des fiches que le premier slime faisait irruption effrayant une pauvre bibliothécaire coincée en tailleur strict comme on les imagine dans les films de fiction. Ex-libris n'évoque pas SOS Fantômes et ceux qui dirigent la NYPL ne sont plus des rats de bibliothèque.

Tourné juste avant l'élection de Donald Trump mais monté après, le film s'ouvre sur un discours sur l'ignorance et sur la liberté que peut apporter aux habitants de New York le réseau de bibliothèques. Cette liberté ne peut être préservée que par le soutien de la ville de New York, dirigée depuis 2013 par Bill de Blasio, maire démocrate de gauche. La municipalité subventionne largement la NYPL et les discussions du directeur et de son équipe cherchent à trouver un équilibre entre les sommes versées par la ville et le mécénat.

Pendant les 3h 17 minutes du documentaire de Frederick Wiseman, on découvre à quoi sert cette argent. Une bibliothécaire néerlandaise explique qu'il n'existe pas de modèle de bibliothèque, LA bibliothèque, que cela ne consiste pas seulement à emprunter ou consulter des bouquins. Les agents au téléphone, en service public, doivent répondre à toutes les demandes, comme la généalogie des Herzog en Autriche, comme l'origine des licornes (un moine écrit sur l'animal légendaire en 1225, plus ancienne occurrence). Tant qu'ils peuvent répondre.

A New York, chaque district a un antenne de bibliothèque. Certes, la préférence de Frederick Wiseman se porte essentiellement sur celle du centre de Manhattan avec ses deux sculptures de lion (le symbole de la NYPL visible sur tous les fanions devant chaque bâtiment), mais il se déplace aussi dans le Bronx et dans d'autres quartiers de Manhattan, à Chinatown pour aider les Chinois (qui parlent cantonais), dans le centre de livres en braille ou à Harlem où les bibliothécaires sont aussi des assistants scolaires pour apprendre à lire et écrire.


Contrairement à National Gallery, le cinéaste appréhende relativement peu les coulisses de la NYPL, c'est le point faible du film. Il est montré le long parcours des documents, leur tri sur des chaînes de tapis roulant, les photographies des documents anciens, cartes, livres, mais ce sont les invités qui occupent la meilleure part. Elvis Costello et Patti Smith ne font pas le poids face à cette jeune femme qui parle des liens entre Lincoln et Marx ou face au président du fond Arturo Schomburg, là le film est réellement passionnant, la parole comme souvent est celle de la résistance des minorités.

jeudi 16 novembre 2017

Borg McEnroe (Janus Metz, 2017)

Cette année, les films suédois se suivent mais ne se ressemblent pas. Mai, Palme d'or pour The Square, juin gros succès pour Le Caire confidentiel polar poisseux sur la corruption, novembre Borg McEnroe, meilleur de ces trois films, gros bide commercial. Peut-être que Shia LaBeouf en a effrayé plus d'un, d'autant plus dommage que le titre et l'affiche sont légèrement trompeurs puisque l'acteur américain surtout connu pour ses frasques artistiques (c'est lui qui aurait dû être au centre de The Square) n'a qu'un rôle secondaire. Et surtout, il est vraiment très bon dans ce personnage de McEnroe.

Le biopic commence de façon bien classique et un peu pataude. Björn Borg (Sverrir Gudnason) s'apprête à jouer le tournoi de Wimbledon de 1980. Il réside à Monaco avec sa fiancée et part s'entraîner. Dans la rue, tout le monde le reconnaît, sans enthousiasme tel « l'iceborg » qu'il est devenu – surnom que lui donnait la presse britannique, il signe quelques autographes, dit quelques mots, il joue le jeu de la célébrité sans sembler y prendre le moindre plaisir. Quand son entraînement est fini, il se rend compte qu'il a oublié dans son appartement les clés de sa voiture, ses papiers et n'a pas le moindre sou en poche.

