dimanche 12 juillet 2015

Une femme est une femme (Jean-Luc Godard, 1961)

Le générique d'Une femme est une femme est composé de 27 cartons. Les rapports de Jean-Luc Godard avec les génériques ont toujours été complexes. Certains de ses films n'en comportent pas, parfois à peine le titre du film. Souvent, par une volonté de mettre tout le monde au même niveau, il n'indique pas quels sont les postes de chaque personne dont le nom apparaît. Ici, le générique est programmatique de ce que sera le film, il annonce absolument tout, comme s'il étalait son scénario.

Il était une fois. Godard ne veut pas inscrire son récit dans le réalisme que la critique de l'époque attribuait à la Nouvelle Vague. D'où ce cadre Eastmancolor très large et anti-documentaire. Il utilise pour la première fois la couleur pour son troisième film et envisage le destin du personnages d'Anna Karina comme un conte. Le conte sera cruel avec ces deux garçons qui se battent pour la belle princesse.

Georges de Beauregard est le producteur du film, en partenariat avec Carlo Ponti (ces coproductions avec l'Italie étaient fréquentes). L'amateur de jeux de mots qu'est Godard (et le film en regorge, des couvertures de livres qui se répondent aux dialogues absurdes et lourds de sens) affirme ici qu'il veut filmer le beau regard de son épouse et vedette. Il ne la filmera jamais avec autant de passion et de romantisme.

Après un polar (A bout de souffle) et un film politique (Le Petit soldat), Godard fait une comédie. Il en donne les ingrédients. Le film sera tout à la fois musical (avec des chansons de Michel Legrand). Anna Karina joue une chnateuse de cabaret. Il sera donc aussi théâtral (il enferme ses personnages dans un appartement et les fait circuler au rythme des quiproquos et des portes qui claquent), un opéra avec sa polyphonie sonore qu'il approfondit avec ses ruptures et ses reprises.

Indiquer le nom de Lubitsch au générique n'est pas une arrogance. C'est l'indication d'un genre en soi, celui de la comédie du mariage, et en l'occurrence pour marquer sa modernité, un comédie de la maternité. Cette comédie sera sentimentale, ce qui ne veut pas dire mièvre, mais d'une grande sensibilité. C'est une déclaration d'amour puissante et candide qu'il fait à Anna Karina.

Trois couleurs sont utilisée, bleu, blanc et rouge. Trois personnages sont au centre du récit, Brialy, Karina et Belmondo. Leur nom de famille s'inscrit sur leur visage extrait d'un plan de film. Le récit est tout ce qu'il y a de plus français selon Godard : une histoire d'amour entre une femme et deux hommes, dans un Paris populaire en 1961. Ces deux hommes sont deux facettes de la personnalité de Godard. Anna Karina, dans son costume à la Bob Fosse, a droit à la première image de cinéma juste après le générique.


























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