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lundi 7 septembre 2020

La Jeune fille à l'écho (Arūnas Žebriūnas, 1964)


L'été touche à sa fin, Vika (Lina Braknyte) attend ce jour-là son père qui doit venir la chercher pour rentrer à la ville. Deux ans après La Belle (1969), voici le temps de découvrir un film antérieur de Arūnas Žebriūnas tourné en 1964. La Jeune fille à l'écho se déroule au bord de la mer baltique sous un soleil pénétrant au tout début du film avant que le vent n'amène quelques nuages, comme le dit le grand-père, ça va gronder en fin de journée. Ainsi, c'est une unité de temps (une après-midi), de lieu (la mer autour de la vieille cabane du pépé) et d'action (Kira va se baigner et rencontrer des habitants du coin).

Vika est toujours muni d'un petit cor dont elle joue. Elle est seule puisque son grand-père est parti pêcher sur une barque nommée Dauphin. Vika attend justement de voir des dauphins dans la mer. A la place, elle va croiser une bande de petits durs menée par le plus âgé d'entre eux. Les autres portent des shorts, lui un pantalon et il porte un transistor où il écoute de la musique occidentale (dont le Yakety Sax de Boots Rudolph, surtout connue pour avoir été la musique la plus connue du Benny Hill Show). Ils jouent à des jeux de grands (celui de devenir le chef en allant chercher un crabe marqué d'une croix jeté dans la mer).

Vika se baigne nue (elle explique la raison) et laisse ses vêtements sur les rochers. La plage est composée de galets, elle marche pieds nus. Le cinéaste filme les rochers abrupts et coupants avant d'aller plus haut, de s'élever vers le Doigt du diable, la colline encore plus déchiquetée. Elle s'y rend avec le petit Romas (Valeryi Zubarev), un peu grand qu'elle et elle va lui délivrer son secret : elle parle aux rochers et ils répondent avec l'écho. C'est ainsi tout un mélange entre la poésie charmante de la nature libre et le réalisme métaphorique de la vie dans une république de l'URSS où l'enfance doit quitter la nature. C'est beau, c'est court (1h06), c'est rare, c'est à aller voir.

vendredi 6 décembre 2019

Dans les bois (Mindaugas Survila, 2017)

Je ne suis jamais allé dans un bois la nuit, ou très peu, ou avec une bonne torche. Sauf au cinéma. La forêt et la nuit sont les éléments naturels du film d'angoisse, ça fait remonter les peurs enfantines, se perdre dans le noir, rencontrer des animaux ou des personnes dangereuses, les arbres verticaux qui strient l'écran horizontal en créant une fenêtre de barreaux. Le premier plan de Dans les bois joue sur cet écran noir et mystérieux dans un fondu qui part d' un ciel étoilé où volettent des lucioles à une étendue d'eau où nagent des têtards. Puis on entre dans ce bois de Lituanie.

Dans les bois est un film très court (1h04, générique compris) et se passe entièrement dans un bois et ce qui plaît en tout premier lieu est l'absence de commentaires. L'idée d'être plongé dans ce lieu tout à la fois inconnu et familier. Une maison se situe à l'orée du bois et un vieux monsieur habite là, il donne d'ailleurs à manger à des cerfs, biches et daim. Car l'hiver approche, le neige en est le témoin et il faut bien se nourrir. C'est l'un des motifs principaux de ce documentaire très écrit où se succèdent les animaux.

Un mulot s'approche en sautillant devant la caméra tandis qu'un serpent glisse jusqu'à lui. Le rongeur n'a pas peur, il semble même provoquer le reptile, il le renifle. Quand les crocs du serpent plongent sur le mulot, il esquive et file vite avant de revenir. On se croirait dans un film d'action, on est content pour le petit mulot trop mignon. Mais quelques scènes plus tard, on s'aperçoit que le serpent est sorti vainqueur de ce combat. Il est, lentement, très lentement, en train d'avaler le rongeur. Telle est la nature, d'abord carnivore.

Manger en hiver, ça veut dire ramasser des glands inlassablement comme le fait cette souris, une araignée au ventre proéminent su sommet d'une herbe haute tente d'engloutir un insecte qui butine, des corbeaux cherchent à piquer une carcasse que dévore un aigle, des fourmis attaquant la peau d'un serpent qui a mué et le plus étonnant, filmé au ralenti, des jeunes hérons au duvet blanc encore apparent se jettent sur des grenouilles apportées par leur mère. Le bois est tout sauf tranquille, en vérité c'est une jungle impitoyable où on mange et où on est mangé.

L'un des plus beaux moments de Dans les bois est la parade amoureuse des coqs de bruyère. La caméra se place là où on ne peut jamais accéder, par touches, en filmant l'oiseau géant en impressionniste, d'abord la queue mouillée par la pluie, les pattes (on dirait un t-rex), un bout de bec, enfin le coq est caché par un arbre et il apparaît dans toute sa splendeur, prétentieux comme c'est pas possible pour se lancer dans un combat ultra violent et parfaitement ridicule avec des cris impressionnants qui ne détonneraient pas dans un film d'horreur.