Il tente vainement de passer incognito pour rentrer chez lui et se réfugie dans un café sans clients où, miracle, le serveur ne le connaît pas. Sans argent, il ne peut pas payer. Le cafetier est un peu étonné de trouver un client sans argent à Monaco. La conversation s'engage, Björn Borg au lieu de dire qu'il est le tennisman N°1 mondial et profiter de sa notoriété prétend s'appeler Rune et propose de payer le café en faisant quelques tâches, ici ranger des colis dans l'arrière-boutique. L'incongruité de la situation est comique mais elle montre toute l'ambition de la mise en scène de Janus Metz.

Le court de tennis est une scène de théâtre. Des milliers de spectateurs sont à Wimbledon, des millions de téléspectateurs assistent à la retransmission des matches et espère cette finale pronostiquée par tous les journalistes. Au centre de la scène, Borg et McEnroe doivent jouer les rôles qu'on leur a assigné. Le premier est d'un grand calme, jamais un mot plus haut que l'autre, le second est un petit excité, insultant l'arbitre à grand renfort de fuck et autres amabilités, le premier est droitier, le second gaucher, le premier européen et le second est américain.

Cette mise en scène passe par de nombreux flashbacks sur leur adolescence, sur leur vie de débutant. En Suède (le film est souvent en suédois ce qui permet d'entendre comment on prononce son nom de famille), Björn Borg vient d'un milieu très modeste. Un sélectionneur de l'équipe nationale dira même à sa mère que le tennis n'est pas un sport de leur classe sociale. C'était avant la démocratisation du sport, au début des années 1970. Le gamin est repéré par Lennart (Stellan Skarsgård), le premier tennisman suédois à avoir été qualifié à Wimbledon, en 1948.

Björn Borg était un adolescent turbulent, virulent, comme l'est McEnroe en 1980. L'idée de son entraîneur est donc de lui faire abdiquer toute émotion. Les flashbacks sur l'enfance de McEnroe le montre comme un gamin, au contraire, d'un grand calme, issu d'un milieu privilégié, dominé par des parents protecteurs. Le destin de McEnroe s'imbrique dans celui de Borg, dans la chambre d'ado de John, un poster de Björn est accroché au mur. L'unique ambition de l'Américain est d'affronter le Suédois et ce match est magnifiquement rejoué, en autant d'actes que de sets, dans le finale du film.


Il arrive parfois aux deux hommes de vouloir sortir de leur personnage. McEnroe dans une conférence de presse ne veut répondre qu'aux questions sur le tennis quand les journalistes ne parlent que de la rivalité. Borg est perclus de tics et fonde sa confiance sur la superstition, élaborant des rituels complexes et immuables s'opposant ainsi à la science infuse de John enfant, fortiche en calcul mental à la grande fierté de son père. Borg et sa fiancée refusent les propositions des publicitaires qui veulent contrôler leur mode de vie. Ces deux doubles personnalités donnent au film ce ton tragi-comique.

mercredi 15 novembre 2017

J'ai aussi regardé ces films en novembre

M (Sara Forestier, 2017)
En 2003, Sara Forestier jouait dans L'Esquive une lycéenne de 17 ans, en 2017 dans M sa première mise en scène de cinéma, Sara Forestier joue une lycéenne de 17 ans. Mais cette fois, elle bégaye ni sur un mode tragique ni sur un mode comique. Son film parle des mots, des maux, de Mo, le personnage masculin qui ne sait pas lire quand elle ne sait pas parler. Un peu de poétique du pauvre (on vit dans une roulotte), un peu de social (la mixité), un peu de sensualité. Parfait pour un court-métrage ici étendu pendant 100 minutes.

D'après une histoire vraie (Roman Polanski, 2017)
Si l'on parvient (de moins en moins) à séparer l'homme qui traîne des casseroles de viol avec l'artiste, alors on peut dire que ce dernier film est une merde. Tourné avant Misery, il aurait été un thriller passionnant, on y trouve même une jambe dans le plâtre. Tourné avant Sixième sens, il aurait été un modèle de mise en scène. Assez vite, on remarque que le personnage de stalker que joue Eva Green ne parle qu'avec Emmanuelle Seigner, jamais avec d'autres personnages (il faut observer les deux scènes au café). Tourné après Ghost writer, on se rend compte qu'il n'a rien à dire de mieux sur la littérature.

