mercredi 6 juillet 2016

Tarzan l'homme singe (Woody S. Van Dyke, 1932)

Un siècle de Tarzan au cinéma. Depuis Tarzan of the apes en 1918 jusqu'à aujourd'hui où Alexander Skarskård, tout en abdos. En passant par Casper Van Dien (l'atroce Tarzan et la cité perdue en 1998), Christophe Lambert (Greystoke en 1984), l'animation par Disney en 1999 ou celle parodique de Picha, Tarzoon la honte de la jungle en 1975. Chaque époque a son Tarzan. Le plus célèbre et celui qui m'intéresse aujourd'hui est Johnny Weissmuller qui enfila le pagne 12 fois entre 1932 et 1948, dans des films de plus en plus Série Z.

Le choix du champion de natation né en Autriche vaut moins pour ses talents de comédien que pour sa puissance de nageur. J'avais un jour montré Tarzan de Woody S. Van Dyke à un ami prof de natation. La première chose qui l'ait frappé était la taille de ses mains, d'énormes paluches qui lui permettaient de nager très vite. Quant à son don dramatique, l'astuce est vite contournée puisque son personnage de n'exprime qu'avec des phrases très courtes, dans un anglais charabia, dont le célèbre « Tarzan, Jane, Tarzan, Jane » quand il s'adresse, à grands coups de main, à Maureen O'Sullivan.

Le contexte de Tarzan, tout comme celui de King Kong d'Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper sorti un an plus tard, c'est celle de la colonisation de l'Afrique, tenue par les Occidentaux, Anglais comme Américains, tout à la fois comme une propriété des Blancs et comme une terra incognita pleine d'exotisme, de mystères et d’aventures, propres à faire fantasmer l'Américain moyen englué dans la prohibition et la crise économique (rien n'a changé en 85 ans). C'est aussi la quête de la pureté sauvage que Joseph Conrad et Rudyard Kipling avait magnifiée.

Avant que Tarzan n'arrive à l'image au bout de 30 minutes, le film explique comment Jane a débarqué au beau milieu de l'Afrique. Elle a quitté Londres pour rejoindre son père, James Paker (C. Aubrey Smith), commerçant en ivoire. Jane va découvrir les coutumes locales. Evidemment, rien n'a été filmé en Afrique, les faux raccords entre les plans de Jane et son père puis de la savane en contrechamp détonnent. Jane apparaît en transparence pour observer les danses, les bijoux et parures des femmes. Elle est émerveillée et se sent comme chez elle.

Avec son associé Holt (Neil Hamilton), Parker veut trouver le cimetière secret des éléphants. Aucun Africain ne veut révéler son emplacement et ceux qui auraient l'affront de s'y rendre sont tués par les chefs tribaux. Ils montent une expédition. Dans un ravin très abrupt, un porteur noir tombe. Holt demande « que portait-il ? ». Bien plus important que de se soucier de ce pauvre homme. Les autres porteurs sont motivés au fouet pour avancer plus vite. Et les animaux que Holt abat pour se protéger, comme ces pauvres hippopotames qui sont chez eux, tranquilles à paître dans leur rivière.

C'est d'abord le fameux cri de Tarzan qui signale sa présence et fait se retourner les membres de l'expédition. Un cri chanté et puissant, mode de communication avec les animaux de la savane. Il y a les animaux amis de Tarzan, son singe Cheeta bien entendu, les autres singes, gorilles, orangs-outans, les éléphants, les zèbres, les hippopotames et les animaux ennemis, lion, panthères, crocodiles. La plupart des animaux viennent de stock-shots, les crocodiles qui attaquent Tarzan sont mécaniques et la plupart des gros singes sont des figurants portant des déguisements.

Tarzan kidnappe Jane, de branches en branches, de lianes en lianes (où des trapèzes sont installés), il se déplace dans la nature. Il installe la jeune femme dans son antre. Elle est terrifiée et crie, avec sa voix aiguë, pour qu'il le libère. Elle hurle. Puis, ils tentent de communiquer. Il la regarde comme un objet étrange. Il répète les derniers mots de chacune des phrases de Jane. Tout cet apprentissage de la civilisation, du langage sont filmés sur le mode de la comédie. La nuit arrive, Tarzan en gentleman laisse sa case à Jane et le lendemain, il la rend à son père.

Holt et Parker tirent au fusil sur le pacifique Tarzan (les salauds). Jane le soignera après être retournée dans l'arbre de l'homme singe. Elle déchire des sa chemise et de sa robe pour en faire des pansements. Pendant quelques minutes, Jane et Tarzan sont érotisés. Lui porte un pagne minuscule, elle aura de moins en moins de vêtements. Quand ils plongeront dans l'eau, l'érotisme est à son comble avec leurs tuniques mouillées qui collent à la peau. Le code Hays n'était pas encore en vigueur, pour les films suivants, le pagne de Tarzan et la robe de Jane seront plus amples. Cependant, ils n'échangeront aucun baiser.

