mardi 26 décembre 2017

Carrie (Brian De Palma, 1976) 1/2

Sans la musique douceâtre de Pino Donaggio, sans les ralentis sur ces lycéennes en train de se changer après avoir fait du volley, sans ce plan séquence qui traverse les vestiaires à travers la vapeur floue de l'eau chaude, la scène de la douche qui ouvre Carrie ne serait pas l'un des plus beaux hommages à Psychose que rend Brian De Palma à Alfred Hitchcock. Le but est d'aller des visages souriants de ces jeunes filles au corps nu de Carrie White (Sissy Spacek) dans une vision sensuelle touchant à l'érotisme. Le visage extatique, le savon bleu passe sur sa poitrine, sur ses cuisses, puis tombe et du sang dégouline. Carrie crie d'effroi devant la vue de ce sang.

La musique et le ralenti s'interrompent, le visage effrayé de Carrie s'avance vers ses camarades de classe qui comprennent immédiatement ce que Carrie ignorait, elle a ses règles et ne savait pas ce que c'était. C'est une rude plongée vers le réalisme total après une séquence fantasmée. Les filles se moquent toutes de Carrie, de sa candeur et lui balancent au visage, sur son corps nu, des tampons et des serviettes hygiéniques en lui hurlant dessus « plug it up » (enfonce toi-le). Carrie est alors au milieu d'un teen-movie violent (même si toutes les lycéennes sont jouées par des actrices de 25 ans) et ne doit d'être sauvée que grâce à l'intervention de sa prof de gym.

Cette dernière, Miss Collins (Betty Buckley) console Carrie et punit les autres élèves. Elles seront collées chaque jour de la semaine pour une heure de sports. Si elles refusent, elles seront privées du bal de fin d'année. Les deux têtes pensantes des filles sont divisées. Chris (Nancy Allen) culpabilise du traitement infligé à Carrie, elle convainc son petit ami Tommy (William Katt), le beau blond aux cheveux bouclés d'inviter Carrie au bal de promo. Sue (Amy Irving) quitte la classe de gym en espérant que les autres filles vont la suivre. Elle rumine sa vengeance et élabore avec son mec Billy (John Travolta) un plan diabolique. Le diable incarné et l'ange repenti.

Le tout premier plan de Carrie est une plongée qui pourrait être le point de vue de Dieu à moins que ce ne soit celui du Diable. La religion, Margaret White (Piper Laurie) la mère de Carrie, s'y vautre dedans jusqu'à plus soif. Bigote intransigeante, elle harcèle ses voisines (dont la maman de Chris) avec ses bondieuseries. Quand Carrie rentre chez elle, elle interroge sa mère sur l'absence d'information sur ses premières règles. Margaret White la traite de pécheresse, la frappe avec son missel et l'enferme dans un placard où un Jésus sur un crucifix est aussi inquiétant que sa mère (ils se ressemblent comme deux gouttes d'eau).

La jeune fille désormais femme, selon sa mère, possède un pouvoir surnaturel (on est d'abord dans un roman de Stephen King) dont elle ignore la mesure. Là encore, Brian De Palma force le réalisme en faisant emprunter les couloirs de la bibliothèque du lycée où Carrie se renseigne sur la télékinésie. Le film fonctionne toujours avec cette dualité, avant de mettre en scène, le cinéaste développe de manière rationnelle chaque mouvement de son scénario. Cela a pour but d'amplifier la tension à venir, d'en montrer le processus créatif : la confection de la robe rose de Carrie, la mise à mort du cochon pour en prendre le sang, la discussion entre la prof, Sue et Tommy.

Carrie, si timide, subissant l'emprise mortifère de sa mère, devient le centre d'attraction. Miss Collins lui rappelle qu'elle peut lui faire confiance, « trust me Carrie, you can trust me », lui raconte son premier flirt mais on peut se demander si la prof de gym n'est pas tout simplement attirée par la jeune femme, Tommy ne comprend pas vraiment pourquoi sa copine lui demande d'inviter Carrie, moquerie ou rédemption, ils vont ainsi au bal de promo ensemble et après avoir longtemps insisté, ils danseront tous les deux, enveloppés par la caméra circulaire de Brian De Palma.

