jeudi 24 janvier 2019

L'Enigme du Chicago Express (Richard Fleischer, 1952)

Un collier de perles se casse soudain quand la femme met son manteau. Elle ne voulait pas sortir de l'appartement, elle ne voulait pas revêtir son manteau dedans et le fait sur le pallier de l'appartement où elle était détenue. Les perles tombent dans l'escalier et atterrissent au rez-de-chaussée où un homme tapi dans l'ombre attend que la femme et les deux policiers qui l'accompagnent descendent pour les descendre. Ce mouvement vertical sera l'un des seuls dans un film entièrement consacré à l'horizontalité, celui d'un train qui arrive à Chicago et d'où sortent les deux policiers.

Cette femme brune, la sophistiquée Frankie Neall (Marie Windsor), veuve d'un gangster, doit témoigner lors d'un procès contre les employeurs de feu son époux, bref contre la pègre. Et comme on le découvre dans cette première scène, ceux qui ne veulent pas qu'elle se rend au tribunal sont déterminés. L'embuscade nocturne se termine par la mort de l'un des deux flics, un moustachu grassouillet. Il ne reste que le rugueux Brown (Charles McGraw), physique taillé à la serpe, long pardessus et chapeau. L'archétype du flic de film noir, très noir ici.

On suit Brown et Frankie, la femme vulgaire et récalcitrante qui souffle la fumée de sa cigarette au visages des hommes et écoute son disque de musique endiablée sur son tourne-disques, au risque de se faire remarquer par ceux qui veulent sa peau. On les voit se glisser dans la gare ces hommes qui cherchent Frankie mais qui ne connaissent pas son visage, ils observent et leurs visages sont renvoyés, ici dans des vitres miroirs, là dans des regards en gros plan qui abondent dans le film, créant ce malaise inéluctable de la chasse à la femme.

Le film joue sur cette ambiguïté de ne pas connaître le visage de cette femme témoin et les suiveurs vont prendre une jeune femme blonde, Ann Sinclair (Jacqueline White, l'actrice vit toujours, L'Enigme du Chicago Express était cependant son dernier film), pour leur cible. Brown maintient Frankie dans sa cabine et traverse de long en large les couloirs des wagons pour échapper à ces hommes dans une course poursuite réduite à son strict minimum. Dans le wagon restaurant il s'assit en face d'Ann Sinclair, l'effrayant tant par son comportement qu'elle quitte la table.

Plus le film avance, plus le nombre de personnages augmente. Un gamin collant et bruyant, un obèse qui obstrue le couloir, un homme dégarni qui veut le corrompre. Chaque fois Brown doit tout faire pour s'en dépatouiller ou au moins faire en sorte que Frankie reste en sécurité. Dans cet espace réduit, dans ces couloirs aux nombreuses portes qui s'ouvrent sur des dangers potentiels, rien n'est sûr, Brown doit inventer des stratagèmes, tendre des chausses-trappes, élaborer des esquives pour s'en sortir tandis que le train continue d'avancer.


Tout est un double jeu, tout est illusion, tout est effet miroir. Chacun des personnages vus dans un coin du train révélera qui il est vraiment, qui est ce gamin, cet obèse, cette blonde, cette brune. Chaque fois les cartes sont rebattues et Brown doit agir en fonction de ces nouveaux éléments que le spectateur n'a jamais pu deviner (en tout cas pas moi, je reste souvent très candide dans les films noirs). Ce sont des petits retournements de situation qui jalonnent le film d'une durée réduite, tout juste 1h10, autant dire que L'Enigme du Chicago Express est rempli comme un œuf.





















3 commentaires:

Jacques Boudineau a dit…

Film formidable tourné, si je ne dis pas de bétise, en trois jours.
Qui a dit "balèze" ?

Jean Dorel a dit…

Balèze !
J'avais promis de regarder des films de Richard Fleischer, je suis lancé.

Jacques Boudineau a dit…

Faut que tu vois les films qu'il a réalisé entre la fin des années
soixante et soixante dix : L'Étrangleur de Boston, L'Étrangleur de
Rillington Place, Les flics ne dorment pas la nuit et Mandingo qui
vient (enfin) d'être édité en vidéo.
Grand cinéaste encore sous-estimé.