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samedi 4 mai 2019

Three amigos (John Landis, 1986)

1916, Hollywood, le cinéma muet et trois acteurs, d'indécrottables cabots qui viennent jouer aux cow-boys sous les lumières de la rampe et des caméras de cinéma. Dans la séquence d'ouverture de Three amigos, ils sont tous les trois sur un cheval, les uns à côté des autres et ils chantent dans un anachronisme volontaire et volontiers comique dans leurs rutilants et scintillants costumes. Puisqu'en 1916, les acteurs ne pouvaient pas encore chanter ni parler, ils devront passer l'étape du noir et blanc muet.

Le film qui lance le récit est un western primitif et primaire où les trois cow-boys sont grimés outrancièrement. Leur dialogue apparaît dans des cartons des intertitres. Ce sont des héros aux instincts basiques et c'est dans ce cadre, dans un petit cinéma du Mexique, que Carmen (Patrice Martinez) découvre Dusty Bottoms (Chevy Chase), Lucky Day (Steve Martin) et Ned Nederlander (Martin Short). Ils sont si nobles dans leur actions, si généreux avec l'argent de ceux qui les emploient, si compréhensifs que Carmen décident des les engager.

Carmen après avoir vu ce film est persuadée de pouvoir embaucher les trois amigos, même s'ils demandent 100000 $, car dans la fiction, par générosité ils refusent l'argent et Ned sort un couplet sur leur bonté d'âme, couplet qu'il aura du mal à réciter car parfois un acteur muet n'est pas fouttu de connaître son texte. Voilà surtout que Hollywood les vire, le grand patron (Joe Mantegna) ne veut plus de ces trois corniauds. Ils sont donc disponibles pour aller à Santo Poco d'autant qu'ils pensent être embauchés pour un spectacle.

Dans son petit village de Santo Poco, un chef local surnommé El Guapo (Alfonso Arau) terrorise son monde, un peu comme dans un film de Budd Boetticher. Car bien entendu John Landis connaît sur le bout des doigts cette histoire du cinéma. Three amigos est une confrontation avec l'esprit du cinéma muet soit un burlesque splastick décomplexé et ringard et un certain genre de western qui se situe entre deux frontières. C'est dire si la mise en abyme est poussée dans l'enchevêtrement narratif entre ceux qui vivent la fiction, ceux qui l'inventent et ceux qui y croient.


Reste la précision comique, Alfonso Arau est sublime en affreux jojo aux dents pourris qui règne sur une bande d'incapables, notamment son bras droit qui ressemble à un pirate (Tony Plana). C'est l'innocence des trois couillons face à lui qqui fait un peu sourire, notamment la bonne tête d'abruti de Martin Short et la bienveillance de Steve Martin. Reste ce pauvre Chevy Chase qui se voit confier le rôle du bourreau des cœurs dans un sens de l’aberration incompréhensible. J'ai toujours eu du mal avec Chevy Chase, je découvrais après tant d'années ce film, petite grosse déception.





















vendredi 17 août 2018

The Blues Brothers (John Landis, 1980)

L'un des meilleurs moments des Blues Borthers est celui de la chanson d'Aretha Franklin. Le film de John Landis est ainsi découpé en tranches, une alternance de séquences où Elwood (Dan Aykroyd) et Jake (John Belushi) causent ensemble, les frangins Blues en costumes, chapeaux et lunettes noires, qui sortent de prison et entament un périple, parodie de road movie dans la banlieue et les rues de Chicago, capitale mondiale du blues. S'ensuivent des morceaux de musique avec les représentants de l'époque de la soul, funk et blues.

Avant qu'Aretha Franklin n'apparaisse, James Brown joue un prédicateur dans une église, John Lee Hooker joue de sa guitare dans la rue. Aretha Franklin apparaît enfin au bout de trois quarts d'heure de film. Les frères Blues viennent chercher leurs musiciens qui font, depuis qu'ils sont en prison, des boulots ordinaires. D'une certaines manière, Jake et Elwood viennent les remettre sur le droit chemin. Ils entrent dans le restaurant, Elwood commande du pain de mie et Jake quatre poulets entiers. C'est Aretha Franklin qui prend leur commande.

Vêtue d'une blouse couleur saumon, elle va en cuisine. Le cuistot qui n'est autre que le guitariste Matt Murphy a vite pigé que les Blues brothers sont là et il est heureux comme tout. Aretha n'est pas du tout d'accord que son homme s'en aille avec les frangins (et le serveur joué par le saxophoniste Lou Marini les suivra). « Think, think, think » commence-t-elle en entonner autour de Matt, lui demandant de penser à ce qui va arriver s'il la quitte. Lui voit ça comme une libération, elle lui conseille de ne jamais revenir.


