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mercredi 3 janvier 2018

Les Aventures de Pinocchio (Luigi Comencini, 1972)

Dans le conte de Collodi, la fée, lors de sa visite au pantin de bois à peine façonné par Geppetto, annonce que Pinocchio deviendra un enfant de chair et d'os s'il est gentil et obéissant. Dans Les Aventures de Pinocchio, Luigi Comencini choisit une autre manière, la fée aux cheveux bleus (Gina Lollobrigida) transforme immédiatement la marionnette en enfant (Andrea Balestri) et celui-ci redeviendra inanimé s'il n'est pas sage. A cela, le cinéaste évoquait une raison simple, en 1971 quand il tournait son film, il était trop difficile et coûteux de faire bouger ce pantin de bois.

C'est une bûche qui parle, et insolente avec ça, dont Maître Cerise veut se débarrasser. Geppetto (Nino Manfredi), menuisier pauvre comme Pinocchio ne cessera de la répéter à chacun sans qu'on ne sache si le métier de son père est d'être pauvre ou menuisier, acquière cette bûche. Misérable Gepetto dont la chaumière de pierre est bien froide, il est si pauvre que le feu de la cheminée est dessiné. Le lendemain matin, un garçonnet blond et vif comme l'éclair à remplacé le pantin de bois, et tout ce que ce gamin souhaite c'est manger et découvrir la vie.

Le film est tiraillé par deux directions radicalement opposées. Luigi Comencini a choisi des anciennes écuries du Latium pour incarner le village de Geppetto, des murs de pierre, des chemins boueux où Pinocchio marche pieds nus, un froid glacial, un ciel gris et pisse dans la rue. Le pauvre Gepetto n'a que des guenilles sur le dos et l'enfant est vêtu d'un simple sac de patates. Il s'agissait de s'éloigner le plus possible de la version animée produite par Walt Disney en 1940. Face à ce réalisme que je qualifierait de cruel, le Merveilleux se glisse avec les autres personnages.

Toute une ménagerie rencontre Pinocchio. Le criquet est le premier animal à lui parler, uniquement son ombre est visible, lui prodiguant quelques conseils que le gamin s'empresse de ne pas suivre, lançant une pierre sur l'ombre du criquet, brisant la photographie de la fée. Puis le chat et le renard (interprétés respectivement par les comiques Franco Franchi et Ciccio Ingrassia vus dans la version italienne de L'Espion venait du surgelé de Mario Bava), rencontrés dans le spectacle de marionnettes du Mangefeu (Lionel Stander), barbu sans pitié qui éternue quand il est ému.

Lorsque Pinocchio, alors redevenu pantin, ment au sujet de sa gentillesse et de son obéissance devant la fée, son nez se met à s'allonger, des passereaux viennent alors picorer le nez pour le raccourcir. Plus tard dans ses pérégrinations, Pinocchio est fait prisonnier par un paysan qui l'attache comme un chien dans la niche pour avertir quand les voleurs de poules viennent commettre leurs méfaits. En fin de film, Pinocchio retrouve enfin Geppetto dans le ventre d'une baleine et s'enfuit sur le dos d'un thon qui parle.

L'un des ajouts majeurs de Luigi Comencini est l'amitié entre l'enfant et Lucignolo (Domenico Santoro), plus grand, brun et adolescent fugueur. Ensemble, ils vont fuir le monde des adultes, voler des beignets et décider (après avoir imiter le bêlement de moutons, encore des animaux) de s'enfuir dans le royaume des enfants où l'insouciance est règle, où les sucreries abondent et où le travail est interdit. C'est dans cet univers en contradiction avec les messages de soumission que leur prodigue l'instituteur que les deux gamins vont se transformer en ânes.


