dimanche 1 mars 2020

Police story (Jackie Chan, 1985)

Un film de Jackie Chan en 1985 consiste à détruire le décor dans lequel se déroule l'action. Une idée absolue et radicale d’aller jusqu’au bout du cinéma : une fois le décor détruit, il est impossible de revenir en arrière. Au début de Police story, les fins stratèges de la police élabore un plan avec de nombreux flics. Ils donnent les instructions, les policiers doivent les lire puis les passer à la broyeuse. Ils ont, en quelque sorte le scénario de leur future scène, chacun ignore ce que l'autre doit vraiment faire, mais tous y vont. Le commissaire (Bill Tung) est certain de son coup mais tout dégénère, rien ne fonctionne comme prévu.

Le bidonville en flan de montagne qui sert de décor à la chasse aux gangsters est entièrement détruit par des voitures qui dévalent la pente. C'est très impressionnant de voir ça en plan d'ensemble. Jackie Chan place souvent sa caméra très loin pour que tout soit visible par le spectateur. Il vient aussi pour ce grand spectacle, pas question de miniatures et de carton-pâte. Avant que tout ne soit détruit, les coups de pistolet, les coups pendant la baston avaient déjà bien entamé les maisons faites de tôles et de planches. Les corps des acteurs, donc des personnages, sont également très abîmés (comme souvent la séquence de générique de fin montre les accidents).

Police story est un film sur la destruction des plans établis, des décors, de l'amitié et de l'amour. Tout est détruit dans le scénario et tout sera à reconstruire. Le sergent Kan-kui que joue Jackie Chan veut faire en sorte que Salina Fong (Brigitte Lin) la secrétaire du big boss de la mafia, M. Koo (Chor Yuen) témoigne contre son patron. Il faut la convaincre donc la manipuler avec quelques stratagèmes. Mais ce qu'ignore le gentil Kan-kui, c'est que la manipulation n'est pas le mensonge. Or Kan-kui s'essaye au mensonge et tout cela va lui retomber dessus, aidé par son meilleur ami à la police que joue avec son visage de beau couillon Mars.

Les entourloupes de Jackie Chan sont de l'ordre de la comédie burlesque pure. Il se place dans le théâtre de boulevard avec les portes qui claquent, les cachettes derrière les rideaux ou sous le lit, bref tout ce qu'avait Sammo Hung dans Le Gagnant. Acte un : Mars fait semblant de l'agresser, Jackie Chan vient la défendre. Elle accepte d'être protégée par lui. Acte 2 : la fiancée de Jackie, Mays (Maggie Cheung) croit que Jackie la trompe avec Salina et s'en va furieuse. Acte 3 : May revient et devient complice de Salina pour piéger Jackie Chan qui comprend, au bout d'un bon et long moment, qu'on lui a menti et qu'elles savent qu'il leur a menti.

La comédie ne cesse que quand l'action reprend car assez vite dans cette séquence de théâtre de boulevard à rebondissements, les méchants reviennent à la charge et ils se font un plaisir de détruire tout l'appartement de Kan-kui, appartement déjà bien amoché par les tonnes de gâteau que May a jeté sur son fiancé. Et tout ce processus ne cesse de recommencer. Mensonges, manipulations, baston puis destruction du décor. La baston la plus élaborée se trouvant bien entendu en fin de film avec toute une galerie marchande qui se voit détruite par les dizaines de malfrats qui s'en prennent à Kan-kui, Salina et May. Le nombre de vitres détruites et fracassées est immense, le tout filmé sous plusieurs angles (le truc de Jackie Chan).


Dans Police story, on ne badine pas avec la moralité. Jackie Chan est le petit flic face aux autres. Quels qu'ils soient, ils mettent des bâtons dans les roues. La justice fait à peine son travail (le big boss est libéré grâce à un avocat véreux). Le chef de la police préfère le strict respect de la loi et ne protège pas Kan-kui. Sa fiancée ne le comprend pas. Seul et isolé, il va prouver à tous qu'ils ont tort. On ne fera pas attention aux incohérences ni à la misogynie (Maggie Cheung pour son premier film est une godiche mais elle a une belle cascade sur son scooter). Jackie Chan se rêvait en super flic, il le sera parce qu'il est seul à sauver le monde en justicier sans peur (son visage nerveux en fin de film en témoigne) dans une franchise qui s'étale sur 20 ans.



























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