Affichage des articles dont le libellé est Tony Leung Ka-fai. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Tony Leung Ka-fai. Afficher tous les articles

lundi 27 avril 2020

Center stage (Stanley Kwan, 1991)

Center stage, certainement le film le plus connu de Stanley Kwan, suit la vie cinématographique et sentimentale de Ruan Ling-yu, éphémère star du cinéma, née en 1910 et qui se suicida en 1935. Maggie Cheung, bien qu’elle ne lui ressemble pas du tout, prête ses traits et son sourire à l’actrice dont il est dit qu’elle était à la fois l’incarnation de la tristesse et de la sensualité. Il n’existe que peu de films qui ont survécu aux ravages du temps. On voit quelques extraits de ceux qui subsistent, avec un simple carton sur l’écran qui indique la date, le titre du film et son existence. Ruan Ling-yu n’a joué que dans une dizaine de films, le plus connu étant La Divine réalisé en 1934 par Wu Yong-gang.

Elle commence à travailler à 18 ans dans la compagnie Lianhua située à Shanghai. Sa réputation fait qu’elle ne tourne que des personnages de femmes fatales. Elle porte de superbes robes à imprimés très colorées. Ses sourcils sont une de ses images de marque. Longs et dessinés, on dit qu’elle met deux heures à les préparer, voire plus selon ses propres dires, prompte à appuyer sa propre légende. Assez vite, elle désire des rôles dramatiques et sérieux. Elle doit d’abord apprendre le mandarin pour se faire comprendre des cinéastes venus du Nord. Ce sera le rôle de Li Lily (Carina Lau), d’un an sa cadette et actrice de la Lianhua. Ruan, comme toutes les autres actrices veulent de beaux rôles et être célèbres.

Le film commence sur un tournage d’un mélo (muet). Le visage des actrices est fardé d’une épaisse crème blanche pour mieux absorber la lumière. Ce sont ces rôles que Ruan veut abandonner et Stanley Kwan montre le côté comique, voire ridicule, de ce tournage. La Lianhua et Monsieur Li (Waise Lee), l’un de ses patrons, en tête ne croient pas au pouvoir tragique de Ruan, compte tenu de son image auprès du public. Qu’à cela ne tienne. Elle se charge de convaincre le réalisateur Sun qu’elle peut incarner cette mère de famille mandchoue si pauvre qu’elle nourrit son bébé avec son propre sang tandis qu’ils luttent dans la rue contre la neige. On voit Ruan répéter en secret dans la rue, sous la neige pour ce rôle dans Herbes folles et fleurs sauvages. Dès lors, Ruan incarnera des personnages tragiques dans lesquels elle s’immergera sans retenue.

Le studio Lianhua s’engage politiquement quand les Japonais envahissent la Chine. La compagnie tourne une vague de films anti-japonais jusqu’à ce que les autorités shanghaiennes interdisent d’utiliser le mot « japonais » dans les dialogues. Les acteurs utiliseront le mot « ennemis » ce qui annule le message patriotique. La compagnie est montrée comme un collectif progressiste, voire de gauche, dans lequel Ruan se fond et prend plaisir à travailler. Sa popularité profite à la Lianhua et vice-versa. Dès cette époque, le star system broie l’actrice à qui on ne pardonne rien. L’image de Ruan se détériore au fil de sa courte carrière. Elle sera traitée de tous les noms et pas des plus flatteurs. On disait d’elle que même avec un robe fermée jusqu’au cou, elle paraissait impudique. Petit à petit, la solitude de l’actrice prend le dessus sur l’idée collective, la mise en scène prend en compte cette idée, montrant en début de film Ruan au milieu de l’équipe puis en fin de film seule dans le plan.

Sa vie privée est mise sur la place publique. D’abord mariée à Chang Ta-min (Lawrence Ng), elle adoptera un enfant qu’elle élèvera avec sa mère. Puis, c’est un triangle amoureux qui se crée quand elle rencontre Tang Chi-shan (Han Chin), un négociant en thé. Les scènes qui traitent de la vie amoureuse mouvementée de Ruan sont sans doute les moins intéressantes de Center stage. Le film se traîne alors en longueur car il est à la fois trop explicite et trop pudique. L’arrivée d’un nouveau personnage, le réalisateur Tsai Chu-sheng (Tony Leung Ka-fai), cantonais comme Ruan, va changer le cours des choses. Le film ne dit pas s’ils ont eu une liaison, et c’est justement cela qui met du piquant au film, car les regards qu’ils se jettent en disent plus que d’éventuels étreintes amoureuses. Et surtout, il lui offre un film, Femmes nouvelles en 1934 qui stigmatise l’abus de pouvoir de la presse à scandales et qui met en scène son suicide.


