lundi 17 juin 2019

L'Age d'or (Luis Buñuel, 1930)

Avant la sortie sur nos écrans de Buñuel après l'Age d'or mercredi, je me rafraîchis la mémoire en regardant L'Age d'or, tourné entre Un chien andalou et Terre sans pain Las Hurdes, ce film-là étant, grand paradoxe, l'un de ses rares films tournés en Espagne, car pour Un chien Andalou comme L'Age d'or Luis Buñuel comme son acolyte Salvador Dali habitait en France et tournait ses films chez nous. C'était avant Franco, avant la guerre civile avant son exil au Mexique dès 1940.

dans son livre de souvenirs Mon dernier soupir, Luis Buñuel expliquait que Salvador Dali, bien qu'il soit crédité à égalité au poste de scénariste, n'a rien écrit pour le film ou si peu (il décrit une seule scène gardée, celle de l'homme dans le jardin qui marche avec une pierre sur sa tête). Bref, c'était déjà le début de la fin de l'amitié entre Dali et Buñuel. Conséquence, le surréalisme est assez vite évacué au profit du réalisme inversé.

Cette notion est encore balbutiante dans le cinéma de Luis Buñuel, après tout ce n'est que son deuxième film, et va s'épanouir dans Le Charme discret de la bourgeoisie puis Le Fantôme de la liberté tournés 40 ans après L'Age d'or dans sa sublime période française. Cela consiste à prendre une situation stéréotypée et à en inverser la chute pour surprendre le spectateur tout en montrant que les personnages trouvent cette inversion normale.

Dans Le Fantôme de la liberté, c'était par exemple le condamné à mort qui sortait du tribunal libre à peine sa sentence donnée, il remercie les jurés, le juge, les parents de sa victime et quitte le tribunal. Dans L'Age d'or, un père dans un jardin est agacé par son fils qui écrase le cigarette qu'il fume. Le père prend son fusil, vise et tire sur le gamin qui s'effondre. Tous les convives présents ne s'offusquent pas vraiment de ce meurtre.

L'inversion se poursuit avec les mêmes convives de cette réception à laquelle ils assistent quand Gaston Modot gifle une dame invitée parce qu'elle a renversé un verre sur sa main. Alors que les convives endimanchés ne s'étaient pas offusqué de la mort de l'enfant, ils réagissent avec violence à cette gifle. Tout est disproportionné dans ces réactions et ce réalisme inversé est l'une des plus joyeuses et radicales inventions de Luis Buñuel, ce qui alimente son œuvre depuis ce film.

L'Age d'or a été censuré et pas qu'un peu par le préfet Chiappe (son nom est scandé par Georges Geret à la fin du Journal d'une femme de chambre). Invisible pendant 50 ans. Les premières images, celles des scorpions qui se battent avant d'être capturés à la pincette, sont inoffensives presque documentaires puis ce sont des plans cocasses, tels cette vache dans le lit à qui Lya Lys demande de quitter les lieux. Elle sort de la chambre par la porte un peu vexée.

Ce qui a pu énerver au fur et à mesure que le film avance est aussi l'érotisme qui se dégage des rapports entre Gaston Modot et Lya Lys, plus que de l'érotisme c'est un appel à la sensualité entre les deux personnages. Luis Buñuel filme les deux corps qui mime l'acte sexuel avec les deux acteurs entièrement vêtus, mais ce sont leurs mimiques, leurs grimaces, les mouvements de leurs lèvres qui décrivent l'orgasme qu'ils semblent vivre en pleine réception.


La séquence finale a dû mettre les ligues de vertu en colère est le collage blasphématoire entre le Marquis de Sade, version les 120 journées de Sodome, et Jésus Christ, puisque ce dernier est nommé le Duc de Blangis, sortant d'une château en air majestueux accompagné de trois hommes louches en costumes. C'est tellement délicieux de se moquer de la bigoterie et là aussi Luis Buñuel ne s'est jamais privé de ce plaisir.






































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