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mercredi 14 novembre 2018

Detective Dee (Tsui Hark, 2010)

Pour marquer d’un grand sceau son intronisation, la future impératrice Wu (Carina Lau) – la première et unique femme à avoir accédé au pouvoir au Chine – décide de faire construire un Bouddha géant. Les travaux avancent mais d’étranges morts vont menacer la poursuite de la construction. Le maître d’ouvrage se met à brûler de l’intérieur comme dans une combustion spontanée. Il ne reste de son corps que des cendres éparpillées au sol. Une enquête va être menée car le couronnement approche à grand pas.

Pei Donglai (Deng Chao), le ministre de la justice, dont les cheveux sont teints en blanc, est chargé de mener les investigations. Il va vite en besogne et accuse immédiatement Shatuo (Tony Leung Ka-fai) qui a confectionné les plans du Bouddha d’être l’auteur de ces meurtres. Shatuo a été un temps l’ennemi de la couronne et sa main gauche a été coupée. Depuis il porte un crochet. Il est le suspect idéal puisque l’ennemi de l’impératrice. L’oracle, sous forme de daim, clame à la souveraine qu’elle devrait faire appel au détective Dee (Andy Lau).

Il a été accusé de trahison et Dee purge sa peine dans un coin du palais. Sa condamnation est désormais de brûler les archives de l’empire. Il les lit avant de les détruire et n’ignore rien des affaires du palais comme de la Chine. Il travaille avec un vieil aveugle et comme lui porte une longue barbe et a l’air hirsute. Tandis que l’intendante de l’impératrice, la jeune et énigmatique Waner (Li Bing-bing) vient chercher Dee, des mercenaires les attaquent pour les assassiner. Dee va mener l’enquête malgré les réticences de Pei et celle de Waner.

Detective Dee le mystère de la flamme fantôme se transforme en film policier où l’enquête va avancer à coup de rebondissements. Il faut s’accrocher pour les suivre tous. Les informations n’arrêtent pas de tomber sur les tenants et aboutissants de ces crimes étranges. Tsui Hark place Dee dans la même situation que le spectateur qui découvre les indices en même que lui. Indices qui vont le mener dans les bas-fonds de l’empire, dans ses secrets de lutte de pouvoirs les plus sordides, puisque telle était l’époque. Il revisite cette période de complots où l’accession à la couronne d’une femme est vu par les notables comme la gangrène.

Il n’y aura guère que Dee et l’impératrice Wu à conserver leur noblesse d’esprit. Les autres personnages sont placés sous le signe de l’ubiquité. Pei avec sa chevelure blanche hésite entre servir loyalement Wu ou obéir aux ordres de Dee. Le personnage Waner est très ambigu. Elle n’hésitera pas à se donner à Dee dans une scène de prélude sexuelle peu torride, mais s’avèrera une manipulatrice dans les indices. Son existence même est sous le signe du masque et de la double personnalité. Dee lors de son enquête rencontre un mage exilé dans les bas-fonds. Donkey Wang, qui donnera une partie de l’explication des meurtres, est joué par deux acteurs Richard Ng puis Teddy Robin.

Après deux films contemporains, Tsui Hark retrouvait avec Detective Dee les costumes de cette Chine ancienne et mystérieuse qu’il a tant filmée. L’opposition très nette entre les deux mondes, celui du palais avec ses beaux drapés, son luxe et son apparat filmé de jour dans une lumière éclatante, contre celui des bas-fonds remplis de personnages sales, habillés de haillons et filmés dans une quasi obscurité, offre un panorama éclatant de son art de la mise en scène. Cette opposition permet également d’inverser les valeurs des personnages, de manière assez simple mais fonctionnelle.


Parfois de beaux souvenirs reviennent en mémoire, ceux de l'alliance avec Sammo Hung qui a créé les belles chorégraphies des combats. Comme dans cette scène où Dee et Waner, accompagnés de Donkey wang, doivent combattre un démon au visage caché. Des poutres sortent de l’eau pour les attaquer. Leurs lancées verticales viennent briser le cadre scope. Les personnages, en se battant, défient les lois de l’attraction. L’actrice Li Bing-bing du haut des statues des daims rappelle Brigitte Lin dans Zu les guerriers de la montagne magique.

























mercredi 9 septembre 2015

Firestorm (Alan Yuen, 2013)

Andy Lau est un inspecteur qui n'aime rien tant que les règles. En planque, il prend soin de sortir de la voiture pour jeter les emballages des sandwichs, au commissariat il interroge dans le respect du suspect, pas comme dans le temps dit un de ses collègues. On se rappelle tous que, dans les films policiers du Hong Kong des années 80 et 90, les flics filaient des torgnoles ou inventaient des preuves, pour aller plus vite. Ces méthodes ne plaisent plus à la censure de Pékin. Alan Yuen, le réalisateur de Firestorm cherche à s'inspirer de ce cinéma d'action policier auquel John Woo a donné ses lettres de noblesse tout en s'adaptant aux nouvelles normes, ce qui passe par de nombreux et bruyants effets spéciaux, du sang à gogo et des beaux costards pour les flics.

Qui dit John Woo, dit duo d'acteurs qui s'affrontent dans la bataille entre le bien et le mal. Andy Lau joue l'inspecteur Lui, qui malgré sa rigidité, est le bon flic. Il lutte contre un gang de braqueurs particulièrement violents. Dans le gang, il reconnaît Bong (Lam Ka-tung) qui défonce sa voiture lors d'un casse. Andy Lau et Lam Ka-tung ont tourné dans une bonne douzaine de films ensemble depuis 2001, d'abord dans les Infernal affairs, parfois chez Johnnie To. Le premier est depuis 25 ans une star du cinéma cantonais, le deuxième reste un acteur de série B. Dans Firestorm, ils disent se connaître depuis le lycée, chacun a un parcours opposé. Comme chez John Woo, les personnages sont amis et ennemis et c'était leur loyauté qui était au cœur de la tension. Ici, ce passé commun ne sert jamais à construire la fiction.

Le scénario suit un parcours prévisible et peu original. Les flics ne sont pas en mesure de contenir le flot de violence des braqueurs, tous sur-armés et ne faisant pas de prisonniers. Je n'avais pas autant de morts depuis un bon bout de temps. Bon point : les scènes d'action sont cependant rondement menées, et parfois grandioses, comme ce grand finale qui dure près de 25 minutes. Elles sont chorégraphiées par Chin Ka-lok. Mauvais point : le film use d'un artifice racoleur pour créer un peu d'émotion avec une petite fille autiste qui va être prise entre les balles à grands coups de ralentis et de musique sirupeuse. Les retournement de situations, trop nombreux et pas crédibles, finissent par rendre le récit ridicule. C'est ce genre de facilités qui me décourage de regarder des films d'actions de Hong Kong depuis quelques mois.






DVD édité par Metropolitan en 2015.