vendredi 17 août 2018

The Blues Brothers (John Landis, 1980)

L'un des meilleurs moments des Blues Borthers est celui de la chanson d'Aretha Franklin. Le film de John Landis est ainsi découpé en tranches, une alternance de séquences où Elwood (Dan Aykroyd) et Jake (John Belushi) causent ensemble, les frangins Blues en costumes, chapeaux et lunettes noires, qui sortent de prison et entament un périple, parodie de road movie dans la banlieue et les rues de Chicago, capitale mondiale du blues. S'ensuivent des morceaux de musique avec les représentants de l'époque de la soul, funk et blues.

Avant qu'Aretha Franklin n'apparaisse, James Brown joue un prédicateur dans une église, John Lee Hooker joue de sa guitare dans la rue. Aretha Franklin apparaît enfin au bout de trois quarts d'heure de film. Les frères Blues viennent chercher leurs musiciens qui font, depuis qu'ils sont en prison, des boulots ordinaires. D'une certaines manière, Jake et Elwood viennent les remettre sur le droit chemin. Ils entrent dans le restaurant, Elwood commande du pain de mie et Jake quatre poulets entiers. C'est Aretha Franklin qui prend leur commande.

Vêtue d'une blouse couleur saumon, elle va en cuisine. Le cuistot qui n'est autre que le guitariste Matt Murphy a vite pigé que les Blues brothers sont là et il est heureux comme tout. Aretha n'est pas du tout d'accord que son homme s'en aille avec les frangins (et le serveur joué par le saxophoniste Lou Marini les suivra). « Think, think, think » commence-t-elle en entonner autour de Matt, lui demandant de penser à ce qui va arriver s'il la quitte. Lui voit ça comme une libération, elle lui conseille de ne jamais revenir.


La chorégraphie se déploie. Trois clientes se lèvent et viennent faire le chœur d'Aretha Franklin, dansant de concert avec elle entre les tables. Le frères Blues se lèvent et dansent également. Ce qui est beau dans cette version de Think est le crescendo final où les yeux pleins de désespoir de l'épouse flouée par son mari prennent le dessus. Aretha Franklin viendra interpréter Respect dans Blues Brothers 2000 avec les mêmes personnages, cette fois dans une concession de voitures, Matt Murphy encore une fois la quittera.

























mercredi 15 août 2018

Cette sacrée vérité (Leo McCarey, 1937)

Mr. Smith est un gentil toutou, qui sait faire des tours de baballe, un fox-terrier blanc au centre du divorce de Lucy et Jerry Warriner (Irene Dunne et Cary Grant). Car dans Cette sacrée vérité, on divorce pour un rien et comme le couple n'a pas d'enfant, ils se disputent la garde du chien. Au tribunal, c'est à celui qui saura l'attirer vers lui, ainsi en a décidé le juge. Lucy, plus maline que Jerry, montre à Mr. Smith son jouet favori et le voilà qui se dirige vers sa maîtresse.

Comment ce fringant couple de New York en est-il arrivé à divorcer ? Deux mensonges s'empilent dès l'ouverture du film. Jerry débarque dans un club athlétique pour se faire bronzer car il a fait croire à Lucy qu'il est parti en vacances en Floride. Or, il doit apparaître le teint halé de celui qui a passé du temps sous le soleil du sud. Pour prouver qu'il s'est bien rendu en Floride, il va lui offrir une corbeille de fruits, elle va vite découvrir que les fruits viennent d'ailleurs.

Il invite quelques amis du club à venir chez lui et là se rend compte que Lucy n'est pas là. Elle débarque dans un superbe manteau de fourrure blanc, tout sourire, mais pas seule. Avec elle, le très distingué Armand Duvalle (Alexander D'Arcy) son professeur de chant mais aussi sa tante Patsy (Cecil Cunningham), femme immense et sarcastique – l'un des personnages comiques les plus aboutis du film. Lucy a passé la nuit loin de chez elle.

Deux soupçons suffisent pour aller au tribunal et se séparer. Chacun chez soi mais près l'une de l'autre. Lucy a la bonne idée de s'installer chez sa tante Patsy qui va se faire un plaisir de dégotter à sa nièce le premier gars venu pour qu'elle ne reste pas seule. Et ce sera le gentil célibataire Dan Leenson (Ralph Bellamy) qui vit avec sa maman car comme il le dit benoîtement « le meilleur ami de l'homme est sa mère ».

Choisir ce gars de l'ouest américain (il vient de l'Oklahoma) est la garantie de ne jamais encourir de mensonges. Il est brut de décoffrage, Leo McCarey le montre dans l'une des scènes les plus drôles danser, avec son habit de cow-boy (grosses cravate nouée, chemise bouffante) comme un plouc, provoquant l'hilarité de Jerry témoin du spectacle. Chacun cherche à humilier l'autre, à le placer dans des situations embarrassantes devant le nouveau conjoint.

Ce sont les séquences « musicales » (sans être une comédie musicale, la musique a une importance majeure) qui déclenchent les plus grands quiproquos et gags. Ainsi, Jerry veut surprendre Lucy en pleine adultère (comprendre, elle tromperait déjà Dan avec son professeur) et il débarque dans son récital comme une furie. Le corps gigantesque de Cary Grant qui se prend les pieds dans les meubles, crée le chaos dans cette ambiance mondaine.

Ailleurs, la nouvelle amie de Jerry, la bien nommée Dixie Belle Lee (Joyce Compton) chante au cabaret et à chaque couplet sa robe se soulève dans un souffle d'air (comme Maryline Monroe dans Bus stop avec 15 ans d'avance) provoquant un effet des plus ridicules. Bref, les nouveaux conjoints que chacun se sont choisis – ou qu'on leur a choisi – sont à l'opposé du couple qu'il formait, évidente manière de démontrer qu'ils se trompent totalement en divorçant.


Dans cette ambiance de grand théâtre burlesque des sentiments, les personnages sexuellement ambivalents portent la vérité du couple à son paroxysme. La tante Patsy est très masculine, pour ne pas dire virile rembarrant chaque protagoniste (et en premier lieu Jerry) tandis qu'Armand décline une touche de féminité, servant à compliquer encore plus l'imbroglio amoureux dans lequel se délecte Jerry et Lucy.