Dans un mouvement inverse, comme un retour vers la réalité après cette danse fantasmée, après ce moment de grâce irréelle, le plan diabolique de Chris s'abat sur Carrie. C'est une nouvelle douche qui fait écho à celle du vestiaire (d'ailleurs le bal de promo se déroule dans le gymnase adjacent les vestiaires), une douche de sang de cochon que Carrie reçoit sur son corps, une vengeance dent pour dent, sang pour sang et qui est suivie d'une encore plus terrifiante vengeance sur tous ceux qui se sont moqué d'elle et qui vont périr sous ses yeux exorbités.











































jeudi 21 décembre 2017

La Ruée vers l'or (Charles Chaplin, 1925)

Dans le désert, qu'il soit de sable ou de glace et de neige comme dans La Ruée vers l'or, la chose la plus importante est d'avoir de quoi manger. Ce sera tout le beau souci du chercheur d'or solitaire que joue Charlie Chaplin. Manger et surtout ne pas être mangé par l'ours qui commence à le suivre quand il s'aventure sur les sommets des montagnes de l'Alaska, là-haut tout au Nord quand la ruée vers l'or commençait à la fin du 19e siècle.

Notre prospecteur n'est pas le seul homme à s'être égaré dans le désert de glace. Voici un chercheur d'or heureux, le dénommé Big Jim McKay (Mack Swain), corpulence massive et au bon caractère. Sa concession est sur une montagne d'or. Plus loin, voilà Black Larsen (Tom Murray), un hors-la-loi au regard vicieux, il est certain de ne pas être facilement retrouvé dans sa cabane de bric et de broc balayée par la tempête de neige.

Le ventre affamé de Charlot n'a que faire que Black Larsen soit un affreux jojo, il s'incruste dans sa cabane et commence à dévorer un os, comme le ferait un mâtin qui n'aurait pas d'oreille. Plus tard, dans cette même cabane, ce sera Big Jim gagné par la faim qui imagine le pauvre Charlot en poulet géant et qui est prêt à tout pour le dévorer. La cabane a trois portes, soit un grand nombre de combinaisons pour la course-poursuite entre Big Jim et ce poulet qu'est devenu Charlot.

L'autre scène de repas dans ce lieu isolé est celle incongrue du repas de la chaussure. Charlot fait cuire sur le fourneau son propre soulier que Big Jim et lui ont décidé de manger. Une semelle pleine de clous et les lacets pour l'un, le cuir pour l'autre affamé. La mastication est difficile et le goût bien fade, mais quelques grains de sel en font un repas acceptable. Il est vraiment temps qu'ils quittent cette cabane sans nourriture pour retourner en ville.

Sans le sou, sans or et sans victuailles, Charlot doit trouver un moyen de remplir son ventre. Un peu isolée de la ville où seuls les prospecteurs chanceux peuvent se payer un gueuleton et des petites pépés, Charlot repère une maison d'un bon gars, le vieux Hank Curtis (Henry Bergman). Charlot feint de s'évanouir de faim devant sa maison, et le bon vieux l'invite à venir manger le repas qu'il s'était préparé. Glouton, Charlot avale tout. Et il s'installe chez lui.

La scène la plus connue de La Ruée vers l'or est celle de la danse des petits pains. Elle a lieu dans la maison du vieux Hank le soir du réveillon du nouvel an. C'est une séquence onirique, issue de l'imagination du chercheur d'or. Il a invité Georgia (Georgia Hale) et trois de ses amies pour fêter avec lui le passage vers la nouvelle année. Deux fourchettes, deux petits pains, une danse improvisée sur la table pour divertir les demoiselles avec le regard mutin et amoureux de Charlot.


L'amour est source d'injustice dans La Ruée vers l'or. Que peut faire le pauvre et maigrichon Charlot face au riche et séduisant homme qu'est Jack Cameron (Malcolm Waite) pour attirer le regard de Georgia. Essayer la force, elle revient vers Jack, la gentillesse, elle pose un lapin à Charlot, il décide de la laisser tomber, part retrouver la montagne d'or de Big Jim et revient en Californie millionnaire. Enfin, il retrouve Georgia. Ils se marièrent et eurent beaucoup de bons repas.