Mise à mort du cerf sacré (Yorgos Lanthimos, 2017)
Cette année, à Cannes la compétition était entre cinéastes qui pomperaient le plus le style de Kubrick. Film gagnant, que des plans à la symétrie parfaite où les personnages sont précédés par une caméra à la steadycam dans les dédales d'un hôpital digne de l'hôtel Overlook. Symétrie de la famille, un papa, une maman, une fille, un fils. Le cinéaste grec est tellement obsédé par ses mouvements d'appareil et sa symétrie (ah ces recadrages à la Tavernier) qu'il en oublie seulement d'apporter le trouble et l'effroi nécessaires au personnage de Martin pour exister. Colin Farrell est encore plus mauvais que dans Les Proies.

A beautiful day (Lynne Ramsay, 2017)

La cinéaste écossaise est elle aussi une grande admiratrice de Stanley Kubrick, la séquence dans la résidence du gouverneur Williams en fin de film est à la fois un hommage à Shining et à 2001 l'odyssée de l'espace. Le slogan de l'affiche comme les deux prix cannois ne sont qu'un cache-misère, on voudrait la comparer à Scorsese, on est devant un Joel Schumacher. Joaquin Phoenix, plus histrion que jamais (il pleure – une seule larme, il cherche des bonbons verts, il vit chez maman) s'est fait la gueule de Mel Gibson. La mise en scène consiste à le montrer détaché de tout ce qui lui arrive (coucou Drive) mais criblé de souvenirs douloureux (bonjour Dr. Freud). Le film tape mollement sur la corruption des élites (un gouverneur et un sénateur sont pédophiles et s'échangent leurs filles), et quand je dis taper, c'est avec le marteau de Joaquin Phoenix.

mardi 14 novembre 2017

Don Camillo Monseigneur (Carmine Gallone, 1961)

Pour apaiser les esprits, pour que le calme revienne au village, leurs supérieurs hiérarchiques respectifs ont décidé d’envoyer Don Camillo et Peppone à Rome. Le premier est nommé Monsignore auprès du Pape, le second est nommé Sénateur. Ils ne sont séparés que de quelques centaines de mètres, le Sénat et le Vatican sont filmés en un seul plan comme on le voit dans le générique de Don Camillo monseigneur (le titre italien est meilleur, il ajoute ma non troppo, mais pas trop, le curé bien que monté en grade reste un bagarreur fort revêche).

Mais depuis trois ans qu’ils sont en poste, ils ne se sont jamais revus. Le film se déroule 10 ans après Le Petit monde de Don Camillo prenant en compte la prise de pouvoir de Khrouchtchev et la politique de détente. Si on découvre le curé tout miel avec des Américaines, bien qu’ayant un anglais médiocre (il prononce alright en phonétique), Peppone n’a pas droit à autant de tendresse, le sénat est en plein débat et il roupille, tout juste réveillé par les applaudissements de ses pairs, c'est alors qu'il reprend ses sales habitudes d’éructer sans même savoir pourquoi.

Cette troisième aventure sera bien plus italienne que celles de Julien Duvivier, encore plus à la gloire du catholicisme et grossièrement dénigrante du communisme. Pour l’instant, il faut trouver un prétexte pour faire revenir les deux compères au village. De toute façon, ils ont le mal du pays et ils doivent revenir. Le patron du Parti Communiste comme les prélats ne vont cesser pendant tout le film de téléphoner au village pour réclamer leur retour à Rome.

Peu importe le prétexte pour revenir sur les rives du Pô, les deux compères partent en train et se retrouvent dans la même cabine, vont-ils parvenir à cohabiter une nuit ? Puis c'est le trajet vers le village où Don Camillo prend Peppone en stop, puis le laisse en plan au milieu du chemin, ce gag sera récurrent chacun sera abandonné par l'autre en cours de route. Enfin les bisbilles reprennent. Le fils aîné du maire veut se marier avec une jeune fille catholique. Le père de cette dernière refuse de donner son assentiment.


