samedi 28 septembre 2019

Charlot dentiste (Charles Chaplin, 1914)

Le dentiste s'appelle Dr. Pain, c'est une indication sur le thème du film, la douleur. Cette fois, pour la première fois dans la Keystone, Charlie Chaplin a une indépendance totale et il va se lâcher complètement dans les coups qu'il balance à tous ceux qui sont devant lui. Charles Chaplin est l'un des assistants du dentiste, un type qui arrive dans le cabinet avec une certaine nonchalance. Dans la salle d'attente, trois patients sont déjà là à attendre des soins, une femme et deux hommes qui souffrent atrocement si on en croit les visages contractés. La femme a un mouchoir attaché à sa mâchoire, un homme a un gros abcès.

Le film comprend trois pièces, la salle d'attente où les patients ne font pas qu'attendre, ils trépignent et Charlot ne s'y prend pas par quatre chemins pour les calmer. Il fiche un baffe sur l'abcès de l'un et renverse la dame. Mais quand le troisième homme se lève, Charlot se rend compte qu'il est bien plus grand que lui et quitte vite les lieux. La deuxième pièce est le laboratoire, là un autre assistant travaille depuis un moment. Or cet homme est tout petit et Charlot ne va pas se gêner pour lui fiche des coups de pied au cul. On joue ici sur la taille des personnages pendant tout le film et sur la lâcheté de notre héros qui s'en prend aux petits et s'enfuit devant les grands.

La troisième pièce est le cabinet même du Dr. Pain où le dentiste va enfin arriver mais rien ne va se passer comme prévu. On se trompe d'anesthésiant (du gaz hilarant à la place du gaz pour endormir). On se balance pas mal d'objets dans la figure. Comme dans Le Maillet de Charlot, notre assistant commence à utiliser un maillet pour rendormir son premier patient, c'est d'autant plus cocasse que celui-ci ne cesse de rire. Puis il lance dans la rue des briques, là aussi comme dans Le Maillet de Charlot quand il croise Mack Swain devant la pharmacie, enfin c'est la mallette du dentiste qui est envoyé à la figure d'à peu près tout le monde.


Restent les femmes, celle du dentiste entre en scène dans la rue où elle croise Charlot parti acheter un médicament. Elle perd sa robe arrachée par Charlot. Soudain, l'épouse se sent impudique et a honte. C'était un gag récurrent chez Keystone (Mabel Normand l'utilisait dans presque chacun de ses films) et Chaplin se moque de cette pudeur hypocrite dans ce film. Chaplin se prend alors pour le dentiste et en profite pour draguer une patiente, se frotter à elle, lui grimper dessus et finir par lui donner quelques baisers avec l'aide d'une pince dentaire. Tout se finit en baffes et culs en l'air dans la grande tradition du burlesque.















vendredi 27 septembre 2019

L'Incorrigible (Philippe de Broca, 1975)

Charles-Henri de Perussac, Jaubert, Valentin, Monsieur Henri, Ralph Bennett. Victor Vauthier (Jean-Paul Belmondo) porte tout un tas de noms, il a de nombreuses personnalités dans le cerveau et il porte de nombreuses tenues qui s'attachent à ses personnages créés. Il est millionnaire, conseiller de Giscard, marin, avocat au barreau, travesti, Mandrake mais il est surtout un escroc qui sort de prison. Oh, il n'a pas pris que trois mois, apprend-on, on est dans une comédie frivole, le héros ne peut pas être un affreux jojo.

Celui qui vient le chercher à sa sortie de La Santé est son vieux pote Raoul (Charles Gérard, j'ai regardé L'Incorrigible en hommage à l'acteur disparu la semaine dernière), cet antiquaire vient dans sa vieille Citroën. Mais avant de grimper dedans pour rejoindre Camille (Julien Guiomar), Victor ne peut pas s'empêcher de revenir à ses vieilles combines comme vendre le luxueux appartement de l'avenue Foch de sa compagne Hélène Dupont-Moreau (Capucine). Ce sera la quinzième fois que Victor vend ce bien avant de s'enfuir.

Insatiable et incorrigible, il se déguise en marin au nom incertain pour vendre un rafiot à un bourgeois et à sa femme (Elisabeth Tessier, oui l'astrologue qui n'était alors qu'actrice) avant de coucher avec elle (« ciel son mari »). C'est que Victor a plusieurs vies et aussi une fille (Catherine Alric) née d'une liaison avec sa mère Adrienne (Pascale Roberts), fille qui appelle Victor « parrain », encore de l'illusion et de la comédie. Escroc certes mais homme d'honneur prêt à tout pour ses proches.

Son plus proche, après Raoul qui vit en face, est ce Camille exilé dans une roulotte dans un champ de banlieue parisienne. « Antinéa, Antinéa, Antinéa ». Camille avec son visage sinistre dont il dit lui-même qu'il inspire l'ennui (les dialogues de Michel Audiard sont bien mieux que d'habitude, moins vulgaires que chez Georges Lautner), ne rêve que de cette Antinéa et de Saint-Michel. Sa roulotte est couvertes d'images du mont, il espère mettre une digue pour empêcher l'arrivée fatale du sable sur ce lieu qu'il vénère mais dont il est si loin.

Le quotidien de nos trois hommes et des quatre enfants de Raoul (il s'est fait abandonné par toutes les mères des mioches) va être bouleversé par l'arrivée de Marie-Charlotte Pontalec (Geneviève Bujold), petit bout de femme qui travaille au Quai des Orfèvres. Elle vient contrôler si Victor ne récidive pas, elle arrive par un petit bus dans la roulotte et là c'est le grand show que nous livre Jean-Paul Belmondo passant du crétin absolu habillé en petit jardinier au grand mondain fonçant à toute allure dans les rues de Paris, un parapluie à la main.

La première heure de L'Incorrigible est virevoltante, Victor est un personnage en mouvement perpétuel, il ne cesse de marcher dans tous les sens d'inventer des vies tout comme le gribouille du Magnifique s'inventait une vie d'espion. Les films ne sont pas si différents dans leur inventivité et leur rythme effréné jusqu'à être épuisant. Le rythme est une chose mais le tout est que c'est d'une drôlerie intense précisément parce qu'il n'a pas conscience d'en faire trop, Jean-Paul Belmondo n'est pas encore dans la caricature de son image.


La dernière demi-heure est moins enthousiasmante, elle consiste à aller faire un cambriolage au musée de Senlis où vit Marie-Charlotte. Elle est encore chez ses parents, son père en est le conservateur. Camille décide d'aller voler un retable du Gréco. Le vaudeville se réduit à peau de chagrin, à des claquements de porte de Belmondo en maillot de corps avant de bifurquer vers la course poursuite molle mais Daniel Ceccaldi en préfet de police est cependant délicieux d'incompétence ridicule, il vaut bien le détour de quelques scènes.