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vendredi 9 août 2019

Jean-Pierre Mocky 1933-2019



Certains ne verront que le personnage bougon et fantasque qu'il s'était créé, sans doute parce qu'il est plus facilement reconnaissable. C'est que depuis la diffusion de ce Striptease sur le tournage de Noir comme le souvenir, où il gueulait « moteur » tout en cherchant son chef opérateur Edmond Richard décédé lui en juin 2018, que cette image s'est forgée et c'est cette image qu'on garde de lui. En vérité Jean Pierre Mocky était bien plus grand que cette posture simpliste. Contemporain des Jeunes Turcs de la Nouvelle Vague, ses premiers films ressemblent à ceux de Truffaut ou de Chabrol et manquent franchement de vivacité. Il faudra encore quelques années avant que Mocky ne devienne Mocky.

Il n'aurait pu être qu'un acteur du cinéma français, aussi beau mec qu'Alain Delon, il a commencé ainsi il y a plus de 60 ans dans La Tête contre les murs de Georges Franju. Jean Pierre Mocky en avait écrit le scénario et revendiquait la paternité du film. Il est d'ailleurs inclus dans ce gros coffret édité en 2013. 56 films à l'époque et il en tourné encore une bonne douzaine depuis ce qui fait de lui le cinéaste français le plus prolifique depuis la seconde guerre mondiale. Claude Chabrol s'est arrêté à 57 films, petit joueur. Dans ce coffret, où ne manque que La Bourse et la vie avec Fernandel, on peut voir à quel point cette réputation du cinéaste de bâcler ses films est fausse et que ce reportage de Striptease est réducteur (et un peu minable). Au contraire, Jean-Pierre Mocky est un immense cinéaste, certains films touchent au sublime et beaucoup sont des chefs d'œuvre.

L'âge d'or du cinéma de Jean-Pierre Mocky couvre deux décennies. Ses meilleurs films, ceux qui sont autant des réussites formelles que des succès publics mais aussi des scénarios palpitants et étonnants et encore mieux, ils brillent par une direction d'acteur de haute volée. Prenons pour exemple les qautre films tournés avec Bourvil, Un drôle de paroissien, La Grande lessive, La Cité de l'indicible peur et enfin L'Etalon. Chacun prend un sujet à bras le corps (religion, télévision, rumeur et plaisir sexuel), chaque fois Bourvil sortait de son registre habituel disons de ce gentil crétin qu'il incarnait dans les films de Gérard Oury et déployait un jeu physique où son corps était mis à rude épreuve. Chaque fois, pour chaque actrice et chaque acteur, on sent le plaisir de jouer au garnement devant la caméra de Mocky.

Jean-Pierre Mocky comme Jean-Luc Godard (qui se connaissaient bien et ont travaillé ensemble, Grandeur et décadence d'un petit commerce de cinéma) sont à deux pôles d'un même sceptre, ils ont deux points communs, ils n'ont tourné que des films contemporains, jamais de films d'époque ou en costume. Mais surtout ils ont en commun leur sens du casting. Michel Serrault (9 films), Jean Poiret, Michael Lonsdale, Jacques Dufilho, Francis Blanche jamais aussi génial que face à Bourvil, Catherine Deneuve, Jeanne Moreau, Stéphane Audran, Jacqueline Maillan, Arielle Dombasle. La liste est immense et jouissive. Toujours cette idée de prendre une vedette de son temps et de la faire évoluer dans l'univers Mocky au côté de ses acteurs si différents dont le plus exemple est Jean-Claude Remoleux comédien à grosses lunettes et à l'élocution difficile et sourde.

L'univers de Jean-Pierre Mocky est double. D'un côté ce sont ces merveilleuses et hilarantes comédies à thèses, un film = un sujet de société. Les Compagnons de la marguerite, A mort l'arbitre, ceux de Bourvil. On reconnaît immédiatement la touche Mocky, des personnages qui sautillent, qui sifflotent, qui chantonnent, qui répéteur la même phrase comme s'ils étaient en boucle (épatant moyen de critiquer l'absence d'évolution de la société). Ces trucs de Jean Poiret ou Francis Blanche sont la marque de fabrique de Mocky, sa signature discrète mais reconnaissable comme un peintre qui ferait croire qu'il n'a pas de style mais qui n'a de cesse de créer une écriture. Ces films « à tics » sont les plus nombreux. Ils composent une France totalement inventée mais terriblement réaliste, un vrai monde en soi.

En face se trouve le côté sombre du cinéaste moins connu. C'est un grand amateur de polars et il a signé de superbes films noirs où il tient 'e premier rôle la plupart du temps. Il faut imaginer Alain Delon dans sa période samouraï le professeur pour Solo ou L'Albatros. Mocky joue le visage en colère, lui aussi fait des films physiques, des films d'action, il n'a jamais peur de montrer ce que personne ne mettait dans des films avec un belle prédilection pour les homos un peu dérangés souvent des victimes expiatoires, Darry cowl dans Les Saisons du plaisir, lui-même dans Le Mari de Léon, celui de L'Ombre d'un chance ou Jean-François Stévenin incroyable dans Y-a-t-il un français dans la salle sublime satire de la politique, son dernier chef d’œuvre. Il plonge avec délices dans le polar sordide Le Témoin avec Philippe Noiret et Alberto Sordi, le journalisme inféodé dans Un linceul n'a pas de poche, dans le fantastique le sous-estimé Litan, le thriller montagnard Agent trouble avec Catherine Deneuve toute bouclée et géniale.

