samedi 2 juin 2018

In bed with Madonna (Alek Keshishian, 1991)

Le meilleur rôle de Madonna c'est jouer Madonna. Avant ce film tout à sa gloire et produite par elle-même (on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même), il faut bien constater que ça a beaucoup patiné. J'ai fait l'erreur fatale de regarder Recherche Susan désespérément, j'aurais du garder mes souvenirs, le film de Susan Seidleman a terriblement vieilli. Passons sur son film avec Sean Peann (Shanghai surprise), son mari éphémère dont elle dit dans le film qu'elle est le seul à avoir aimé, ce qui est sympa pour Warren Beatty son mec de l'époque qui la suit lors de sa tournée.

Elle a tourné pour lui Dick Tracy et c'est ce look blonde platine qu'elle aborde lors de sa tournée suivant l'album Like A Prayer et la chanson Vogue. La demi-douzaine de chansons enregistrées en concert et ultra chorégraphiées sont en couleur, quand tout le reste est en noir et blanc. On dirait des clips. D'ailleurs, l'un de ses meilleurs clips Express Yourself a été réalisé par David Fincher avant qu'il ne passe au cinéma. C'est par cette chanson que commence le film avec un décor monumental d'où sortent les danseurs de Madonna tout en muscles et sueur.

La dernière chanson (il y en moins de dix, presque toute entières) est Keep It Together, un morceau sur la famille. Voici le leitmotiv du film. Madonna est la maman de tous ses danseurs, elle les considère comme des enfants, les siens, et leur parle comme tel. Les danseurs, tous gay, sauf Oliver (la presse people lui prête une aventure avec Madonna quand ils sont en concert en Italie), quand ils ne sont pas sur scène s'entraînent à faire des mouvements coordonnés pour les chorégraphies (ils sont vraiment géniaux), ils s'amusent comme des gamins avec leurs chamailleries.

Madonna ne manque pas d'humour, elle pratique l'autodérision très contrôlée, mais gare à celui qui se moque un peu d'elle. Ainsi quand elle s'habille tout en noir, Luis, l'un des danseurs, dit qu'elle a la tenue de Janet Jackson pour Rhythm Nation, elle fait les gros yeux. Janet Jackson était la concurrente directe de Madonna. Les gros yeux, elle les aura aussi quand sa maquilleuse, une gentille rondouillarde, se retrouve mêlée à une coucherie avec des inconnus, elle a laissé filtrer des secrets sur Madonna. Le contrôle avant tout.

Famille choisie contre famille naturelle, Madonna travaille avec son frère Christopher Ciccone sur la tournée. Lors des concerts à Detroit, sa ville natale, elle appelle son père. Ce dernier demande si elle va se dénuder sur scène, elle affirme que non, elle fait de l'art. Ce soir-là, il fête son anniversaire devant tout le monde. C'est son deuxième frère Martin qui est cependant l'objet de la séquence, alcoolique, peu fiable. Madonna a peur qu'il ne débarque avec toute sa bande dans son hôtel, finalement, il arrivera des heures après qu'elle se soit endormie.

La troisième famille de In bed with Madonna, ce sont les autres stars et vedettes qu'elle rencontre. C'est fou ce que Madonna peut être pimbêche. On croise Antonio Banderas en Espagne, il ne la rappellera pas le lendemain regrette-telle, pourtant il feront ensemble le pénible Evita. Avec Sandra Bernhardt, elle cancane, elles étaient alors très amies. A Los Angeles, elle reconduit sans ménagement Kevin Costner qui a trouvé le concert « chouette », l'acteur a raison mais Madonna est persuadée d'avoir donné un show « politique ».


Il faut dire que le titre original est Truth or Dare, la vérité toute crue doit apparaître sur l'écran, quitte à dire des horreurs sur les gens. Cette vérité correspond aussi à l'intégrité artistique de Madonna, en tout cas celle qu'elle défend. Le climax du film est lors des concerts à Toronto où la police veut interdire sa performance sur Like A Virgin, elle simule une masturbation sur un divan rouge (avec les costumes de Jean-Paul Gaultier). Intégrité artistique, tu parles. Mais le film est un exemple amusant d'autoportrait, une confession sur le divan, si on aime Madonna certes.























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