Ce qui rend exceptionnel le film est son amplitude sonore qui enveloppe avec un jeu sur les enceintes dans la salle de cinéma (on sursaute ça vient de derrière). Dans les bois n'a pas de commentaire mais n'est pas non plus phagocyté par la musique (on est à l'opposé du film calibré sur la nature). On passe du son très doux (le mulot sautille) au vacarme intense (les corbeaux croassent, les coqs de bruyère au caquètement bruyant) en passant par le vacarme des abeilles et les arbres qui grincent et tambourinent, et la pluie, le vent. Les bois de Lituanie sont un véritable studio de cinéma.






























samedi 25 août 2018

La Belle (Arūnas Žebriūnas, 1969)


Au milieu de toutes les reprises, rétrospectives et inédits sortis cet été, voici La Belle film lituanien de 1969, tourné en noir et blanc et en scope et qui dure 69 minutes. C'est le troisième film lituanien sorti cette année après Frost de Sharunas Bartas et Miracle  de Egle Vertelyte. La Belle tourne autour de la petite Inga, une enfant qui vit avec sa maman, probablement célibataire. Le cadre n'est pas très joyeux, elles vivent dans un immeuble typique du style soviétique, des murs en moellons dont la dureté est accentuée par le noir et blanc.

C'est l'été, les enfants jouent à un petit jeu, une ronde où Inga se voit recevoir de nombreux compliments par ses jeunes voisins. Et Inga danse au milieu d'eux. La vie quotidienne consiste à des moments d'attente, des petits services que la fillette rend à sa maman (aller chercher un pot de lait et mettre des plombes pour faire la course pour finalement briser le pot dans l'escalier jusque devant chez elle). La vie d'Inga est réglée comme du papier à musique, comme cette chanson qui ne cesse de revenir. Jusqu'à l'arrivée de nouveaux voisins et d'un nouvel enfant.

Mais le garçon refuse d'entrer dans la ronde d'Inga qui va finir par changer de trajectoire pour comprendre ce refus. Elle va rencontrer un vieux monsieur qui radote, elle croise un chien sur un berge qui attend son maître noyé depuis deux mois, elle se fait surprendre par la pluie torrentielle. Son petite sourire, ses gentilles grimaces, ses pas de danse, elle va les abandonner comme si ce jeune voisin la forçait à abandonner son insouciance de gamine. La Belle a des allures de film de la Nouvelle Vague, celle des pays de l'est, contestataire l'air de rien, critique de la vie sans liberté.

mardi 15 mai 2018

J'ai aussi regardé ces films en mai


Miracle (Egle Vertelyte, 2017)
Une éleveuse de porcs, son mari ivrogne et un Américain en Cadillac. Voilà les personnages principaux de ce premier film d'une réalisatrice lituanienne (une chose fort rare). Le format est carré, le cadre est très travaillé, le récit est une fable sur l'après URSS en Lituanie et l'arrivée sur les chapeaux de roue (en Cadillac donc) de l'ultra-libéralisme qui se nourrit sur les cendres du collectivisme. Pour quelques dollars de plus, les anciens employés achètent des biens de consommation. L'Américain, un exilé lituanien en vérité, cherche un trésor enterré sous la porcherie. Le film est souvent amusant (c'est de l'ordre du cocasse, de l'exotisme de voir ces personnages rustres) qui évoque plus les films d'Aki Kaurismaki que Le Trésor de Corneliu Porumboiu.

Death wish (Eli Roth, 2018)
La dernière fois que j'ai vu Bruce Willis au cinéma, c'était dans Sin City 2, autant dire pas grand chose (oui, il faisait un coucou dans Split). Mais depuis 4 ans, il n'a pas arrêté de faire des films, des choses tout juste dignes de sortir en VOD. Ceci dit, la carrière d'Eli Roth n'est guère plus flamboyante. Dans Death wish, il lui prend la drôle d'idée de faire jouer à Bruce Willis un chirurgien, bon père de famille et amoureux de son épouse. Non, on n'y croit pas. Le film met des plombes à démarrer et Eli Roth fait alors ce qu'il sait le mieux faire, un polar crade et violent avec quelques scènes sanguinolentes. Bruce Willis est déjà plus à son aise en vengeur à sweat à capuchePour que j'aime à nouveau mon cher Bruce Willis, il va falloir que Glass de M. Night Shyamalan soit réussi .

Action ou vérité (Jeff Wadlow, 2018)
Comme le dit bien l'affiche de ce minuscule film de série B « par les créateurs de Get out ». Le studio Blumhouse produit un film d'horreur à l'opposé de Get out, sur tous les points. Action ou vérité est un simple slasher sur quelques étudiants américains un peu crétins partis au Mexique picoler et baiser. Pris au piège par un maléfice, chacun doit choisir entre dire la vérité ou avoir un gage. Comme je l'écrivais sur un autre film couillon (Nerve), tous les gages se contentent de faire des bisous ou de se frapper le poignet au marteau quant à la vérité de dire qu'on s'est trompé. Eternelle pudibonderie de Hollywood. C'est ce film là qu'Eli Roth aurait du réaliser.

Everybody knows (Ashgar Farhadi, 2018)
Les paysages de la région de la Mancha ainsi que ce village typique ont beau ressembler souvent à ceux de l'Iran, rien n'y fait, Everybody knows est un film Canada Dry des œuvres précédentes d'Ashgar Farhadi. L'interminable mariage où tout la famille est heureux de se revoir pour faire la fête sonne faux : le cinéaste appuie à grands coups de stabilo sur la complicité des personnages. Et là, c'est le drame, la fille de Penelope Cruz est kidnappée. Penelope Cruz pleure, renifle, souffle, se met les mains sur le visage. Javier Bardem vend sa vigne pour l'aider. Il reste combien de temps au film ? Une heure et quart ? Allez, on fait se disputer tous les invités, on sort les vieilles rancœurs. Il reste combien de temps ? 45 minutes ? On peut demander à Penelope Cruz de pleurer, renifler et soupirer à nouveau ? Et à Javier Bardem de vendre sa vigne. Déjà fait, pas grave, personne s'en apercevra.