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jeudi 4 juin 2020

Jurassic Park (Steven Spielberg, 1993)

Pour faire un spectacle qui plaise aux gens, il faut une immense attraction. Voilà le projet du millionnaire John Hammond (Richard Attenborough), gentil grand-père facétieux, tout sourire derrière sa barbe-blanche, un Père Noël au mois de juillet (il jouera d'ailleurs l'année suivante dans Miracle sur la 34e rue). C'était à Sumatra dans King Kong, en Himalaya dans Le Colosse de Hong Kong, c'est sur une petite île au large du Costa Rica dans Jurassic Park.

Loin de moi l'idée que ce merveilleux film de Steven Spielberg soit un remake stricto sensu de King Kong, mais il en prend quelques idées. Mais après tout dans le film de Cooper et Schoedsack, les Américains étaient confrontés à quelques dinosaures. John Hammond a ainsi construit un immense parc d'attraction et il a invité trois scientifiques à valider son parc d'attractions. Faut dire que le film commence par un homme dévoré tout cru.

Commençons par les scientifiques. Un couple d'archéologues pas encore marié, Ellie Sattler (Laure Dern) et Alan Grant (Sam Neil) font des fouilles et présentent leur travail à des enfants. Parmi eux un gamin insolent qui pose des questions à Grant, lequel a du mal à contenir son énervement. C'est qu'il ne supporte pas les enfants. Il l'a dit à sa fiancée, il ne veut pas d'enfants. Elle le regarde avec un sourire en coin. Et voilà que Hammond vient les chercher sur le lieu de leurs fouilles.

Il ne le sait pas encore mais il va devoir faire une partie de son séjour sur l'île avec les petits-enfants de Hammond. Ce sera pour plus tard. L'aînée Lex (Ariana Richards) et le petit Tim (Joseph Mazzello) sont évidemment d'insupportables gamins qui bougent tout le temps, parlent tout le temps. Ça amuse bien le troisième scientifique, le lymphatique professeur Ian Malcolm (Jeff Goldblum) qui trouve la situation irrésistible.

Visiter le parc préhistorique prend du temps. Steven Spielberg veut d'abord expliquer comment Hammond est parvenu à créer des dinosaures. Loin d'un prêchi-prêcha scientifique, il propose à nos trois savants un dessin animé stupide. Evidemment, les deux gamins adorent. Et les voilà qui courent partout et arrêtent pas de parler. S'ils savaient ce qui les attend. On n'attend d'ailleurs que ça qu'ils aient la frousse de leur vie, ils le méritent.

Comme tous les millionnaires qui veulent se faire du fric sur les grosses bébêtes méchantes, Hammond assure que tout est super sécurisé. La preuve, il y a un type qui a fait des supers logiciels perfectionnés. On le voit le type, on voit surtout comment le film le représente, en sueur, adipeux, cupide et plein de morgue. Un sale type ce Dennis (Wayne Wright) qui veut voler des embryons pour les revendre à un receleur.

Parmi les premiers à mourir le visage couvert du venin d'une créature qui semblait pourtant si mignonne, c'est l'informaticien Dennis. C'est toujours marrant de deviner l'ordre des victimes dans les films catastrophes. Dans Jurassic Park, le premier à se faire dévorer par un dinosaure a logiquement été l'avocat Donald Gennaro (Martin Ferrero), vêtu d'un ridicule bermuda. Lui voulait forcer à toute force les scientifiques à donner leur holà malgré les incidents.

Pour le destin funeste de Ray Arnold (Samuel L. Jackson), l'ingénieur du parc d'attraction et pour tout dire le bras droit de Hammond, c'est plus compliqué. Il reste longtemps dans le récit et il sera déchiqueté dans un acte de bravoure dans la centrale électrique. Mais son destin était pourtant scellé par une mort obligatoire. Pour une raison simple, il passe son temps à fumer des clopes, et ça, c'est un mauvais exemple pour les enfants.

On est donc à la place des scientifiques mais aussi des enfants dans la découverte du parc. D'un côté, on est averti par Malcolm, Ellie et Grant du danger à avoir des vélociraptors et des tyrannosaures rex, de l'autre côté on est enchanté par ce spectacle merveilleux (je redis le mot). Je me rappelle ma joie en 1993 dans la salle de cinéma de voir sur l'écran d'aussi beaux effets spéciaux mais aussi l'excitation de prévoir que tout cela va se retourner contre les personnages.

Ça commence assez vite quand Ellie se désole de voir un tricératops malade. Hop, elle enfile un large gant et va fouiller dans les excréments du dinosaure. Mais ce que décèle cette maladie est que le parc est voué à l'échec dès le départ. A cela s'ajoute le danger imminent d'une tempête tropicale. Elle va arriver libérant le tyrannosaure qui attaquent les véhicules de visite, voilà comment Grant en est à s'occuper des deux enfants.


