mercredi 29 mai 2019

La Grande vadrouille (Gérard Oury, 1966)

Le Paris de La Grande vadrouille grouille de résistants. Partout, dans le parc zoologique de Vincennes, à l'opéra Garnier, sur l’échafaudage d'un immeuble, personne n'aime l'occupation allemande et quand trois aviateurs anglais, contraints et forcés par les tirs de la DCA, se trouvent à sauter en parachute après s'être perdus en vol, ils atterrissent dans le ciel de Paris et la folle course poursuite démarre, ce sera à celui qui échappera le premier aux soldats allemands.

Rien n'est dit sur cette époque bénie où aucun Français n'était collabo. C'est qu'ici, on n'est pas encore dans Papy fait de la résistance, l'autre film comique sur l'occupation et la résistance secrète. Les deux films, distants de 18 ans seulement, fonctionnent sur un comique similaire qui file tout le récit, le conduit pour indiquer que tout cela n'est qu'un gentil simulacre : le déguisement, le travestissement.

Pour Martin Lamotte chez Jean-Marie Poiré, ce sera le costume de Super Résistant, chez Gérard Oury, le premier opposant à l'occupation est le comédie lyrique de l'opéra qui doit incarner Méphistophélès dans le Faust. Dans son bel habit rouge de diable, il indique à trois ou quatre techniciens où et comment installer la bombe qui doit exploser quand un ponte de la Wehrmacht va venir assister au spectacle. Le diable pour sauver la France.

On remarquera dans cette séquence de préparatifs d'un attentat que tout le personnel de l'opéra semble convaincu de cette cause. Que personne n'a peur d'agir, ni de s'exprimer, certes tout dans la discrétion. Mais c'est bien une France unie contre l'occupant qui est décrite rapidement dans les diverses séquences d'ouverture, tout le monde sauf nos deux héros, le chef d'orchestre Stanislas Lefort (Louis de Funès) et le peintre Ausgustin Bouvet (Bourvil).

Le premier est lui aussi déguisé, il porte une perruque à la Beethoven et se fait donner du « Herr Kappelmeister » par le commandant à la recherche des Anglais. Quand Stanislas comprend que McIntosh (Mike Marshall) le parachutiste est dans sa loge, hop, il le déguise en élève bien propre sur lui à qui il donne des leçons de harpe, puis il sera déguisé en jeune femme quand il faudra le faire sortir de l'opéra.

Augustin reçoit sur la tête Cunningham (Claudio Brook, l'acteur mexicain jouait la même année Simon du désert pour Luis Buñuel). Après une course sur les toits de Paris, Augustin et l'Anglais débarquent chez une jolie jeune femme Juliette (Marie Dubois) et pour tromper les soldats allemands, ils se font immédiatement passer pour mari et femme (l'une de ces scènes où Bourvil s'extrait pour un court temps de son apparence naïve pour devenir un macho).

Enfin, pour retrouver le troisième Anglais, Sir Reginald (Terry-Thomas), un homme à la moustache proéminente – qu'il devra couper, autre travestissement mais inversé – le peintre et le chef d'orchestre vont aux bains turcs et se font passer pour des Anglais, chantant Tea for Two, cherchant un moustachu, la scène flirte avec la drague homosexuelle quand les deux hommes tournent autour d'un gros moustachu qui n'a rien demandé.

La grande vadrouille, la course vers le sud et la France Libre commence. Encore une fois, un changement de tenues s'effectue quand les quatre hommes volent des vêtements à des passants (McIntosh travesti en fille de joie attire les hommes sur le trottoir). Habillés en civils, pouvant passer inaperçus, ils finissent pour ne pas se faire prendre par les hommes du Major Achbach (Benno Sterzenbach) par se faire passer pour des postiers.

Au fur et à mesure de leur trajet, au fil des séparations et des retrouvailles, Augustin et Stanislas doivent changer leur identité, devenir les époux ivrognes de Juliette et de la patronne de l'auberge (Colette Brosset), porter des uniformes allemands pour traverser la frontière mais avant cela ils auront le malheur de se tromper de chambre dans l'hôtel et vont se retrouver dans les chambres et les lits de ceux qui le traquent.

Face à tous ces changements, déguisements, travestissements, seuls les Allemands ne changent pas, toujours obnubilés par les ordres qu'ils donnent et reçoivent. C'est cela qui va les perdre, ils ne s'adaptent jamais aux situations contrairement à nos héros français comme anglais, hommes et femmes courageux qui décident de ridiculiser l'imposant et intransigeant Major Achbach pour lui prouver qu'il a toujours tord.


Tous les Allemands seront ainsi ridiculisés, humiliés (dès le départ avec ce pot de peinture qui gicle sur un général), réduits à des animaux stupides (Achbach ronfle comme un cochon), c'est ce qui s'appelle une revanche sur l'Histoire, le grand travestissement de la résistance et de l'occupation en un généreux compromis comique. 





























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