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mardi 23 octobre 2018

Rio Grande (John Ford, 1950)

J'ai découvert le far West par la bande-dessinée quand j'étais enfant, avec Lucky Luke évidemment. Je n'ai vu les westerns de John Ford que ces dix dernières années et je me suis rendu compte des nombreux hommages de René Gosciny (qui écrivait les scénarios de Lucky Luke) avec les films de Ford. Canyon Apache a des éléments du Massacre de Fort Apache et Le 20ème de Cavalerie est inspiré de Rio Grande, un père chef de cavalerie qui traite son fils, engagé sous son commandement, non pas comme son rejeton mais comme une simple recrue.

Le père est le Lieutenant Colonel Kirby Yorke (John Wayne) en poste près de la frontière mexicaine. Il attendait 180 recrues, il lui en été envoyé 18. Alors qui consulte ses officiers, le Major Quincannon (Victor McLaglen, il reprend son personnage alcoolique de La Charge héroïque) faire l'appel des bleus-bites, il entend le nome de Yorke. Son fils Jeff (Claude Jarman Jr) fait partie des recrues. Le gamin s'est fait virer de West Point pour nullité en mathématiques (dit-on). Le père ne l'avait pas vu depuis 15 ans.

Jeff est un jeune adulte bien frêle. Il doit faire ses preuves. Quincannon défie les recrues de monter les chevaux à la romaine. Si Tyree (Ben Johnson) et Boone (Harry Carey Jr) y parviennent, Jeff se casse la gueule. Un des soldats estime que Jeff est un fils à papa. Ils vont se battre (loin des yeux du père). Finalement Jeff deviendra, grâce à son cran, à se faire accepter. Avec Boone et Tyree, ils chanteront ensemble. Rio Grande est aussi un film musical avec quatre chansons romantiques interprétées par le groupe Sons of the pionniers.

Les deux premières bobines de Rio Grande sont consacrées à la famille Yorke, une vraie réunion de famille. 20 minutes après le fils, c'est la mère Kathleen (Maureen O'Hara) qui arrive dans le fort. Elle se présente comme la mère du soldat Yorke, et sûrement pas comme l'épouse du Colonel. Elle est accueillie un peu froidement et Kirby lui laisse sa tente, il va dormir dans une roulotte. Kathleen. Ce n'est pas franchement la famille la plus harmonieuse de l'ouest américain, et tous ces troubles vont alimenter ce début de récit.

Rien n'est plus difficile que filmer un feu. John Ford ne filme pas le flash-back qui initie la colère de Kathleen contre Kirby, 15 ans plus tôt, pendant la Guerre de Sécession. Sur ordre d'un général, Kirby et Quincannon ont incendié la plantation et les récoltes de Kathleen. Elle ne lui a jamais pardonné. Elle ne lui a jamais reparlé depuis 15 ans. Elle ne l'a jamais vu depuis 15 ans. Dans le fort, chaque fois qu'elle croise Quincannon, elle le traite d'incendiaire, sans qu'il ne comprenne le sens du mot, il le demandera au docteur.

C'est par le feu qu'est détruit le stock de foin de chevaux, c'est par le feu que s'échappent les chevaux du fort. Ce sont les Indiens qui viennent mettre le feu pour délivrer leurs camarades prisonniers. Cette fois John Ford filme ce feu et ses conséquences. L'un des Navajos qui s'est engagé dans l'armée constate que plusieurs tribus se sont unies pour attaquer le fort. Chaque fois, ils s'enfuient de l'autre côté du Rio Grande, rivière qui fait la frontière avec le Mexique et Yorke et ses hommes ne peuvent pas traverser la frontière.

La deuxième moitié part sur deux pistes de récit. La première suit à la trace des Indiens qui ont enlevés tous les enfants du fort. Ils sont dans une église au Mexique. Yorke et ses hommes, alertés par Jeff qui se comporte désormais en parfait héros, décident malgré la frontière d'aller les délivrer. Les méchants Indiens sont battu et pour la plupart massacrés, ce qui a longtemps fait que Rio Grande, plus que Le Massacre de Fort Apache et La Charge héroïque a été considéré comme un film anti Indien.


La deuxième piste concerne Tyree. Ben Johnson incarnait un personnage portant le même nom dans Le Massacre de Fort Apache, il était le plus proche soldat de John Wayne. Ici, il est recherché par un shérif. Mais Kirby Yorke n'entend pas laisser son fidèle et courageux Tyree se laisser arrêter, d'autant qu'il sait choisir les meilleurs chevaux pour s'enfuir afin d'échapper à la justice. Et de sauver non seulement les enfants, mais aussi Jeff et son père. Dans une émouvante épanadiplose, Kathleen attend le retour de la cavalerie comme d'autres femmes le faisaient en début de film.


























dimanche 21 octobre 2018

Soupe au lait (Leo McCarey, 1936)

Ça m'a pris presque trois ans, j'ai fini ma longue rétrospective des films d'Harold Lloyd, je n'ai regardé que les longs-métrages comme l'indique Carlotta qui a édité ces 13 films (et autant de courts). Le dernier est ainsi Soupe au lait que Leo McCarey tourne entre les géniaux L'Extravagant Mr. Ruggles et Cette sacrée vérité. Soupe au lait n’atteint pas le niveau de ces deux comédies, comme si Harold Lloyd avait imposé son personnage naïf et maladroit au cinéaste.

