samedi 20 mai 2017

Cinéma, mon amour (Alexandru Belc, 2015)

Dans la cabine de projection du cinéma Dacia, on peut voire l'affiche de Speed 2 et d'autres blockbusters des années 90, des posters de femmes à poil, dans un coin l'une des employées allume un réchaud pour faire cuire ses pommes de terre, dans le hall, une immense affiche de Gladiator, un coq publicitaire d'un festival pour jeune public sert de décor entre une pub pour Orange et des bancs vieillots.

Dans ce documentaire produit par HBO Europe, la parole est donnée aux quatre employés. Le patron Victor Purice, jovial, toujours positif, portant une belle moustache, l'ouvreuse, la caissière et le projectionniste. Le cinéma Dacia a été construit sous Ceausescu quand le tyran roumain voulait développer le parc de salles et depuis, il ne semble pas avoir bougé d'un poil ou d'une peinture.

En revanche, depuis 1989, le nombre de salles à considérablement diminué (de 400 à 30), toutes vendues à des promoteurs immobiliers. Mais Monsieur Purice tient le cap, il veut attirer des spectateurs. Seulement voilà, dans cette ville de province, le cinéma Dacia ne projette qu'en bobines 35mm et l'ère du numérique prend le pas sur la pellicule, il faut se moderniser.

C'est avec un certain étonnement qu'on découvre que la patron va sur les sites de téléchargement pour choper des films récents. Il fait choisir au public d'enfants le film qu'ils veulent, ce sera La reine des neiges. Il tente d'attirer des ados dans sa salle, mais ils préfèrent traîner entre eux. Quand il parvient à les faire rentrer, il fait tellement froid qu'il faut fournir couverture et thé pour tenir le coup.

On n'arrête pas de parler du renouveau du cinéma roumain en France, mais aucun film ne sera projeté au Dacia. Victor se projette, pour son plaisir personnel, un film de Geo Saizescu, vieux classique roumain,. Quand le cinéma est vide, il écoute des chansons populaires et se prend pour un rocker. Il se met à danser avec la caissière et l'ouvreuse appelle le projectionniste pour les rejoindre dans la danse.

Moderniser la salle passe par un petit coup de peinture (l'habileté de Victor à dessiner les lettres est remarquable), à passer à la télé locale (à la grande fierté des employés), à rencontrer le patron d'une salle de cinéma en Allemagne (qui promet de lui donner ses anciens sièges) et à aller voir les responsables de Rômania Film, le CNC local, qui n'a pas d'argent.

Alors que mercredi tout le monde ne parlait que de l'ouverture d'un festival dans un petit port de pèche et de la nomination de l'éditrice de Positif au ministère de la culture, j'étais seul dans la salle de cinéma à voir ce film, comme une mise en abyme troublante. Dans le générique de fin, on entend le roulement de la bobine 35mm dans un ultime élan de nostalgie.

1 commentaire:

Jacques Boudinot a dit…

Nous, on était deux dans la salle.
Sinon, autre détail troublant du film:
quand Victor est en Allemagne pour visiter un cinéma,
on entend la bande son du Corps de mon ennemi, un vieux
Verneuil avec Bébel, quand Victor est dans la salle, et la
bande son de La cage au folles (musique de Morricone pour
être précis) quand il est derrière l'écran ou dans le couloir
et qu'il touche la moquette murale.
Un choix du réalisateur ou le signe que certaines salles
art & essai allemande reprennent les productions françaises
des années 70 ?