lundi 26 août 2019

Big brother (Jackie Chan, 1989)

Quand on débarque du fin fonds de la Chine à Hong Kong sans le sou et qu'on est naïf, la vie n'est pas simple, elle est au contraire difficile. C'est le cas de Kwok Chen-wah (Jackie Chan), tout sourire avec sa petite valise à la main et observant le chômeurs à la recherche d'un boulot journalier. Chen-wah est prêt à faire confiance à n'importe qui. Il se fait escroquer par un bonimenteur qui lui demande son argent pour l’inscrire pour l’embauche. Mais le lendemain, tous ceux qui avaient payé une avance se voient refuser l’entrée dans l’usine.

Chen-wah s’en va dépité et tombe sur Madame Rose (Gua Ah-leh) qui veut lui vendre une rose qui lui portera bonheur. Il en a bien besoin mais n’a guère d’argent. Une voiture arrive, à toute vitesse, d’un parrain des triades. Il est poursuivi par les hommes de Duan. Tout se termine dans une ruelle où la voiture s’engouffre. Le parrain meurt dans les bras de Chen-wah venu porter secours. Le parrain aura pris soin de le montrer du doigt ce qui pour l’oncle Hai (Wu Ma) et Fei (Lo Lieh) le successeur désigné, suffit à le désigner comme le nouveau chef du clan.

Une toute nouvelle vie va commencer pour notre jeune et candide héros qui lors de sa premier discours au clan demande d’être honnête et de respecter la loi. Ce qui a pour effet de tous les faire rire. Il va devoir leur prouver sa force et il fait un bras de fer avec l’un des gars les plus costauds. Pour que son poulain passe l’épreuve, Hai est toujours derrière Chen-wah et brûle la main du costaud avec son cigare. Hai, portant l'habit traditionnel chinois, alors que les autres hommes sont en costumes occidentaux, est le conseiller du clan.

En tant que discrète éminence grise, homme de judicieux conseils et fin diplomate, il veille à ce que tout se passe comme il faut et parfois il manipule son nouveau patron. Au début, Chen-wah ne sait pas quelles décisions prendre mais petit à petit il prend ses marques. Puis, quand le récit commence à partir dans des quiproquos échevelés, Hai reste stoïque à observer les incroyables cascades, combats à mains nues où Jackie Chan utilise tous les éléments des décors pour mettre à l'amende ceux qui entravent ses aventures.

Les décors du cabaret sont somptueux, filmés avec une grande fluidité par Jackie Chan. Il multiplie les plans séquences où la caméra se déplace dans tous les recoins de cet immense lieu, grimpe les escaliers pour passer d'une action à une autre avec une élégance inégalée dans son cinéma. Décor oblique (la rue en escalier dévalée en pousse-pousse), décor horizontal (le cabaret), décor vertical (l'usine de cordes pour le grand finale), chaque lieu établit sa topographie et Jackie Chan entraîne une succession de cascades variées et différentes.

C'est le moment de présenter Yang Lu-ming (Anita Mui). Elle arrive dans la vie de Chen-wah quand celui-ci a décidé de faire du grand hôtel un cabaret. Lu-ming est la fille d’un homme qui devait de l’argent au parrain décédé. Elle vient régler les dettes de son père mais n’a pas d’argent. En revanche, elle sait chanter et danser. Elle deviendra la star du cabaret. Il n’y a qu’une scène de cabaret chantée et dansée, mais elle est tournée avec beaucoup de soin, d'élégance et de luxe, c'est la chanson Rose Rose I Love You qu'Anita Mui chantera souvent à ses concerts.

On s'en doute, une romance entre Lu-ming et Chen-wah va s'épanouir. Cette histoire d’amour est décrite comme naturelle sans embûche. Pourtant Lu-ming est une forte tête face à la faiblesse relative de Chen-wah. C'est elle qui va aider Madame Rose quand elle tombe malade. Chen-wah exige de lui acheter une rose chaque matin pour lui porter chance avant chaque rendez-vous d’affaires. Un matin, elle est introuvable. Chen-wah va chez elle dans un quartier pauvre. Elle est malade parce qu’elle fait croire à sa fille, restée en Chine, qu’elle est une dame du monde et qu’elle vit dans un grand hôtel.

