lundi 17 décembre 2018

Le Roman d'un tricheur (Sacha Guitry, 1936)

J'ai souvent confondu une scène de Désir de Frank Borzage avec l'une du Roman d'un tricheur, celle du vol de bijoux. Marlene Dietrich faisait croire à deux hommes qui ne se connaissaient pas qu'elle était l'épouse de l'un et de l'autre. Mais chaque fois j'imagine qu'elle fait le coup, bien plus simple, de la délicieuse voleuse qu'incarne le temps d'une scène Rosine Deréan, nommée la maîtresse, c'est à dire demander à Sacha Guitry de l'aider à voler un joyau qu'elle fait placer dans une armoire qu'elle ferme à clé pendant que son complice vole le bijou grâce à un trou fait par leur soin dans la pièce adjacente.

Les deux films sortis à quelques mois de distance en 1936 font la part belle aux escrocs et aux tricheurs et l'un comme l'autre se déroulent au sud de la France, essentiellement à Monaco dans Le Roman d'un tricheur, ville des casinos où comme le rappelle Sacha Guitry tout le monde naît avec un rateau de croupier. On imagine que les représentants de la principauté n'auraient pas forcément très apprécié de n'être vus que comme des tricheurs institutionnels. Notre personnage – sans nom – se retrouve régulièrement à Monaco soit comme croupier soit comme joueur, ce qui pour lui n'est finalement guère différent.

Pour aimer Le Roman d'un tricheur, il faut aimer passionnément la voix de Sacha Guitry, elle est omniprésente et presque la seule entendue dans le film. Le générique est comme d'habitude parlé, marque de fabrique de Sacha Guitry, une manière pour lui de présenter à l'image en les décrivant d'un court texte humoristique non seulement ses interprètes mais aussi ses techniciens. Finalement, Sacha Guitry cherche ainsi à s'éloigner du théâtre en se faisant le narrateur principal et omniscient de son film, de son roman, mais en disant toute la vérité sur son personnage de tricheur, voilà l'astuce facétieuse du cinéaste.

L'entrée en matière de la vie de ce tricheur, comme il s'en accuse lui-même sur la terrasse d'un café parisien, commence par la mort des onze membres de sa famille. Le vieil oncle avait ramassé des champignons. Ils étaient empoisonnés. Tout le monde en a mangé sauf le gamin puni et privé de repas pour avoir chapardé 8 sous. L'honnêteté ne paie pas, notre personnage va tricher toute sa vie. Mais c'est ce prologue qui est le morceau d'anthologie du Roman d'un tricheur, un prologue guilleret et pourtant morbide, toute le génie du paradoxe de Sacha Guitry. La mort détermine la vie future du gamin puis du jeune homme (deux acteurs différents avant que Guitry ne prête son corps massif).


Outre le jeu, ce sont les femmes qui modèlent l'homme. Si Pauline Carton, sa fidèle bonniche, joue une mégère, subtilement décrite comme un dragon (c'est très drôle), seules deux femmes ont l'occasion de faire entendre leur propre voix. Marguerite Moreno, la comtesse qui 30 ans auparavant dépucela le jeune homme et Fréhel qui chante une chanson. Ni Rosine Deréan (sa voleuse préférée) ni Jacqueline Delubac (son épouse à l'écran) ne donnent de la voix mais elles s'uniront pour voler les croupiers avant que Sacha, dans de multiples déguisements, le péché mignon du comédien, dont il gratifie le finale, ne se range des tricheries.
























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