La chorégraphie se déploie. Trois clientes se lèvent et viennent faire le chœur d'Aretha Franklin, dansant de concert avec elle entre les tables. Le frères Blues se lèvent et dansent également. Ce qui est beau dans cette version de Think est le crescendo final où les yeux pleins de désespoir de l'épouse flouée par son mari prennent le dessus. Aretha Franklin viendra interpréter Respect dans Blues Brothers 2000 avec les mêmes personnages, cette fois dans une concession de voitures, Matt Murphy encore une fois la quittera.

























dimanche 25 février 2018

Thriller (John Landis, 1983)

Avant les clips faisaient la durée de la chanson. Trois 45 tours étaient sortis avant la chanson Thriller, avec des clips classiques mais le succès de l'album Thriller sorti en novembre 1982 est si important qu'un court métrage est tourné pour le clip Thriller. John Landis est choisi pour mettre en scène Michael Jackson. Le clip de Thriller dure 14 minutes, la chanson un peu moins de 6 minutes, au scénario le chanteur est crédité avec John Landis. La chanson a été composée par Rod Temperton et produite par Quincy Jones.

Pleine lune, comme dans Le Loup-garou de Londres, une voiture dans la brume, Michael Jackson est le conducteur, Ola Ray est sa petite amie. Une panne d'essence, ils s'arrêtent, ils sortent du véhicule, Michael déclare sa flamme et lui offre une bague de fiançailles mais doit confesser une chose : il est un loup-garou et se transforme sous ses yeux. John Landis fragmente cette métamorphose, comme dans son film, filmant chaque membre du corps du chanteur. Jusqu'au résultat final.

Le lycanthrope menace Ola qui est tombée dans l'herbe. Dans le plan suivant, on retrouve le couple assis dans une salle de cinéma (on reconnaît John Landis tout devant, complètement à droite), Michael bouffe du pop-corn l'air réjoui devant ce film d'horreur tandis qu'Ola a très peur et décide de sortir de la salle. Plan en grue de l'extérieur du cinéma où sur l'enseigne est écrit le nom de Vincent Price. Sur la vitrine, deux affiches : Schlock, le premier film de John Landis et House of wax, film avec Vincent Price.

Jusqu'à présent, aucune note de Thriller n'a été entendue. Pour figurer l'angoisse, John Landis utilise la musique d'Elmer Bernstein, compositeur attitré de John Landis, il a fait la musique du Loup-garou de Londres (hormis les chansons avec le titre Moon). Quand Michael et Ola sortent du cinéma et vont se promener, la chanson commence telle une comédie musicale, Michael raconte ainsi avec les paroles de Thriller une nuit d'épouvante pour faire peur à sa petite amie et la taquiner avec des sourires.

Ils passent devant un cimetière lugubre, Vincent Price débute la lecture de son poème tandis que les tombes commencent à s'ouvrir et que les morts vivants en sortent au milieu d'une brume bleutée. Ces morts vivants vont entourer le couple avant que Michael ne se transforme également, y compris sa veste rouge qui est déchiquetée. La célèbre chorégraphie est filmée en longs plans, dans des mouvements d'appareils circulaires et des travellings suivis de gros plans sur les visages décrépis des cadavres.

La première diffusion du clip a lieu sur MTV en décembre 1983 avec une version modifiée de la chanson, bien meilleure que sur l'album. Les deux premiers couplets sont enchaînés sans coupure par le refrain, le pont est supprimé (ce qui était une bonne idée), suit le poème lu par Vincent Price et le refrain est enfin chanté sur la chorégraphie des morts vivants, le rire sardonique de Vincent Price conclue le clip sur un plan fixe de Michael Jackson les yeux jaunes comme le loup-garou qu'il était au début.


Cela m'a toujours étonné de voir Michael Jackson se donner le rôle du mauvais garçon (ses albums suivants seront titrés Bad puis Dangerous), sans doute voulait-il appartenir à la grande famille des rockeurs. Ceci étant, John Landis avait procédé ainsi, non sans ironie pour David dans Le Loup-garou de Londres, un homme insipide qui devient une bête. Toujours avec ironie, le carton final reprend celui du Loup-garou de Londres indiquant que toute similarité avec un mort vivant serait une coïncidence.