Peppone exige un mariage civil et laïc tandis que Don Camillo entend les marier dans son église. Elle fera croire qu'elle est enceinte pour accélérer le mariage. À cela on ajoute la construction d’une HLM qui forcera à détruire une vieille chapelle puis une dispute autour d’une cloche laïque. Le scénario oppose sans humour et avec une certaine rancœur les communistes et leurs adversaires. Le film est très italien, c'est-à-dire pudibond (la séquence où on vole les vêtements du curé), vieillot et traditionaliste (le mariage, il n'y a que ça de vrai). 
















La Grande bagarre de Don Camillo (Carmine Gallone, 1955)


Cette troisième aventure a deux titres bien distincts, l’italien associe pour la première fois Don Camillo et Peppone en offrant à ce dernier l’adjectif onorevole, l’honorable. C’est que le début de La Grande bagarre de Don Camillo voit une nouvelle campagne électorale prendre corps dans le village. Non pour briguer un nouveau mandat de maire mais pour être député. Peppone a toutes ses chances, il est très populaire (même l’opposition municipale regretterait son départ) malgré ses soudaines colères et sa sale habitude de décider à la place des autres.

Le Parti dépêche au village un conseiller en communication, en l'occurrence une conseillère, une jeune femme dynamique et charmante qui va attirer tous les hommes aux meetings, ce qui rend furieuse de jalousie l'épouse de Peppone (elle menace de le quitter). Mais ce qui manque au maire (la vieille institutrice l'avait appris dans le premier film) c'est son certificat d'études. Ses camarades le font réviser, il connaît tout sur le bout des doigts même le théorème de Pythagore. Il va réussir mais les sujets ne l'inspirent guère.

Faire échouer un futur député, impossible pensent les examinateurs. Don Camillo aimerait tant qu'il rate son certificat d'études, mais l'arrivée du petit Lénine, le dernier né de Peppone, le pousse à un peu tricher et à donner au maire la solution à ce problème de robinet qui s'écoule. Pour la composition écrite, Peppone doit parler d'un « homme que vous n'oublierez pas ». Mais qui donc, se demande-t-il en se grattant la tête, mais cet homme est forcément le curé lui répond Don Camillo non sans absence de modestie.

C'est dans La Grande bagarre de Don Camillo à l'occasion de cette rédaction que l'on découvre comment les deux ennemis intimes se sont rencontrés pour la première fois. Peppone était un résistant communiste et Camillo un curé de campagne barbu. La cocasserie de la scène de flash-back vient du contraste entre ce que l'on voit à l'image et ce qu'écrit Peppone. Il se donne dans sa rédaction le beau rôle mais la scène le montre un peu veule, pas aussi courageux que Don Camillo. Où est la vérité ? Dans les images ou dans la légende ?

Ce passé ressurgit dans le récit avec ce tank caché dans la ferme d'un homme de Peppone, un métayer qui continue d'occuper une ferme qui ne lui appartient pas. Là, on comprend que le tank n'est pas de l'Allemagne nazie (les occupants) mais des USA (les libérateurs). Tous les deux se promènent dans ce tank pendant la nuit, jusqu'à ce qu'un obus s'échappe du canon, par une grande maladresse de Peppone, et qu'il atteigne la colombe installée au milieu du village. Evidemment, les communistes se demandent qui sont les auteurs de cet ignoble attentat.


Les bisbilles entre les deux camps sont gentilles. Le curé sabote l'affiche électorale de Peppone (il maquille le maire en diable). Mesure de rétorsion : le maire fait voler les poules que Don Camillo élève dans sa cour. Ce sont essentiellement les rapports au catholicisme qui sont développés, la manière adoptée par Peppone pour venir prier en secret dans l'église. Prier la Sainte-Vierge pour gagner les élections législatives. Il va gagner même si Don Camillo exhorte Jésus, qui refuse d'intervenir, à le faire perdre. Parce qu'il veut garder son maire adoré au village.


















lundi 13 novembre 2017

Le Cuirassé Potemkine (Serguei Eisenstein, 1925)

Je continue de regarder les films de Serguei Eisenstein, voici donc Le Cuirassé Potemkine, 71 minutes qui concentrent une seule journée en juin 1905. La Russie tsariste était en guerre contre le Japon depuis quelques mois, la cause était la volonté du tsar de coloniser les rives du fleuve Amour, tout au bout se trouve Vladivostok. L'armée impériale est donc sur le qui-vive et l'action du film commence dans les quartiers des matelots du Potemkine, les soldats sont entassés sur des hamacs, dans une certaine promiscuité, la chaleur estivale est accentuée par la vie dans les cales du cuirassé, les soldats dorment tant bien que mal, torses nus, quand un garde chiourme, un officier frappe un jeune et nouveau soldat au fouet dans le dos, sans aucune raison valable.

