samedi 6 juillet 2019

So long, my son (Wang Xiaoshuai, 2019)


Il ne sort en France pratiquement plus de films issus de l'Asie du sud est, ce que l'on appelle communément le cinéma asiatique (Corée, Japon, les trois Chine) mais personne n'en a rien à foutre. Il y a encore cinq ans, il sortait près de 35 films par an venus de ce coin de cinéma et cette année presque plus rien. Moi qui aime tant le cinéma de Hong Kong, je suis désemparé de l'absence de sortie de films, y compris en DVD (sauf chez l'éditeur Spectrum, le dernier à faire son travail), et encore le film de Tsui Hark a été sorti comme un blockbuster de Michael Bay, c'est-à-dire en VF.

Plein de raisons peuvent être données pour une si faible présence, ne serait-ce que la qualité même des films, probablement. Par la paresse des sélectionneurs de festival et notamment de Cannes qui se contente depuis 20 ans de ne pas fouiller ces cinématographies mais continue de sélectionner des films de cinéastes reconnus quelle que soit la qualité du film. Pour revenir sur une de mes vieilles rengaines, ne jamais avoir présenté à Cannes un film de Stephen Chow est un scandale et la preuve que personne ne regarde les films.

Il faut pourtant se réjouir du succès des deux dernières Palmes d'or, Une affaire de famille de Hirokazu Kore-eda (800.000 spectateurs) et du génial Parasite de Bong Joon-ho (plus d'un million de spectateurs). Mais ce sont deux beaux et massifs arbres qui cachent une forêt de pins desséchés et faméliques. Il y a peu de chance que le dernier film de Wang Xiaoshuai avec sa durée (3h05, c'est déjà une heure de moins que An elephant sitting still, faut en profiter) parvienne à un tel résultat pourtant le cinéaste à tout fait pour rendre son film plaisant.

C'est d'abord un sujet dont les enjeux sont connus de tous : la politique de l'enfant unique en Chine populaire. Un couple et un seul enfant. Dans So long, my son le nœud narratif et dramatique s'élabore autour de la mort de cet enfant unique, de ce fils, lors d'une noyade. Cela est montré en début de film dans des plans dignes, sans atermoiements, sans gros plans destinés à créer une émotion facile (en gros, faire pleurer dès le départ le spectateur). Cet enfant mort décide de la vie fantomatique de ses parents.

C'est un récit au long sur plus de trois décennies que le cinéaste projette avec des allers et retours entre différentes époques. En plus de ce couple d'ouvriers modestes qui travaille à l'usine et habite dans le lotissement des ouvriers de cette usine, le film met en orbite deux autres couples. Le premier qui a toute notre sympathie est l'archétype du couple rebelle, la preuve par l'image quand en pleine période disco, l'homme du couple troque l'habite traditionnel pour une tenue américaine et écoute de la musique occidentale. Il devra être puni pour une exhiber une liberté si voyante.

Le troisième couple est très vite désignée comme le couple à détester, le couple du pouvoir avec cette femme qui est contremaître de l'usine. Elle abuse de son pouvoir, pratique le chantage affectif et émotionnel quand la mère de l'enfant mort est enceinte de son deuxième enfant (la scène se déroule avant la mort du fils) et provoque l'avortement fatal. On a envie de la détester surtout parce qu'elle semble hypocrite, parce qu'elle applique des règles iniques du gouvernement invisible là-bas dans une province éloignée.

Le film suit ces trois couples plus les enfants qui se greffent maladroitement au récit (un fils adopté rebelle, le fils qui culpabilise et va faire son autocritique en bout de parcours) dans leur parcours respectif. Le film passe du collectivisme forcené (que le cinéaste regrette amèrement) au capitalisme sans visage (voilà pourquoi il regrette le collectivisme) tout en oubliant juin 1989 et la révolution réprimée dans le sang. Pas étonnant que le gouvernement ait soutenu le film d'autant que la réconciliation finale est tout simplement insoutenable de démagogie.

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