Libérée une deuxième fois, Jane comprend mieux le rapport à la nature. Ce qui n'empêche pas Holt, sans doute jaloux de Tarzan, de tuer une femelle singe. La vengeance de Tarzan ne tarde pas. Il tue plusieurs porteur Africains. Puis, le film se poursuit dans une scène où les Parker sont capturés par des nains et livrés à un singe monstrueux. C'est la part sauvage et sombre du film. Tarzan viendra sauver tout le monde (enfin, les Anglais car les Africains sont dévorés). Jane décide de vivre avec lui et laisse son père dans le cimetière secret des éléphants, qu'il a fini par découvrir.






















mardi 5 juillet 2016

Abbas Kiarostami (1940 - 2016)

« Ecrit et réalisé par Abbas Kiarostami », générique en farsi de Close up (1990)

Au travers des oliviers est le premier film d'Abbas Kiarostami que j'ai vu au cinéma. J'avais 23 ans, je trouvais le titre très beau, et je suivais rigoureusement les conseils proférés par les Cahiers du cinéma. La revue s'en était donné à cœur joie, pas moins de six pages, presque sans illustration. Je me rappelle encore mon impression hébétée à la sortie du film, pas certain d'avoir aimé ça, pas certain d'avoir tout compris. C'était mon tout premier film iranien, mon premier Kiarostami qui vient de mourir à 76 ans. Comme Jean-Pierre Melville, Jean-Luc Godard et Wong Kar-wai, le cinéaste iranien arborait une paire de lunettes noires, moins sombres que ses illustres pairs, ce qui ajoutait au mystère du bonhomme. Il avançait toujours avec un petit sourire énigmatique.

De ce film, Au travers des oliviers, que je n'ai pas revu depuis 21 ans, je me souviens de plans épars, cette maison garnie de pots de géranium et de ce long plan final, filmé de très loin, où l'homme suit la femme, elle en voile blanc blouse noire et lui en chemise blanche pantalon noir. Ils traversent tout le cadre, descendent une colline. Le genre de séquence qui imprime durablement. L'arrivée d'Abbas Kiarostami dans le paysage français s'est fait tardivement, au début des années 1990, Où est la maison de mon ami (1987, sorti début 1990), Close up (1990, sorti fin 1991), Et la vie continue (1991, sorti fin 1992) ont été diffusé dans les cinémas Art et essai. Et puis, en 1997, Isabelle Adjani décide d'offrir, ex-aequo avec L'Anguille de Shohei Imamura, la Palme d'or du Festival de Cannes 1997.

Cette reconnaissance tardive mais certaine, au moins auprès de la critique (l'un des cinéaste adulé à la fois par les Cahiers du cinéma et Positif), et pour un public restreint mais fidèle masque qu'Abbas Kiarostami avait alors plus de 25 ans de cinéma dans le viseur. Il avait commencé à la fin des années 1960, alors que l'Iran était encore une monarchie, à la KANUN (l’Institut pour le Développement Intellectuel des Enfants et des Jeunes Adultes) avec toute une série de courts-métrages ayant pour cadre l'école, la famille et pour sujets des enfants. Certains de ces films sont disponibles en DVD. Ni tout à fait des documentaires, pas vraiment des fictions, ces courts-métrages permettent au cinéaste d'expérimenter la narration à double sens et la direction d'acteurs non professionnels. L'art du simulacre porté au paroxysme.

L'œuvre kiarostamienne couvre de nombreux sujets. L'enfance tout d'abord (sommets Le Passager sur un enfant qui veut assister à un match de foot, Où est la maison de mon ami ? sur un gamin qui traverse la campagne semée d'obstacles). La femme également que le cinéaste filme à la recherche de son identité (sommet Ten, entièrement filmé dans une voiture, en 10 plans séquence). La voiture, présente dans beaucoup de ses films symbolisent le travelling (le voyage) qui, comme on le sait tous, est une affaire de morale. Abbas Kiarostami a aussi été le scénariste de certains films de Jafar Panahi. En 2009, il quitte l'Iran pour tourner en occident, Copie conforme sorte d'hommage à Voyage en Italie de Rossellini, Like someone in love tourné au Japon, films moins passionnants.

Le cinéma est le sujet majeur de son œuvre. Et la vie continue met en scène un cinéaste qui visite les ruines du nord de l'Iran suite à un tremblement de terre, Au travers des oliviers se concentrera sur Hossein rencontré dans le film précédent. Dans Le Vent nous emportera, le cinéaste voyageur ressemble comme deux gouttes d'eau à Kiarostami. Le sommet du genre est Close up, incroyable et fascinante mise en abyme sur un homme se fait passer pour Mohsen Makhmalbaf où tout est reconstitué avec les vrais protagonistes. Et Abbas Kiarostami a photographié de nombreux paysages, aussi beaux que ceux de ses films. Et la vie continue...
 Le Pain et la rue (1970)
 Le Pain et la rue (1970)
 Le Pain et la rue (1970)
 Le Passager (1974)
 Le Passager (1974)
 Le Passager (1974)
 Le Passager (1974)
 Où est la maison de mon ami (1987)
 Où est la maison de mon ami (1987)
 Où est la maison de mon ami (1987)
 Devoirs du soir (1990)
 Devoirs du soir (1990)
 Close up (1990)
 Close up (1990)
 Close up (1990)
 Close up (1990)
 Close up (1990)
 Et la vie continue (1991)
 Au travers des oliviers (1994)
  Au travers des oliviers (1994)
  Au travers des oliviers (1994)
  Au travers des oliviers (1994)
 Le Goût de la cerise (1997)
 Le Goût de la cerise (1997)
 Le Goût de la cerise (1997)
 Le Goût de la cerise (1997)
 Le Vent nous emportera (1999)
  Le Vent nous emportera (1999)
  Le Vent nous emportera (1999)
  Le Vent nous emportera (1999)
  Le Vent nous emportera (1999)
  Le Vent nous emportera (1999)
 ABC Africa (2001)
 Ten (2002)
 Ten (2002)
 Ten (2002)
Five (2004)