Ruan s’est donné la mort. Tous ceux qu’elle a connus viennent lui rendre hommage dans son lit de mort. Cette scène mortuaire, on la retrouve en fin de film dans la partie documentaire avec une Maggie Cheung hilare qui ne parvient pas à garder son sérieux lors du tournage de la scène où elle doit jouer une morte. Régulièrement, la narration s’interrompt pour montrer des discussions (filmées en noir et blanc) entre Stanley Kwan et ses interprètes où ils discutent du film. On découvre aussi des entretiens avec des actrices ou cinéastes qui ont connu Ruan. L’idée est d’apprendre quelque chose de l’actrice et de montrer que le star system est similaire quelle que soit l’époque. Et puis, cette belle idée pour ne pas tomber dans le pathos et le mièvre de déréaliser la mort de Ruan, comme si la légende de la première star du cinéma chinois était plus forte que la vérité.






























dimanche 17 mars 2019

Prison on fire (Ringo Lam, 1987)

Jeune cadre dynamique, Lo Ka-yia (Tony Leung Ka-fai) se retrouve en prison pour purger une peine de trois ans pour homicide involontaire. Pour défendre son père agressé par des petits malfrats, il a poussé l’un d’eux qui s’est fait écrasé par un bus. Il arrive donc dans un univers qu’il ne connait pas au milieu de gens (gardiens et prisonniers) qui, au contraire, connaissent toutes les règles. Ainsi Lo Ka-yia découvre, dans Prison on fire, un monde inconnu avec des yeux candides. Ringo Lam prend soin de le décrire avec minutie notamment les premières fouilles humiliantes. Il prend surtout soin de pas exagérer le trait mais que le regard de Yia soit celui d’un homme qui soit au même niveau que le spectateur.

Affecté à l’infirmerie, Yia va rencontrer Ching (Chow Yun-fat), petite bandit qui a une jambe cassée. Ching teste Yia en échangeant leur morceau de viande qu’il juge plus épais ou en allant chier alors que Yia est justement en train de nettoyer les cuvettes. Il comprend vite que chaque fois Yia se laisse faire, qu’il ne réplique pas, au contraire qu’il serait prêt d’aller plaider sa cause auprès du directeur de la prison, chose considérée comme une lâcheté (au mieux) ou comme une trahison (au pire) par les autres prisonniers. Il va lui servir de guide dans cet univers inhospitalier. Il va lui apprendre les règles non seulement de vie mais également de survie.

Il faut apprendre à survivre aux affrontements des différents clans et quand Madly (Shing Fui-on) se met à devenir fou pendant la promenade, Yia s’affole, ne sait plus quoi faire et Ching le protège. Les deux principaux clans sont tenus par Micky (William Ko) et Bill (Tommy Wong) et, comme on le sait bien, il faut diviser pour mieux régner. C’est en tout cas le mode de direction du chef des gardiens Hung (Roy Cheung) qui décide de sacrifier Yia pour avoir la paix dans sa prison. Pour cela, rien de plus simple, il convoque Yia dans son bureau, les autres pensent qu’il a cafté et notamment les hommes de Bill qui ne savent pas que Micky s’est entendu avec Hung.

Ce dernier est surnommé le tueur et il faut bien reconnaître que Roy Cheung, pas encore arrivé dans l’univers de Johnnie To, a un regard qui glace d’effroi. C’est réellement lui le personnage le plus négatif du film avec cette volonté de Ringo Lam de n’accabler aucun personnage. Le film a une réputation de grande dureté. Elle est plus psychologique que physique. Yia subit des pressions venues de Micky qui le harcèle de plus en plus et qui le rend responsable d’à peu près tout, mais aussi de Hung contre lequel il est incapable de répondre.

Tony Leung Ka-fai avec son jeu tout en retrait, avec son regard caché derrière ses lunettes et dont on sent que son personnage est prêt à exploser, est idéal pour ce rôle d’homme intègre qui se trouve désintégré par la prison. Les rares visites de sa famille (son père agressé en début de film, sa sœur et sa fiancée) constituent son unique pilier avec la réalité et l’extérieur. On sent qu’il perd ses illusions, son visage se décompose, puis le coup de semonce arrive quand sa copine décide de partir étudier en Europe. Sentant sa vie partir en lambeaux, il n’hésite plus à se battre contre Micky et à tenter de se suicider.


Son duo avec Chow Yun-fat fonctionne à merveille. Les deux acteurs se complètent dans leur jeu. Le personnage de Ching apparait d’abord comme un égoïste, un petit comique. Le sourire de l’acteur, son entrain désamorcent cette violence psychologique, l’humour de son personnage (plus que son caractère comique) aide à faire passer la dureté de la prison. Dans une scène d’une rare douceur (la danse entre prisonniers le soir de Noël), Chow Yun-fat occupe tout l’espace laissant déborder son charisme. Prison on fire atteint son niveau de tension maximum quand les prisonniers décident de faire une grève de la faim (scène fameuse souvent parodiée) et que Chow Yun-fat change de ton, devenant une bête à tuer et que la violence physique emplit l’écran dans un finale lyrique.