mercredi 2 mai 2018

Le Fiancé la comédienne et le maquereau (Jean-Marie Straub, 1968)

Après deux films d'époque et en costumes (Nicht versöhnt, Chronique d'Anna Magdalena Bach), Danièle Huillet et Jean-Marie Straub filment leur premier film contemporain. Une rue de Munich de nuit est filmée en plan séquence, la caméra est embarquée dans la voiture qui sert de rail de travelling. Quatre minutes sur le trottoir de droite avec ses boutiques, magasins et stations service. Et des prostituées. Aucun son puis débarque une musique, du Bach évidemment (elle sera entendue plus tard dans le court-métrage).

Le générique du Fiancé la comédienne et le maquereau, en belles lettres ornées, annonce toute la troupe de Rainer Werner Fassbinder (ainsi que lui-même). Le cinéaste était débutant, L'Amour est plus froid que la mort sort également en 1968. Par troupe, il faut voir théâtre, une petite scène, un canapé, une chaise, trois fleurs dans un vase, trois comédiennes et trois comédiens qui entrent et sortent sur l'estrade par deux portes, l'une en bois fermée et l'autre toujours ouverte.

Les Straub filment de loin, sans que la caméra ne s'approche des comédiens, comme à la place du spectateur. On reconnaît facilement Fassbinder, si jeune, si fringuant, celui qui a la voix qui porte le plus, on reconnaît Hanna Schygulla en petite bonne, Irm Herrmann en femme fatale. Je n'ai jamais réellement compris le sujet de la pièce, le plaisir est de voir, même de loin ces figures débutantes sans savoir comment Jean-Marie Straub et Danièle Huillet les ont rencontrées. Juste après ce film, ils filent en Italie tourner Othon.


Le titre promet un film noir, l'addition de ces trois épithètes annonce une confrontation, elle arrive après cette pièce de théâtre. On pourrait presque dire que les dernières minutes du Fiancé la comédienne et le maquereau est LE film d'action straubien. Le fiancé (James Powell) un Noir américain épouse à l'église la fiancée (Lilith Ungerer). Le maquereau (Fassbinder, cette fois en gros plan) veut récupérer sa poule, mais Lilith tue son proxénète. On a même droit à deux courses poursuite, en automobile et à pied.

















mardi 1 mai 2018

Un film comme les autres (Jean-Luc Godard - Groupe Dziga Vertov, 1968)

Il n'y a que Jean-Luc Godard pour appeler un film aussi peu conventionnel Un film comme les autres. Il est à cette époque, juillet 1968, dans le travail collectif du cinéma avec le Groupe Dziga Vertov cherchant à abandonner son statut de vedette du cinéma français, d'auteur star et de « plus con des Suisses pro-chinois ». Dans un terrain vague, au milieu des herbes folles, pas loin d'un immeuble de banlieue (en l'occurrence Flins près de l'usine Renault où les derniers soubresauts de Mai 68 ont eu lieu), il filme cinq personnes, deux étudiants et trois ouvriers, quatre hommes et une femme en train de discuter.

La caméra est trop loin, plan large d'ensemble, ou trop près, plan rapproché sur les dos, pour même distinguer qui sont ces gens, mais ils parlent pendant plus de 100 minutes des événements, comme on disait jadis. Une discussion aux couleurs chatoyantes de l'été, une mis à plat de ce qui s'est vécu, les regrets et les espoirs de voir les « 40000 étudiants lutter à côté de la classe ouvrière ». Jean-Luc Godard a beau vouloir s'effacer derrière le collectif, sa touche sonore est immuable, ces mélanges et juxtapositions de paroles, ce montage où il décide ce que le spectateur peut entendre, une sélection anti-naturaliste.


Les longues scènes bucoliques sont coupées de larges moments de Mai 68, j'imagine pris sur le vif, peut-être ces fameux ciné-tracts pris par Godard et ses amis, manifestations ouvrières et AG des étudiants (tiens voici Dany le Rouge), collage d'affiche, confection et distribution de tracts, occupation des usines et des universités, interventions policières contre-manifestation des soutiens à De Gaulle et Pompidou. Toutes ces images sont en noir et blanc, l'unique son sur ces images est celui des cinq personnes. Ce sont déjà des images du passé, de l'histoire ancienne, le cinéaste est déjà passé à autre chose et acte la fin de la révolution étudiante et syndicale.