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vendredi 6 novembre 2020

Indonesia calling (Joris Ivens, 1946)

Après la seconde guerre mondiale Joris Ivens entame une inlassable tournée des peuples en lutte, comme on disait. Avant Cuba, les pays du bloc de l'est, le Vietnam, la Chine, le Laos, il pose ses caméras en Australie pour un court-métrage militant produit par un syndicat de dockers australiens. C'est dans les villes portuaires d'Australie que la résistance des Indonésiens commence. Peter Finch où il travaillait à l'époque avant de retourner en Grande-Bretagne puis à Hollywood, lit le commentaire.

L'Indonésie est une colonie, en 1946, des Pays-Bas. Cela dure depuis 350 ans. Le royaume exploite le pays, comme tous les pays européens coloniaux le faisaient (il n'y avait pas que le Grande-Bretagne, la France et la Belgique). Evidemment, les Pays-Bas refusent cette indépendance auto-proclamée. Les indépendantistes indonésiens ont une idée révolutionnaire : bloquer les navires commerciaux dans les ports australiens. Les bateaux ne peuvent pas embarquer. Le blocus crispe les marins hollandais.

Voilà le récit de ces quelques Indonésiens dont le commentaire explique qu'ils sont comme tout le monde. Preuves à l'appui, les femmes indonésiennes apprennent à acheter les légumes australiens et les Australiennes sourient aux fillettes indonésiennes. Derrière cette normalité appuyée par Joris Ivens, s'exprime que les Indonésiens ont eux aussi droit de choisir leur destin propre, comme n'importe quel peuple. Il faut en passer par cette démonstration poussive en début de film pour convaincre.

L'action arrive avec l'abordage d'un navire hollandais qui a réussi à partir malgré le blocage. Ce sont des marins indiens qui ont été trompés par le capitaine. Il aurait prétendu aller à Bornéo. Avec un zodiac, Indonésiens et Australiens poursuivent le navire pour convaincre les Indiens de revenir. Eux aussi sont colonisés. Entre frères d'infortune, il faut s'aider. Ça marche, les Indiens quittent le navire, tout est bien qui finit bien, comme le dit Peter Finch dans son commentaire. Comme le montre le dernier plan, le peuple est en marche.






















jeudi 5 novembre 2020

Symphonie industrielle, Philips Radio Film (Joris Ivens, 1931)

De dos, d'un pas décidé, un type traverse un hangar, s'assoit à une table et annonce « ceci est le film Philips ». La firme hollandaise ouvrait ses portes à Joris Ivens et il pénètre dans une ville à part, un monde très peuplé, un continent à explorer. Le film ne se départ jamais d'un aspect mystérieux, c'est tout bête mais les appareils que construisait Philips en 1931 n'existent plus aujourd'hui. Ces haut-parleurs, ces enceintes, ces TSF grand format apparaissent comme autant d'objets que j'ai peine à identifier. On les voit parfois dans des fictions de l'époque, tout comme les standards téléphoniques avec les opératrices qui branchent les fils pour donner la communication.

Plus mystérieux encore ce sont les fabrications des lampes qui occupent une large partie du film. Les souffleurs de verre (certains travaillent en cravate, étonnant) entament le récit, avec leur longue tige, le verre incandescent, la forme prend vie sous nos yeux. Toutes les tailles sont permises, l'artisanat est là. La lampe va aller dans un autre lieu. Chaque lampe créée et conçue est l'occasion d'une variation entre le très concert (la matière, le travail) et l'abstrait (les dessins, les formes). Le tout dans un simple montage organique qui passe du plus trivial à la poétique, de l'usine au musée. C'est cela qui donne son rythme au film.

Cet aspect poétique ne doit pas cacher les ouvriers et les ouvrières. Travailler debout, même en cravate, n'est pas simple, travailler assis est la marque d'un travail à la chaîne. L'ouvrier spécialisés, comme on dit poliment, fait sans cesse les mêmes gestes, Joris Ivens joue aussi sur la cadence et le rythme comme mouvement purement cinématographique, comme un ballet qui ne cesse jamais, cela montre le déshumanisation de cet univers Philips. Finis les radios et haut-parleurs sont emballés, prêts à être achetés. Il n'est pas certain que les ouvrières qui enfilent les lampes pour les TSF puissent se payer les objets qu'elles fabriquent minutieusement.