dimanche 19 mai 2019

The Last movie (Dennis Hopper, 1971)

La meilleure séquence de The Last movie, et de loin, on la doit à Samuel Fuller dans son propre rôle de cinéaste plus haut en couleurs que jamais qui lance ses ordres à son équipe, à ses interprètes avec un revolver, comme dans une icône de son génie. Le cinéaste incarne ici un cinéaste qui tourne un film au milieu du Pérou, il met en scène une combat de cow-boys où les coups de feu fusent de tous les côtés, où les hommes sautent des toits et s'écrasent sur le sol.

Samuel Fuller n'apparaît que quelques minutes mais elles sont suffisantes pour donner du relief à un film qu'on dirait constamment sous léthargie, sous une drogue dure que Dennis Hopper devait consommer pendant le tournage de son film. Quand The Last movie est ressorti l'été dernier, l'histoire du tournage du film était passionnante, elle a été racontée à longueur de journaux, car il faut bien le dire, le film est assez épouvantable.

Mais cette séquence avec Samuel Fuller sert de matrice à tout le film, elle sera ensuite reproduite ad libidum, comme un exemple à suivre, comme une mise en abyme à l'intérieur d'une mise en abyme, dans un jeu de miroir sans fin. Ainsi les Péruviens vont rejouer au cinéma avec une caméra en bambou, un faux cigare à la bouche et un faux revolver, tout en gueulant comme Samuel Fuller dont la voix et le charisme ont dû impressionner les figurants.

Au milieu de ce chaos, de cette confusion dans le tournage, Dennis Hopper joue un cascadeur, en tout cas, il se présente comme tel. Effectivement, dans le finale du film, on le voit tomber à plusieurs reprises dans la scène de gunfight prétendument tournées par Fuller. Dennis Hopper est Kansas, que tout le monde méprise sur ce tournage, un membre de l'équipe devenu un paria à cause de sa bêtise, de son machisme, de sa violence.

L'autre séquence marquante est celle d'un long repas où des Américains discutent entre eux avec des rires gras, des gestes inappropriés, des propos salaces. Le personnage de Dennis Hopper s'est entiché d'une jeune femme qu'il traite comme une moins que rien. Certes Dennis Hopper cinéaste n'est pas tendre avec Dennis Hopper acteur mais le film a du mal à se débarrasser d'une certaine complaisance dans la scène de cul qui s'apparente à un viol et filmé sans fards.

Dans ces discussions entre blancs, entre Américains, il ressort une gêne durable et franchement pénible. Dennis Hopper montre le néo-colonialisme de l'industrie hollywoodienne qui délocalise ses tournages dans le tiers-monde, comme on disait en 1971. L'ironie de la chose étant que Dennis Hopper tourne justement son film au Pérou dans une production Universal, encore une fois une mise en abyme.

Le studio n'a jamais su quoi faire de ce film trop long, sans scénario, au budget dispendieux. The Last movie est sorti 17 ans après son tournage suite au succès de Colors en 1988. Pas étonnant que Dennis Hopper figure comme une figure christique en début et fin de film dans la longue séquence de la procession religieuse, sans soute les scènes les plus impressionnantes du film, une vision documentaire aléatoire mais aujourd'hui précieuse.


Le film subit une déstructuration radicale. Pour Dennis Hopper, pas de début, pas de fin, pas de récit central. Le titre du film apparaît au bout de 25 minutes, plus d'un quart d'heure après la mention « a film by Dennis Hopper ». De la même manière, à part le sien, pas de rôles principaux, à peine de personnages, mais il a fait venir plein de ses amis acteurs et comédiens dans son trip égotiste




























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