mardi 16 août 2016

Millennium mambo (Hou Hsiao-hsien, 2001)

Pendant les sept ans où j'ai tenu mon blog AsieVision, je n'ai pas écrit une seule ligne sur Hou Hsiao-hsien. Faut dire qu'il n'a tourné aucun film pendant cette période. Et je dois avouer que j'ai mis 18 ans avant d'aller voir un de ses films, traumatisé après mon expérience devant Les Fleurs de Shanghai. Avec la sortie de ses premiers films, je me suis réconcilié avec Hou Hsiao-hsien. En revanche, j'ai beaucoup écrit sur mon ancien blog sur Shu Qi. C'est elle qui accueille le spectateur en ouverture de Millennium mambo. Extérieur nuit, plan séquence, un tunnel, elle avance les cheveux au vent, elle se retourne au ralenti, sourit, cigarette à la main.

Pourtant quelque chose ne colle pas avec ce regard caméra, promesse d'une complicité. Une voix off, une voix de femme, parle de cette Vicky que l'on voit et qu'elle semble bien connaître. Elle parle de Hao-hao, son petit ami jaloux et colérique, sans emploi, comme Vicky. Hou Hsiao-hsien ne dira jamais qui est cette narratrice omnisciente ni pourquoi on l'entend, on l'écoute. Elle intervient régulièrement, et ce qu'elle dit est souvent en avance sur les images, comme si elle savait déjà ce qui se trame. Il arrive qu'elle ne dise rien pendant de longues minutes. Quoi qu'il en soit, Shu Qi sera de toutes les scènes de Millennium mambo.

Vicky vit la nuit. En plans séquence, Hou Hsiao-hsien suit ses soirées. Un anniversaire avec des amies où un gars annonce qu'il a reçu un diplôme de magicien. Il fait un petit tour avec des pièces de monnaie. Une longue scène de rave toute bleutée où les corps sont en abondance sur la piste de danse, on remarque que Jack Kao est là. Une dispute aussi violente que soudaine éclate entre Doze Niu, l'ami de Jack Kao, et Hao-hao (Tuan Chun-hao, chaque acteur porte son propre nom, sauf Shu Qi). Hou Hsiao-hsien n'a jamais filmé les corps, les peaux d'aussi près, des gros plans sur les visages dans ces espaces pourtant très vastes.

Le jour, Vicky et Hao-hao glandent dans leur petit appartement. Là, le cinéaste recule sa caméra, la fait pivoter pour filmer l'entièreté du lieu et suivre ses deux personnages qui se parlent à peine. Quand Vicky rentre chez elle, elle enlève son manteau, jette ses vêtements tout enfumés sur le lit, passe par la cuisine s'allumer une cigarette, se sert un verre de whisky. Hao-hao s'approche, il la palpe comme s'il la fouillait. Ce genre de scène se reproduira plusieurs fois pendant le film avec quelques variantes, le couple s'était englué dans une routine qui tourne, au fur et à mesure, au malsain.

La voix off apprend qu'ils ne travaillent pas. Il passe son temps derrière ses platines, dans l'espoir de devenir DJ. Il invite ses amis qui vident le frigo et jouent aux jeux vidéo. Il vit de petits larcins, il vole la belle montre de son père pour la revendre. La police vient perquisitionner. Vicky trouve enfin un boulot au bar que tient Jack. Hao-hao lui pique ses pourboires quand elle revient. Plusieurs fois, elle s'en va. Chaque fois, il la retrouve. Elle se met à picoler. Jack l’héberge chez lui. Mais la vie de Jack n'est pas non plus tranquille, avec Doze, il traîne dans des histoires louches. Il partira se mettre au frais au Japon.

Le Japon (où Hou Hsio-hsien tournera Café Lumière) est la porte de sortie de Vicky. Elle se fait inviter (ou plutôt elle s'incruste) chez les frères Takeuchi. Le calme de la neige de Hokkaido est en violent contraste avec l'agitation de Taïwan. Des moments de répit et de sourire. L'une des plus belles scènes est justement au Japon, en toute fin de film, totalement déconnecté du récit de toute façon très lâche, Hou Hsiao-hsien filme des affiches de cinéma peinte, Mélodie en sous-sol, La Cité de la violence ou Tora San, le même genre d'affiches grand format vues dans Poussières dans le vent. Shu Qi fera deux autres films avec Hou Hsiao-hsien, Three times et The Assassin.
























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