mardi 19 mars 2019

Varda par Agnès (Agnès Varda, 2019)


Arte diffuse en ce moment et pendant deux mois le dernier film d'Agnès Varda. Deux heures consacrées à son propre cinéma, un film divisé en deux parties, deux causeries qu'elle a donné devant plusieurs publics, dans des salles plus ou moins grandes, plus ou moins remplies. Elle est assise dans un de ces fauteuils de cinéaste, son prénom et son initiale floquées sur le dos, sa coiffure de kappa sur le crâne. Elle lit son texte sur son habituel ton mi amusé, mi naïf, mi conscient de son génie (oui chez Agnès Varda on a trois moitiés).

Elle lance le premier extrait car c'est évidemment ce que chacun peut attendre d'un film sur sa carrière qui complète et amplifie ce qu'avait proposé il y a dix ans de cela Les Plages d'Agnès. Une anthologie de son œuvre. Les mauvaises langues diront « Agnès Varda pour les Nuls » comme la collection de bouquins. Le film a parfois cet aspect d'autant qu'Agnès Varda est seule conductrice du récit de sa filmographie, personne ni pour la contredire ni pour lui poser la moindre question. Le film porte parfaitement son titre.

Premier extrait : Uncle Yanco, 1968. Ce court-métrage américain lance la chronologie plutôt que son premier film La Pointe courte, 1954. C'est dans une mise en abyme qu'elle cherche à montrer ce que pouvait être un auteur de cinéma. Pour elle, si la forme ne doit l'emporter sur le fond (elle se considère comme une cinéaste politique), il doit surgir ici et là comme un secret qu'elle seule connaît. Preuves à l'appui pendant toute cette première partie soit une trentaine d'années de cinéma en pellicule et autant de films en toute genre et durée.

Les travellings d'une minute de gauche à droite dans Sans toit ni loi sur du Mozart (Sandrine Bonnaire à ses côtés, sous un fort crachin est la seule à faire reproches à la cinéaste). Les reproductions de tableaux dans Lion's love. Les fondus en couleur du Bonheur. Les chansons sur des paroles de Karl Marx dans L'Une chante l'autre pas. C'est un bonheur non feint de la voir décrire, de l'entendre détailler par le menu, ses facéties de mise en scène, preuve de la variété de ton dans ses films et de ses recherches et trouvailles.

Contrairement à plusieurs de ses films d'une grande lourdeur, tout est ludique dans Varda par Agnès, comme si l'extrait faisait du bien à ses films. L'habituelle passage du coq à l'âne qu'elle manie avec souplesse, ses courts extraits, ses arrêts sur image, ses anecdotes sont du pur divertissement. Elle s'attarde longtemps sur son film de commémoration du cinéma (le très médiocre Cent et une nuits) où on voit des scènes de tournage. Et soudain, elle affirme que le film était très raté et qu'elle a décidé après ça d'arrêter la fiction, de ne plus tourner en pellicule.

Le seconde causerie se concentre sur les 20 dernières années et sont plus embarrassantes. Ça commence plutôt bien avec sa découverte du caméscope (les petites caméras) et le tournage des Glaneurs et la glaneuse. Puis, elle présente les différentes expositions d'art moderne où elle a exposé. C'est un festival d'auto-congratulations inversement proportionnelles à l'originalité de ce qu'on voit. Le tout sous les compliments du chef de la fondation Cartier qui a payé tout ça. Mais je suis sûr qu'Agnès Varda s'amuse de tout cela.

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