Parmi les stars du film, le trio de vélociraptors. Deux d'entre eux se promènent dans la cuisine pour chasser Lex et Tim, la séquence la plus jouissive du film. C'est que c'est malin ces petits animaux, ça sait exactement ce que le spectateur demande. Comme ils ont été aussi insolents que les deux mômes, le T-Rex vient leur donner une leçon. Comme les scientifiques, il ne veut pas du parc. Le film lui aura (pour l'instant) quatre suites.































mardi 26 mai 2020

La Guerre des mondes (Steven Spielberg, 2005)

Il doit bien exister une analyse fine et précise des personnages de père dans les films de Steven Spielberg. Pour le faire vite, ils sont tous minables. Dans les quelques films que j'ai vus récemment, ceux avec donc des extra-terrestres, on a Richard Dreyfuss dans Rencontres du troisième type, il abandonne sa famille et part avec une mère célibataire (on ne saura jamais qui est le père de son fils capturé). Dans E.T., le père d'Elliott est absent.

Si l'on regarde Indiana Jones à travers ses quatre épisodes, il est célibataire dans le premier, il a un fils de substitution dans le deuxième, un gamin qu'il a du mal à supporter, il est le fils de son père Sean Connery dans le troisième, il se fera humilier en se faisant appeler Junior, Sean Connery est un père absent toute sa vie. Et enfin, dans l’innommable navet qui sert de quatrième aventure, Indiana Jones découvre qu'il a un fils.

Je peux continuer avec Sam Neil qui ne supporte pas les enfants dans Jurrasic Park, il refuse d'en avoir avec sa copine Laura Dern mais sera un père parfait pour les deux gamins dans leur course poursuite avec les dinosaures. Et le summum de la paternité est Attrape-moi si tu peux, Leonardo Di Caprio a deux pères, un type minable (Christopher Walken) et un père de substitution ; le flic qui le poursuit sans cesse (Tom Hanks).

Dans La Guerre des mondes, le père c'est Tom Cruise. Un ouvrier manutentionnaire qui dépense toute sa paie non pas pour s'occuper des ses deux enfants mais pour sa bagnole, une belle voiture de sport avec laquelle il rentre chez lui le soir. Rien dans le frigo alors que la père des enfants, divorcée et remariée à un homme plus respectable, doit laisser les deux mômes pour le week-end. Nous sommes dans une banlieue quelconque de New York.

Ce père doit faire face à deux personnages qu'il ne connaît pas. Le fils aîné Robbie (Justin Chadwin) pique la bagnole et va faire un tour en ville. La fillette Rachel (Dakota Fanning) se plaint que son père ne la connaît pas et qu'il menace sans santé quand il veut lui faire manger des aliments auxquels elle est allergique. Vraiment ce Ray est un père indigne qui ne sait rien faire. De rage devant sa nullité, il jette le pain de mie au beurre de cacahuète sur les vitres de la fenêtre.

C'est une mise en bouche ironique, pour Tom Cruise il est plus difficile d'affronter ses deux rejetons que les méchants extra-terrestres. Tom Cruise n'est pas un acteur qu'on embauche pour faire la dînette à deux gamins capricieux mais pour sauver le monde. C'est son rôle dans la cinéma hollywoodien. Dans La Guerre des mondes, il va sauver ses deux enfants de la furie destructrice des tripodes, c'est déjà pas mal.

On se le rappelle, c'était le cinéma post 11 septembre. C'est Steven Spielberg qui a le mieux filmé la stupéfaction sur les visages des anonymes devant la destruction de leur mode de vie par une entité dont ils ignoraient l'existence jusqu'alors. Tom Cruise est là, le visage hébété devant ces explosions incompréhensibles, ses cheveux sont vite recouverts de la poussière des bâtiments qui s’effondrent. Il s'agit de fuir et vite.

A vrai dire, Tom Cruise et ses enfants ne fuient pas. Ils partent recomposer la cellule familiale à Boston où se trouve la maman divorcée. Parenthèse : je serais curieux de savoir comment ils se sont rencontrés, de connaître la raison pour laquelle ils se sont plus, lui le docker, elle l'intello. Sans doute cette force de vie qui lui permet désormais de braver tous les obstacles entre sa maison et Boston. Un coup de cœur qui s'est transformé en divorce. Fin de la parenthèse.

L'arrivée des méchants extra-terrestres est soignée. Des superbes effets spéciaux façon « Cecil B. de Mille » avec ces nuages qui s'accumulent au dessus des innocentes victimes potentielles. C'était déjà ainsi dans Rencontres du troisième type mais sur un mode gentil. Des éclairs dignes de la colère divine, des explosions du sol et l'extermination des humains. Poétique funeste, les vêtements des victimes volent dans l'air. Beauté des scènes de foule toutes réussies.


Reste le problème principal du film : la fuite en voiture (ils seront les seuls à arriver à fuir en voiture) une suite interminable de cinéma d'action ponctué de moments plus calme pour permettre à notre héros de devenir le père qu'il n'a jamais été. Il faut se farder les incohérences diverses, la rencontre avec Tim Robbins et la fin bâclée des aliens (bien moins cocasse que dans Mars attacks). Qu'on se rassure, Tom Cruise arrivera à Boston sain et sauf.