mardi 20 décembre 2016

L'Aventure intérieure (Joe Dante, 1987)

Le mythe américain de la dernière frontière est superbement illustré dans L'Aventure intérieure, tout comme il l'était 20 ans plus tôt dans Le Voyage fantastique autre aventure dans l'infiniment petit. En 1966, Richard Fleischer créait une parabole sur la guerre froide, des savants allait sauver un agent secret menacé et devait se méfier d'un espion à l'intérieur de la capsule. En 1987, Tuck Pendleton (Dennis Quaid) est un soldat tout droit sorti de L'Etoffe des héros, un pilote qui ne va pas s'envoler dans l'espace selon la promesse du bouclier de la « guerre des étoiles » lancée par Ronald Reagan.

Il s'immisce dans son vaisseau qui ressemble comme deux gouttes d'eau (ou de sang) à une navette spatiale. Le lancement de la navette infinitésimale s'est faite comme à Cap Canaveral à la grande époque de Ronald Reagan, le champion toute catégorie des dépenses d'état pour les militaires. Dans le corps de son hôte, le vaisseau de Tuck se déplace en volant. On évoque l'oxygène nécessaire au voyage. L'univers est neuf, c'est bien une nouvelle frontière dans laquelle le pilote va s'aventurer. La chair, les muscles et les veines sont autant de décors fantastiques.

C'est une plongée dans l'intime le plus profond. Il s'agit d'abord de découvrir la « beauté intérieure » de son hôte Jack Putter (Martin Short). C'est ensuite un échange régulier de fluides entre les deux hommes, Putter pisse en discutant avec Tuck dans les toilettes, comme s'il causait avec son sexe. Echange de salives où Tuck glisse dans le corps de sa fiancée et découvre qu'elle est enceinte. D'une certaine manière, L'Aventure intérieure invente la vidéo surveillance, Tuck observe tout et entend tout grâce à une sonde placée sur le nerf optique de Putter.

Dans le film de Richard Fleischer, Raquel Welsh était la blonde dans la capsule, dans le film de Joe Dante, Meg Ryan est Lydia Maxwell, la blonde dans laquelle la capsule de Tuck se glisse. Ils se connaissent depuis des années et vivent une relation houleuse. Il la pénètre une nouvelle fois, sans son consentement cette fois, c'est une scène un peu étrange, tout à la fois un viol de l'intimité, une ultime découverte de cette ultime frontière et cinématographiquement l'hommage le plus gonflé à 2001 l'odyssée de l'espace et à son bébé final.

Joe Dante a beaucoup de mal à présenter ses personnages, il se perd dans les renseignements en début de film. La première scène de Dennis Quaid où il joue un soldat soûl qui détruit la réception de ses collègues est pénible à regarder tellement il cabotine. Martin Short n'est pas en reste dans sa première scène où il incarne un anxieux racontant ses malheurs à son psy, il est un employé angoissé par ses clientes et notamment celle que joue Kathleen Freeman, l'une des actrices des films de Jerry Lewis. Les deux acteurs ne seront dans le même cadre qu'en toute fin de film.

Le but du jeu de Joe Dante est moins de tourner un film de science fiction que de filmer deux hommes aux caractères antagonistes qui vont s'influencer l'un l'autre. Tuck devient le metteur en scène de la vie de Putter, une fois que le premier a intégré le corps de l'autre. Cette mise en scène consiste à une direction d'acteur où Putter doit jouer comme Tuck, un type prétentieux, imbuvable et inconséquent. Le paroxysme est atteint quand il met Lydia dans les bras de Putter. Faire de Martin Short acteur comique un personnage amoureux et de Dennis Quaid jeune premier sexy (d'où la scène de nu) un personnage émouvant est l'autre enjeu du film.

Dans ce mouvement d'échange des personnalités, toute une galerie de figures burlesques et cartoonesques viennent mettre des embûches dans le parcours de Lydia, Tuck et Putter. La collègue arriviste de Putter, son patron, un macho pédant surnommé le cowboy, un tueur à gages, un méchant échappé d'un James Bond, une scientifique qui veut voler les secrets de la miniaturisation. Tous ces archétypes sont issus d'univers que le public connaît par cœur. Plus que son trio de vedettes, ce sont eux que Joe Dante filme avec délectation pour le plus grand plaisir du spectateur.



















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