lundi 21 mars 2016

L'Ambassade (Chris Marker, 1973)

Un titre de film « L'AMBASSADE », en lettres majuscules, un simple carton « un film super-8 mm trouvé dans une AMBASSADE » et rien d'autre dans le générique. Pas de noms, pas de références. Partout on lit au sujet de ce court-métrage, réalisation anonyme. Un film perdu dans le cosmos, comme dirait Godard, où un ambassadeur accueille des militants politiques après un coup d'état fasciste (prononcez fassiste, comme on disait). Une voix off, avec un léger accent, présente ces réfugiés, artistes, poètes, militants, communistes que l'ambassadeur et l'ambassadrice consolent comme ils peuvent. Il faut s'organiser, préparer à manger, dormir un peu. Et régler les conflits qui déjà se créent entre ces invités turbulents. Les informations sur le monde extérieur sont distillées au compte-goutte. Dans la rue, un homme qui tente d'accéder à l'immeuble est abattu. En face, les bureaux de la police secrète sont allumés.

Tout est filmé comme un documentaire, ça en a la forme, l'image du super-8 ultra granuleuse, la caméra portée à l'épaule, les gros plans sur les visages et les zooms, ça en a le fond, l'urgence de parler du coup d'état du 11 septembre 1973 au Chili. C'est une fiction, l'une des rares que Chris Marker a tourné, après La Jetée avec qui il partage la réflexion sur un avenir sombre. Emettons une hypothèse. Au Chili, Pinochet a destitué Allende par haine du marxisme. Chris Marker imagine qu'après Georges Pompidou, la gauche puisse accéder au pouvoir en 1976, Georges Marchais pour le PCF, Michel Rocard pour le PSU ou François Mitterrand pour le PS, et que les forces réactionnaires déjà en place alors (Raymond Marcellin, Poniatowski) décident de faire un coup d'état. Voilà la fiction imaginée et révélée qu'elle se déroule à Paris avec son dernier plan. Mais l'Histoire (Pompidou n'a pas fini son mandat, la gauche a perdu) n'a pas rejoint l'histoire de Chris Marker. Jusqu'à présent.















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