C'est par cet acte gratuit et violent que commence la mutinerie des marins du Potemkine. Les coups font pleurer le jeune matelot, vite consolé par ses camarades de chambrée. Dans ce confinement, la révolte surgit rapidement. Puis, elle s'accentue sur le pont avec la découverte de vers sur la viande qui doit être mangée par les matelots. Enfin, Eisenstein commence à montrer les gradés, toujours sur le même mode. Il prend le parti des marins, humiliés et mal nourris, filmés à leur hauteur, alternant plans d'ensemble et gros plans. Les gradés, du capitaine au médecin de bord sont en contre-plongée, la caméra ausculte leur air vicieux, les regards satisfaits de maltraiter leurs hommes.

Quand le médecin observe avec ses binocles la viande, il affirme que ce ne sont pas des vers mais des larves de mouches, que la viande est tout à fait comestible. La confrontation visuelle entre deux modes de vie prend son ampleur avec la présentation du coin cuisine des marins. Du plafond, ils détachent des tables rectangulaires tendues par des chaînes, des grosses gamelles de bortsch sont posées. Chez les gradés, plusieurs matelots nettoient patiemment les couverts et les assiettes sur lesquelles est écrit « Dieu, donne nous notre pain quotidien ». Fou de colère devant cette phrase considérée comme un affront, l'un des marins prend une de ces assiettes et la jette par terre. Dans ce bris, toute la révolte est contenue.

Le Cuirassé Potemkine est composé de cinq parties. Le seul personnage qui se détache des autres est le marin Vakoulintchouk, solide moustachu, qui va prendre la tête de la mutinerie. Il organise une grève. Le Commandant du navire, absent du récit jusque là, sort de son écoutille pour menacer les mutins et décide, rien de moins, que de faire fusiller les rebelles. Il grimpe sur une estrade pensant dominer la situation mais rien n'y fait. Seulement voilà, une balle atteint Vakoulintchouk, tirée dans le dos comme le font les lâches que ce sont ces gens de pouvoir. Cet unique personnage disparaît du film mais sa révolte se répand dans toute la population d'Odessa quand la ville apprend la mort du valeureux et révolutionnaire marin.

C'est la quatrième partie qui est restée la plus fameuse, celle de l'escalier d'Odessa. Après avoir apporté des victuailles aux insurgés, une partie de la population observe des escaliers le cuirassé. C'est ce moment là que les soldats se lancent à l'assaut contre la population dans l'escalier. Les soldats, dans leur uniforme blanc (la couleur des tsaristes qui avaient lutté dans la guerre civile de 1917 à 1922 contre l'armée rouge), marchent au pas, mécaniquement, comme des marionnettes du pouvoir. Les tirs de leurs fusils s'abattent sur les habitants. Cette foule tente de fuir et est encerclée par les terribles Cosaques sur leurs chevaux.


Cette foule enthousiaste est ainsi prise au piège. Eisenstein choisit quelques figures, quelques visages comme autant d'exemples de la tyrannie du tsar. Ce sont des victimes innocentes, ainsi cet enfant touché que sa mère porte à bout de bras, ces habitants qui tentent de convaincre les soldats de ne pas tirer, ils seront tous abattus sans sommation et cette mère poussant un landau qui va dévaler l'escalier lentement. La scène n'est pas célèbre uniquement pour elle-même, Eisenstein crée une tension avec cet enfant innocent pris dans des événements qu'il ne peut pas contrôler, mais aussi pour l'influence sur d'autres cinéastes, la meilleure reprise est dans Les Incorruptibles de Brian De Palma.