mardi 28 mai 2019

Parmi nous (Clément Cogitore, 2012)

Il était difficile de faire un titre plus programmatique que Parmi nous, c'est exactement ça, pendant une demi-heure, Clément Cogitore est parmi les migrants à qui il laisse le centre du film, le jeune cinéaste est au milieu d'eux, la caméra à leur niveau, ni trop près ni trop loin, ni vraiment documentaire ni tout à fait fictionnelle, Parmi nous promet un immersion et il la donne. D'où ce nous si péremptoire, définitif, radicalement différent d'un parmi eux.

Le lieu où tout cela se déroule n'est pas nommé avec précision, mais on le devine rapidement, la frontière nord de la France, à quelques encablures de l'Angleterre, cette terre promise dont tous ces jeunes gens parlent. Cette zone est littéralement sous la caméra de Clément Cogitore une jungle. Ils vivent là au milieu des arbres dans des abris de bric et de broc, on a du mal à les nommer des abris de fortune, la litote est trop forte.

Il ne sera pas non plus dit de quel contrées, de quels pays, de quelles régions ils viennent, la langue n'est pas reconnaissable. Mais tous se comprennent, comme s'ils savaient précisément quel est leur but, leur dessin. Eux-mêmes semblent revêtir un uniforme, plutôt des habits difformes, ces joggings, sweaters, ces k-ways, des vêtements passe-partout, presque des tenues de camouflage dans lesquelles ils espèrent passer inaperçus.

Rarement les migrants n'ont été filmés pour eux-mêmes dans le cinéma français. La plupart du temps une pointe – souvent insupportable d'ailleurs – de misérabilisme vient culpabiliser le spectateur. Car toujours le migrant est comparé avec l'autochtone, avec le Blanc qui souhaite l'aider, l'accueillir ou au contraire le rejeter (regardons l'affreuse Palme d'or 2017 The Square de Ruben Östlund pour voir à quel degré de complaisance le migrant est filmé).


Clément Cogitore choisit une autre manière, plus sombre pour filmer ses personnages, il filme le groupe, la stratégie pour fuir, puis l'individu et la peur de sa faire attraper par les flics. La construction dramatique repose sur une angoisse sourde qui emprunte au slasher au fur et à mesure que les compagnons de fuite du personnage principal (Murat Subasi) disparaissent du champ, du cadre, de la jungle le laissant finalement seul au monde.
















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