mercredi 10 mai 2017

Get out (Jordan Peele, 2017)

L'affiche de Get out a des points de ressemblance avec celle I am not your negro, un noir et blanc contrasté, des yeux en gros plan, le titre en gros caractères. Je ne suis pas certain que cela soit fait exprès mais les deux films ne sont pas si éloignés l'un de l'autre, il parlent de la même chose : qu'est-ce qu'être un Afro-Américain dans un environnement entièrement composé de Blancs ? C'est le premier film (réussi) de Jordan Peele, comique américain, dans un de ses sketchs, il joue Barack Obama tandis que son comparse Keegan-Michael Key hurle tout haut ce que Obama n'oserait jamais dire (Key a également fait ce personnage avec le Président en chair et en os)

Barack Obama, il en est question très vite, dans cette entrée en matière qui évoque Devine qui vient dîner. Jeune photographe (des images en noir et blanc), Chris (Daniel Kaluuya) est invité à rencontrer les parents de sa petite amie Rose (Allison Williams). Ils sont très progressistes, rassure la jeune femme, nous ne sommes plus au temps de Spencer Tracy et Katharine Hepburn. Le papa (Bradley Whitford) a voté deux fois pour Barack et s'il le pouvait, il voterait une troisième fois pour lui. D'ailleurs, quand Chris le rencontre, il ne manque pas de lui dire. La maman de Rose (Catherine Keener) est enchantée de rencontrer Chris et découvre aussitôt qu'il est en manque de cigarettes, elle propose de lui enlever cette envie (elle est psychiatre).

La comédie dans l'air du temps de l'ère Obama décrit la place de cet homme noir au milieu de l'Amérique blanche. Chris est mal à l'aise, fort gêné par les deux domestiques noirs, un jardinier et une cuisinière à l'air apathique, aux attitudes trop étranges, au service trop inadéquat pour ne pas cacher quelque chose. C'est par ces petites touches, un peu comiques il faut le reconnaître, que Jordan Peele commence à lancer sa machine à dérégler cet environnement si propre sur lui. Lors d'une scène nocturne où Chris sort fumer une cigarette, le cinéaste s'amuse à faire sursauter le spectateur (la cuisinière passe subrepticement dans le couloir, le jardinier court vers l'invité sans raison), ce sont des pures concessions à l'effroi plus profond et plus pervers vers lequel Jordan Peele veut nous amener.

Une simple tasse de café fait basculer le récit vers un au-delà mental, vers une obscurité indécise et une garden party où Chris est présenté à toute la famille et aux amis des parents de Rose. La voie pour faire sombrer son héros vers l'horreur prend un tour sans effet tonitruant. La terreur vient de l'étrangeté du comportement de ses hôtes, de Jeremy le jeune frère de Rose, de cette vieille dame accompagnée d'un jeune homme, de ces vieux messieurs au si grands sourires. Le sourire dans Get out est la paroxysme de la terreur, tout comme la gentillesse de chacun envers Chris, les pas lents des personnages remplacent la furie vue dans tellement de films d'horreur. On est un peu dans ces sociétés souvent décrites dans Chapeau melon et bottes de cuir, des mondes policés mais destructeurs. Ce monde d'illusions est à l'opposé des photographies de Chris, un monde trop beau pour vraiment exister et qui va chercher à engloutir le jeune homme.

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