mercredi 6 juin 2018

Roar (Noel Marshall, 1982)

Sur le livret qui accompagne le DVD de Roar, on peut voir une affiche promotionnelle récente avec le slogan suivant « aucun animal n'a été blessé pendant le tournage, 70 membres de l'équipe ou acteurs l'ont été ». Depuis sa sortie en salle en février dernier puis son édition en DVD & BluRay, j'avais envie de voir ce film dont je n'avais jamais entendu parler auparavant. Je ne suis pas déçu, Roar est tout à fait la bizarrerie malsaine et hippie annoncée un peu partout dans la presse cinéma, en substance, un film monstrueux.

Les héros s'appellent Robbie, Gary, Togar, les noms des lions sont au générique à égalité avec Tippi Hedren, Melanie Griffith, John Marshall et Jerry Marshall, la famille de Noel Marshall. Les enfants portent leurs prénoms, Tippi Hedren s'appelle désormais Madelaine, comme un résurgence du cinéma d'Alfred Hitchcock (on pense constamment aux Oiseaux), Noël Marshall devient Hank, médecin en Afrique de l'est (Kenya et Tanzanie où le film est censé se passer), enfin Kyalo Mativo, l'acolyte de Hank se fera appeler par son nom de famille.

Le résumé de Roar est très simple. Hank vit depuis des années au Kenya. Il est médecin. Le film commence par de belles scènes démagogiques où ils soignent les habitants qui le remercient en dansant. Il s'en va en moto dans de très beaux chromos (la photo, superbe, est de Jan de Bont qui finira scalpé par un fauve). Hank attend toute sa famille qui doit débarquer et va les rejoindre à l'aérodrome en compagnie de son fidèle Mativo. Les distances étant ce qu'elles sont, tout comme les routes, Hank et Mativo sont un peu en retard.

Avec leurs valises, les trois ados et leur mères, décident de prendre un car à travers la brousse au lieu d'attendre Hank (une sombre histoire de bateau déjà parti). Ils se feront débarquer au sommet d'une colline et là, miracle du cinéma, la maison de Hank se trouve dans les montagnes californiennes, reconnaissables entre mille. La production a habilement maquillé les lieux pour que cela ressemble à une savane africaine. Tout joyeux, la famille court vers cette demeure immense au milieu de nulle part.

C'est là qu'entrent en scène les dizaines de fauves qu'héberge Hank. Lions, panthères, tigres mais aussi éléphants qui sont chez eux. Référence hitchcockienne donc, personne ne remarque au premier abord la multitude d'animaux sauvages ici et là. Madelaine et ses enfants visitent la maison de bois, aux nombreux escaliers brinquebalants, aux fenêtres qui se ferment à peine. Les enfants essayent les lits. Au dessus de Madelaine, plusieurs lionnes l'observent du toit ouvert : la chair fraîche arriver à bon point.

Le film se joue sur deux jours, en deux directions opposées, celle de la famille coincée ici avec la menace constante des fauves. C'est un film d'angoisse qui menace à chaque instant de se transformer en slasher. Ils se cachent comme ils peuvent, où ils peuvent, placard, armoire, frigo que les lions renversent sans ménagement. John, le fil le plus âgé, à la barbe fournie, tente régulièrement de partir des lieux, notamment en fonçant en moto. Les lions adorent poursuivre ceux qui fuient, qui courent, qui roulent vite. Ils détruisent le décor consciencieusement.

Dans cette partie domestique où les personnages ne cessent à chaque minute d'être prisonniers de cette furie féline, les lions et autres fauves rentrent sortent des pièces, la maison semble à chaque scène changer de forme, on découvre ici une nouvelle pièce, là un nouvel escalier, tout menace de s'effondrer. Le finale de cette chasse à l'homme par les héros lions se poursuit à l'extérieur, dans une étrange angoisse burlesque où les corps de Madelaine et de ses enfants n'en finissent de tomber à l'eau après avoir tenté de fuir en pirogue.

La deuxième direction est celle de Hank et Mativo, ils partent dans la direction inverse, vont vers l'aérodrome. Ils sont épaulés par deux tigres immenses que Hank traite comme des chatons « ce ne sont pas des animaux domestiqués, ce sont des amis ». Là, il faut faire un point sur le jeu catastrophique de Noel Marshall. Véritable pile électrique, il éructe chaque réplique, il sautille, il gesticule, il rigole quand il se fait déchiqueter par ses amis. Quand un pneu de la jeep crève, il devient totalement hystérique, c'en est involontairement hilarant.

Après plus d'une heure de confrontation avec les fauves, Hank retrouve enfin Madelaine. Je n'ai pas vraiment eu peur pour elle et ses enfants, mais je suis resté estomaqué par cette idée de faire jouer tout ce beau monde avec des lions sans aucun trucage, c'est ça le truc de Roar, ce malaise de plus en plus prégnant qui me fait rire jaune, d'autant que je ne peux pas m'empêcher de penser qu'ils sont quand même très couillons de se cacher si maladroitement, de tenter de se séparer pour se cacher avant de tous se chercher alors qu'ils sont à côté les uns des autres.


Là où le malaise atteint son apogée est paradoxalement lors de la réconciliation finale. Au bout d'une heure vingt de film, ils découvrent une maison à côté, bien plus solide, aux portes et fenêtres qui ferment, enfin, ils s'y rendent et s'y enferment. C'est sans compter sur l'intelligence des animaux. Gentiment, ils viennent s'endormir à côté de la famille qui roupille comme si rien n'était arrivé. Hank arrive enfin et affirme que les fauves sont sympas. C'est alors un déluge de sourires et de caresses, la preuve par l'image que cette utopie était réelle. Hallucinant !























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