samedi 22 février 2020

Place de l'Etoile - Paris vu par... (Eric Rohmer, 1965)

Disons le tout net, des six sketchs de Paris vu par celui d'Eric Rohmer est le meilleur. Tout simplement il filme admirablement le quartier qui lui est attribué, Place de l'Etoile, un lieu où sa voix off le décrit, aucun parisien ne vient jamais si ce n'est pour le travail. Place de l'Etoile est un quartier où les touristes abondent. Pendant les quelques trois minutes qui ouvrent le film, c'est du documentaire à l'état pur qui est mis en scène avec la topographie précise du lieu. La description du parcours autour de l'Arc de triomphe avec ses douze grandes avenues qui forment une étoile.

Ce qu'il montre est un élément très simple, pour faire le tour de la place, les piétons doivent subir douze feux rouges. D'autant, regrette-t-il, que les feux ne sont pas fixés au rythme du piéton mais des automobiles. Preuve à l'appui, tandis qu'il égrène les panneaux des avenues, on distingue bien l'absence de respect des voitures à l'égard des gens qui traversent. Chaque piéton a son rythme (là aussi c'est bien montré) et il prend en exemple un homme qui sort du métro. Il s'appelle Jean-Marc (Jean-Michel Rouzière) qui doit travailler en face de la bouche de métro.

Un détail a priori anecdotique est donné par Eric Rohmer, il y a des travaux sur son parcours, mais cela n'empêche pas Jean-Marc d'arriver à son travail sans le moindre accroc sur ses chaussures, son manteau ou son parapluie. Notre homme travaille dans une boutique de vêtements de prêt-à-porter. Toujours bien apprêté, il a droit à quelques clients bine bourgeois, le quartier veut cela, qui ne prêtent guère attention à l'employé. On reconnaît parmi l'un des clients Philippe Sollers, cigarette au bec tenant un journal.

Mais quand un accroc perturbe le rythme habituel de Jean-Marc c'est toute sa vie qui est chamboulée. L'accroc est un ivrogne (Marcel Gallon) qu'il bouscule et qui réclame des excuses plus importantes que celles données par notre vendeur. L'ivrogne veut se battre, Jean-Marc se defend, l'ivrogne tombe à terre, assommé, le parapluie de Jean-Marc sur le corps de l'ivrogne. Un carton humoristique indique que Jean-Marc sait courir et qu'il lit L'Equipe. Il traverse la place à toute vitesse et reprend sa vie normale.

Mais désormais, il a peur. Il achète les journaux pour savoir si un avis de décès annonce la mort de son agresseur. Rien. C'est toute une comédie qui se crée avec toutes ces petites touches, Eric Rohmer trouve le parfait rime pour inventer un burlesque urbain avec l'angoisse du vendeur comme moteur. Il travaille sur l'espace-temps, la place de l'Etoile et le rythme. Jean-Marc connaît les lieux mais il se sent en danger. Il passe son temps à lire les faits divers et se rend compte que les parapluies sont dangereux (inserts de unes de journaux).

L'angoisse augmente avec une course à faire. Jean-Marc a peur de croiser à nouveau l'ivrogne. Il modifie son parcours puis finalement décide d'oublier. Jusqu'au jour où l'ivrogne est là à emmerder un jeune homme dans le métro. Il suffit d'un regard pour calmer le récalcitrant. Et quand il sort du métro, son parapluie, l'objet le plus dangereux du parisien, percute celui d'une jeune femme. Qu'on se rassure, dans cette chute plaisante, Eric Rohmer modifie à nouveau l'espace-temps de son film car tout se termine bien. La suite reste à imaginer.





















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