Or, Madame Rose vient d’apprendre que sa fille venait à Hong Kong avec son fiancé et son futur beau-père. Lu-ming décide d’installer Madame Rose dans un palace et de lui trouver un mari. Ce sera Bill Tung, justement l’homme qui avait escroqué Chen-wah au début du film. C’est alors qu’un déluge de quiproquos commence tous plus mal gérés les uns que les autres par le couple vedette. Pour notre plus grand plaisir. Il faut cacher à la fille de Madame Rose qu’elle est très pauvre et que Bill Tung n’est pas son vrai mari.

Mais, il faut surtout empêcher l’inspecteur Ho (Richard Ng) de découvrir la chose. L’inspecteur Ho cherche à faire affaire avec le futur beau-père, un riche homme chinois. Or Ho est constamment en chasse contre Chen-wah et son clan. C’est un Richard Ng burlesque qui incarne ce pauvre inspecteur qui va en voir de toutes les couleurs d’autant qu’il est aidé par un assistant (Mars) des plus incompétents. Les portes et les couloirs vont se remplir de mensonges, de personnes qui se font passer pour d’autres et tout va se compliquer dans l’imbrication des différentes pistes narratives.

Big brother ne manque jamais d’humour. Quelques personnages secondaires sont très drôles comme Tang (Billy Lau), l’assistant de l’oncle Hai, un gros à lunettes, qui se voit toujours rabroué par son patron et qui réplique, quand il a fait une bêtise, qu’il doit aller laver la voiture. Ce comique de répétition est croustillant. La scène de répétition des rôles des notables pour donner une fausse réception est hilarante. Tous les employés et les porte-flingues doivent faire croire qu’ils sont des hommes du monde mais tous se disputent entre eux, se jalousent et parlent avec un vocabulaire de charretier. Un grand moment de comédie.

Jackie Chan n’oublie pas non plus l’action avec la scène finale dans un entrepôt de cordes qui appartient à Duan. Trahi par Fei, Jackie Chan se retrouve avec une trentaine d’adversaires contre lesquels se battre. La scène commence dans la rue où Jackie Chan utilise chaque objet d’un marché de légumes comme arme (aïe avec le durian) puis est emmené dans l’entrepôt où les acrobaties durent un bon quart d’heure. Pour l'amateur que je suis des acrobaties de Jackie Chan, c'est un moment délicieux.

Il saute d’un niveau à l’autre, se casse la figure, donne de nombreux coups de pied et poing, dans un montage d’une grande précision et sans effets spéciaux, il va s’en dire. La chorégraphie des combats est d’une grande beauté. C’est la limpidité de Big brother qui frappe le plus et qui laisse à chaque vision bouche bée. L’aisance de la narration c'est aussi le grand art du montage qui donne le bon rythme à chaque scène. Entre les gimmicks (le chapeau de Chen-wah) et le récit au long cours, Jackie Chan a tenu son film jusqu’au bout. La comédie, l’action et la romance n’ont jamais fait aussi bon ménage.

Longtemps Big brother a été mutilé dans ses éditions françaises, il a été emputé de 45 minutes lors de l'édition de la VHS par René Château. Qui plus est, il était uniquement disponible en version française doublée avec des dialogues stupides. En 2009, le film que l'on doit considérer comme le chef d’œuvre de Jackie Chan, sortit enfin dans sa version intégrale de deux heures et trois minutes. Metropolitan Films a choisi de conserver le titre d’exploitation de l’époque Big Brother alors qu'il serait plus joli de lui redonner son titre chinois Mr. Canton and Lady Rose.


A l'époque de la sortie en France, seules les scènes d’action et l’histoire avec Anita Mui avaient été conservées, ce qui lui permettait de conserver pourtant une relative armature scénaristique. Tout ce qui concernait la réception des fiançailles de Madame Rose avaient été supprimées, trop mièvres sans doute pour le fan primaire de kung-fu. C’est dire si le film de Jackie Chan a été solide malgré les charcutages. Le récit de Big brother est à la fois foisonnant et d’une rigueur extrême. La limpidité et la fluidité mêmes.

































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