lundi 22 juin 2020

Les Lèvres rouges (Harry Kümel, 1971)



Pour son premier plan, Delphine Seyrig apparaît dans l’entrebâillement d'une porte, dans une pénombre qui fait surgir ses lèvres rouge vif derrière une voilette, les cheveux ondulés comme Miriam Hopkins. Elle est là comme extirpée des années folles. Une discussion avec le maître d'hôtel où elle se rend lui dit qu'elle n'a pas bougé d'un trait depuis 40 ans. Elle n'est pas seule, elle vient avec Ilona (Andrea Rau) une jeune femme à la coiffure Louise Brooks.

Toutes les entrées de Delphine Seyrig se font avec lenteur, chaque fois dans une robe de soirée éclatante, colorée, blanche, brillante, avec des plumes au col. Le décor est celui d'un hôtel gigantesque d'Ostende en plein hiver, quand les nuits sont plus longues que les jours. Personne n'est là, seul ce maître d'hôtel, Pierre (Joris Collet) tient la boutique. Un immense escalier sert de passage entre la réalité et l'horreur vécue comme une longue série de rêves.

Elle vit la nuit et s'intéresse à un jeune couple, Valérie (Danielle Ouimet) elle est suisse, Stefan (John Karlen) il est anglais, ils viennent de se marier. Ils passent là leur lune de miel. Il fuit sa « mère » (on verra avec étonnement qui est cette « mère », dommage que le cinéaste ne creuse pas plus cette étrange relation, elle reste mystérieuse). La mariée pousse son époux à appeler cette mère anglaise, il s'y refuse sans donner de raison.

La femme aux lèvres rouges brusque la rencontre avec le couple, elle les vampirise de sa présence lors d'un apéritif où elle boit un cocktail vert. Elle est la comtesse Elizabeth Bathory, une aristocrate hongroise et traîne avec elle toute la légende des « ghoul ou vampire » comme elle le confesse plus tard. Des crimes atroces sont commis à Bruges, les victimes sont vidées de leur sang. Stefan et Valérie vont voir sur place, ils pétrifiés d'horreur.

Un peu maladroitement, le film cherche à repousser au plus tard possible ce que tout le monde avait compris, c'est bien entendu la comtesse et Ilona qui sont les buveuses de sang. Alors c'est vrai que ça traîne un peu, que les deux jeunes ne jouent pas très juste, qu'ils mettent du temps à se laisser prendre par la comtesse. Cela procure quelques scènes érotiques (il y en a une dès le prologue) qui ont passablement vieillies.

Ilona comme Valérie veulent fuit l'hôtel, la première parce qu'elle que l'emprise qu'exerce sur elle la comtesse n'a que trop durer, elle ne peut pas s'en aller en plein jour, le soleil la tuerait. La deuxième parce qu'elle ne saisit pas l'attraction de la comtesse, elle pense en premier lieu qu'elle veut Stefan. Lui sans doute a cerné la vampire qu'est Elizabeth, peut-être parce que sa « mère » lui fait subir la même chose (je le vois un peu ainsi).
Ça faisait un bon bout de temps que j'attendais de voir Les Lèvres rouges et l'attente a été à la hauteur de ma déception. Sauf dans le dernier quart d'heure où le destin s'accélère et le cauchemar détruit les personnages, à peu près rien ne me met en appétit sauf la fascinante beauté de Delphine Seyrig, mais ça n'est pas un scoop, avec la Fée de Peau d'âne, c'est un doublet de personnages tirés du Merveilleux, elle est merveilleuse.






























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