Après 1993 et le film Bonsoir, Jean-Pierre Mocky perd une immense partie de son public. Ses films passent de moins en moins à la télévision mais il continue coûte que coûte à tourner. Ses derniers sont assez pénibles parce qu'il avait perdu ce regard bienveillant sur les maux de la société et qu'au lieu de simplement brocarder comme au bon vieux temps, il jugeait et condamnait. Mais sa troupe d'acteurs restaient fidèles (Bernard Menez, Richard Bohringer, Bruno Solo, Dominique Lavanant entre autres). Il faisaient, comme ça ne suffisait pas, de la télé pour la chaîne 13ème Rue. Ses mémoires sont à lire (La Longue marche, 2014, pas les autres livres, tous rances) où il semble inventer sa carrière au fil des pages. Seulement voilà, tout ce qu'il écrivait en 2015 était déjà écrit en 1982 dans la revue Cinéma 82 pour un entretien, c'était tout aussi fantasque comme dans un film de Jean-Pierre Mocky.













vendredi 30 mars 2018

Stephane Audran, 1932-2018

Stephane Audran s'est souvent appelée Hélène dans ses films, cinq fois pour Claude Chabrol avec lequel elle a tourné 22 longs-métrages entre Les Cousins (1958) et Betty (1992) et un sketch de Paris vu par (1965) où l'actrice et le cinéaste jouaient ensemble. C'est une longévité et une fidélité record dans le cinéma d'après-guerre qui fait que Stephane Audran est l'un des points cardinaux du cinéma français et de la Nouvelle Vague, les autres actrices comme autant d'éléments seraient Jeanne Moreau (le feu), Bernadette Lafont (la terre) et Anna Karina (le vent). Chacune a un tempérament différent, celui de Stephane Audran est l'eau, elle est l'image du calme, le visage impassible, le sourcil légèrement relevé, la bouche qui amorce une petite moue.

Avec Claude Chabrol, elle n'a pas tourné que des bons films, loin de là, plus que Le Boucher, c'est La Femme infidèle (diffusé mercredi soir sur Arte) qui est le chef d’œuvre de leur collaboration artistique. Un film glacial sur l'hypocrisie bourgeoise de la France de Pompidou. Claude Chabrol applique sur son actrice la méthode Koulechov. Les effets du montage et de la mise en scène affirment les émotions contradictoires que Hélène ressent. Inversement, dans La Muette, le court de Paris vu par, le couple s'amuse à déployer une cruelle vulgarité (le repas de spaghettis). D'ailleurs, il est difficile de voir les films de Claude Chabrol, très mal édité en vidéo (DVD et BluRay, films mal compressés), l'un des cinéastes français les moins visibles, au moins pour ses films des années 1960 et 1970.


En dehors de Claude Chabrol, Stephane Audran a joué dans quelques films de Samuel Fuller. Dans The Big Red One, elle aide Lee Marvin et Mark Hamill a tué des nazis dans un asile de fous en Belgique (elle a l'occasion de recevoir un langoureux baiser de Mark Hamill). En 1987, elle tourne dans deux films totalement opposés, Le Festin de Babette, film en costumes empesé qui vaut pour sa dernière séquence où elle prépare un copieux à des Danois rigoristes. Dans Les Saisons du plaisir, le dernier bon film de Jean-Pierre Mocky, elle est une nymphomane qui rivalise d'obscénités avec Sylvie Joly, elle excelle dans l'humour potache. C'est dans Le Charme discret de la bourgeoisie de Luis Buñuel qu'elle éblouit. Elle avait arrêté le cinéma il y a une dizaine d'années. Stephane Audran est décédée mardi 27 mars.
Les Bonnes femmes (Claude Chabrol, 1959)
Landru (Claude Chabrol, 1962)
La Muette - Paris vu par (Claude Chabrol, 1965)
Le Scandale (Claude Chabrol, 1966)
Les Biches (Claude Chabrol, 1968)
Le Boucher (Claude Chabrol, 1969)
La Rupture (Claude Chabrol, 1970)
Juste avant la nuit (Claude Chabrol, 1971)
Un pigeon mort sur Beethovenstrasse (Samuel Fuller, 1972)
Le Charme discret de la bourgeoisie (Luis Buñuel, 1972)
The Big Red One (Samuel Fuller, 1980)
Les Saisons du plaisir (Jean-Pierre Mocky, 1987)
Le Festin de Babette (Gabriel Axel, 1987)
Betty (Claude Chabrol, 1992)

samedi 27 mai 2017

Jean-Pierre Léaud, de 1959 à 1970

Demain, Jean-Pierre Léaud fêtera ses 73 ans. L'occasion de faire un panorama de ses rôles et personnages depuis 1959 et Les 400 coups, la création d'Antoine Doinel. Entre 1959 et 1970, il croise François Truffaut, Jean Cocteau, Jean-Luc Godard, Jerzy Skolimowski, Pier Paolo Pasolini, et aussi Jean Eustache mais je ne peux pas faire des captures d'écran du Père Noël a les yeux bleus car il n'existe pas encore en DVD.
 
 
Les 400 coups de François Truffaut, 1959
 
Le Testament d'Orphée de Jean Cocteau, 1960
 
 
 
 
Antoine et Colette de François Truffaut, 1962
 
 
Masculin féminin de Jean-Luc Godard, 1966
 
 
 
La Chinoise de Jean-Luc Godard, 1967
 
 
Le Départ de Jerzy Skolimowski, 1967
Week-end de Jean-Luc Godard, 1967
 
 
 
Baisers volés de François Truffaut, 1968
 
 
Le Gai savoir de Jean-Luc Godard, 1968
 
 
Porcherie de Pier Paolo Pasolini, 1969
 
 
 
Domicile conjugal de François Truffaut, 1970

La suite demain...