La fée aux cheveux bleus veille constamment sur Pinocchio. Elle vit sur une maison îlot accrochée à la rive par un ponton, la maison change de lac tout aussi souvent que la fée disparaît et apparaît, parfois jusqu'à mourir de chagrin, dans la vie du garçon. Chaque fois que je regarde Les Aventures de Pinocchio (la première fois c'était en 1997 au cinéma), je ne peux pas m'empêcher de penser à Peau d'âne et à l'autre fée merveilleuse qu'était Delphine Seyrig aussi frivole que Gina Lollobrigida était évanescente.





























dimanche 26 novembre 2017

Don Camillo en Russie (Luigi Comencini, 1965)

La voilà la dernière aventure de Don Camillo. Fernandel et Gino Cervi ont un peu vieilli depuis 13 ans qu'ils occupent les personnages du curé bagarreur et du maire colérique. Dans Don Camillo en Russie (« le camarade Don Camillo » pour le titre italien), il n'est jamais fait mention de la position de Monseigneur ni de Sénateur du film précédent tourné quatre ans plus tôt. Peu importe, ce qui arrive est en revanche une nouvelle fois un appel au vote, la démocratie dans le village de Brescello, sur les rives du Pô, ne cesse jamais.

Peppone veut jumeler sa commune avec un village rural soviétique, situé sur les rives du Don, fleuve aussi majestueux que le Pô. Tout ça pour remercier les Soviétiques d'avoir envoyer un tracteur russe, ah la belle mécanique communiste. Patatras, le tracteur ne veut plus démarrer une fois sur la place du village. Peppone, qui est mécanicien de métier, tente de le réparer dans son garage, mais rien n'y fait. Le tracteur reste sans vrombissement. Jusqu'à ce que Don Camillo accepte de venir le bénir.

Il faudra attendre la deuxième moitié du film pour que le maire, ses hommes de main et Don Camillo ne s'envolent en Aéroflot en URSS. Peppone a accepté, de bien mauvaise volonté, d'organiser un référendum. La question est limpide : acceptez-vous, vous les habitants de Brescello, qu'une délégation se rende en Russie. Don Camillo demande à Jésus de faire capoter la bonne tenue du référendum, mais du haut de son crucifix, Jésus rétorque, comme il le fait depuis le premier film, qu'il ne fait pas de politique.

Don Camillo a plus d'un tour dans son sac. Avec ses partisans, il organise la campagne du Non. Le hasard faisant bien les choses, deux russes de la délégation qui avait offert le tracteur demandent l'asile politique. Don Camillo leur fait faire la tournée du village pour qu'ils racontent la vie dans l'enfer communiste. Tout le village se rallie au Non jusqu'à ce que l'on découvre que des deux réfugiés étaient des imposteurs, tout juste bons à se goinfrer à l’œil dans chaque maisonnée visitée. Le plan du curé échoue lamentablement.

Comme d'habitude, c'est par le chantage que Don Camillo s'embarque en Russie. Seul un jeune cadre du parti venu de la capitale pour photographier le voyage n'est pas au courant qu'il est un curé. Ce personnage est un bourreau des cœurs, un jeune homme volage. Il permet d'apporter un peu de fraîcheur au récit qui tourne en rond, fraîcheur vite rattrapée par les sermons de Don Camillo. Ce personnage offre surtout l'occasion de plusieurs quiproquos où le curé doit jouer le communiste convaincu, Peppone craint qu'il ne fasse un impair.


En Russie, les positions de Peppone sont fragiles. Ils sont persuadés que les Soviétiques ont posé des micros partout. Camillo leur répond, en les narguant, que ce genre de crainte n'est corroborée que par les journaux réactionnaires. Peu de gags drôles, seulement quelques situations, ma préférée, le remplacement des photos de Nikita Khrouchtchev (on les a enlevées pour les épousseter dit leur hôte), la plus pénible, le soutien de Don Camillo au pope craintif, d'une démonstration édifiante. En fin de film, Peppone rase sa moustache, se déguise en curé et s'envole avec Don Camillo aux USA.