dimanche 10 mars 2019

Candy Mountain (Robert Frank & Rudy Wurlitzer, 1987)

Candy Mountain est l'histoire d'un mec en colère. Et comment il va être forcé d'apprendre le calme. Ce mec est musicien mais il faut bien gagner sa vie alors Julius (Kevin J. O'Connor) fait l'ouvrier dans un appartement de Manhattan, il est censé faire l'électricité pour un couple de propriétaires bien bourgeois. Il préfère observer les gratte-ciels et flâner. Il se fait immédiatement virer par le contremaître et le voilà à traverser New York, sans savoir qu'il va se lancer dans un voyage à travers le continent.

Les dents de traviole, la moquerie au bout de l'index et l'arrogance du jeune gars qui pense tout savoir à 25 ans, Julius provoque le destin dans un studio d'enregistrement où Keith (David Johansen, des New York Dolls) répète un morceau de rock (forcément). On en trouvera pas mal des vrais rockeurs dans Candy Moutain, Joe Strummer portant casquette, Tom Waits portant un peignoir coloré et jouant du piano. Et peut-être d'autres que je ne connais pas que Julius rencontre au long de son périple.

Le voyage a un but : trouver Emore Silk. Joli nom plein de douceur (silk veut dire soie) mais personnage a priori rugueux d'après Keith, son avocat et son manager. Elmore Silk fabrique des guitares, il en est le Stradivarius d'Amérique du nord. Mais il a disparu depuis des lustres. Pour se refaire financièrement, pour se faire mousser et par pure morgue, il propose de retrouver Elmore Silk. Il part immédiatement avec sa copine en banlieue de New York retrouver le Silk avant de se faire larguer comme une merde à une station service.

Cette unique fiction du duo du photographe Robert Frank et de l'écrivain Rudy Wurlitzer cherche dans la mesure du possible de ne pas tourner un road movie traditionnel américain. Cela passe par une absence de dramaturgie du début à la fin. Il n'est pas important de créer du suspense pour savoir si Julius va rencontrer cet olibrius d'Elmore Silk. D'autant que le portrait que chacun fait de lui, de son frère businessman (Tom Waits), à sa fille et son gendre n'est pas des plus flatteurs. Il se produit un petit effet comique dans la description monstrueuse d'Elmore.

Autre effet relativement amusant, la guigne de Julius à chaque étape. Après s'être fait largué, il fait du stop, achète la voiture de Tom Waits mais il doit chaque fois troquer son nouveau véhicule pour un autre plus pourri et capricieux. L'ambition est simple, faire changer ce personnage, le faire évoluer de l'arrogance à la sympathie. Tout n'est pas fait dans la finesse mais certaines rencontres sont incongrues : les deux hommes de loi croisée de Nouvelle Ecosse sont par exemple de sacrés farceurs.


Plus il monte vers le nord, de New York jusqu'à la pointe de la Nouvelle Ecosse, plus le désert est palpable. Un désert de neige, sans arbre, sans habitant ou presque. Ce jeu de piste change donc Julius et Cornelia (Bulle Ogier) n'est sans doute pas pour rien dans ce changement, elle l'ancienne maîtresse d'Elmore couche avec Julius. Elmore (Harris Yulin) n'est pas le monstre décrit mais un doux dingue qui veut vivre loin de l'agitation de la vie. Alors se dégage une atmosphère apaisée et enfin Julius commence à devenir sympathique.

























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