Son personnage est Burleigh Sullivan, un livreur de lait, le moins compétent de son entreprise. Quand son patron félicite tous ses collègues, il se lamente de sa mollesse et de sa maladresse (il casse dès la première scène plusieurs bouteilles de lait, la règle du patron etc). Ses livraisons, il les fait avec une jument nommée Agnes. Evidemment avec un prénom pareil, quelques quiproquos vont s'activer puisque les gens pensent qu'Agnes est la femme de Burleigh.

Pour l'instant il est célibataire et il a une sœur, Mae (Helen Mack) également célibataire. Le vrai récit (puisqu'il soit livreur de lait n'a aucune importance) commence que Mae se fait draguer lourdement par deux gars qui lui piquent son chapeau. Le premier est Speed (William Gargan), champion de boxe et le second, Spider (Lionel Stander) est son garde du corps Ils sont complètement soûls. C'est sans doute pour cela que Burleigh parvient à mettre KO le boxeur.

En tout cas, c'est ce que la presse de New-York (où le récit se déroule, tout est filmé, hélas, en studio) révèle le lendemain. Burleigh voulait défendre sa sœur, mais en vérité, la légende a été imprimée sur le papier mais l'histoire que narre notre héros est toute autre. Speed (on admire les surnoms des deux brutes) s'est flanqué un coup de poing tout seul, ballot qu'il est. Peu importe, il faut exploiter ce que dit la presse. Voici un héros sorti de nulle part.

Le manager de Speed, Gabby Sloan (Adolphe Menjou) saute sur cette occasion pour se faire un peu de pognon. Etape 1, faire en sorte que Burleigh n'avoue pas ne pas avoir mis KO Speed (ça tombe bien, il recommence). Etape 2, truquer des combats pour le corniaud gagne (il va fanfaronner). Etape 3, organiser un dernier combat où Speed battra Burleigh, parier et empocher la mise (rira bien qui rira le dernier). Le plan est annoncé mais rien ne va se dérouler comme prévu.

Burleigh n'est pas au courant que les combats sont truqués, pas plus que sa sœur qui continue d'être draguée par Speed (elle finit pas tomber amoureuse), pas plus que Polly (Dorothy Wilson) une fille rencontrée par hasard qui devient l'amoureuse de Burleigh. La troisième femme du film est Ann (Verre Teasdale), la compagne glamour de Gabby. Ce sont eux qui fournissent l'essentiel du comique, un couple de filous hauts en couleur, c'est eux que Leo McCarey préfère.


Moins édifiant que Patte de chat où toute la police était corrompue, Soupe au lait reste très moralisateur. Certes Gabby et Ann sont des escrocs mais au grand cœur. Le combat final a une issue incertaine, Speed va-t-il écrabouiller Burleigh lui doit devenir son beau-frère. Le combat de boxe est filmé au plus près des acteurs, littéralement chorégraphié car Burleigh pense que pour échapper aux coups de son adversaire, il doit danser la valse comme le lui avait conseillé Polly, pleine de romantisme.




















jeudi 18 octobre 2018

First man (Damien Chazelle, 2018)


C'était déjà le cas de La La Land, l'ouverture de First man est très réussie. Caméra embarquée dans le cockpit d'une avion supersonique avec Neil Armstrong (Ryan Gosling) comme pilote. La vue est très limitée, la vitre qui permet de voir à l'extérieur est pas bien grande, et d'ailleurs on ne voit pas grand chose parce que ça tangue, ça remue, ça déstabilise la vision. Le cockpit n'est pas bien grand non plus, on est coincé là-dedans, impression de claustrophobie accentuée par le format scope, grand paradoxe. Et soudain, tout se calme, Armstrong a rebondi sur l'atmosphère, on distingue dans l'horizon le ciel et la terre.

C'est sur Terre que l'astronaute se sent claustrophobe, coincé dans sa petite famille. Il vit en Californie avec son épouse Janet (Claire Foy). La vie sur le plancher des vaches est d'une tristesse abyssale, leur fille a un cancer et plutôt que appesantir sur ce malheur, Damien Chazelle l'élude à grands coups d'ellipse. La fillette est à l'hôpital, le plan suivant, on l'enterre. Quelques minutes plus tard, les Armstrong sont en Floride près de Cap Kennedy et Janet est enceinte. Entre temps, Armstrong s'est fait saqué par ses supérieurs et il décide de s'engager dans la mission Gemeni. Nous sommes en 1961, il faudra 8 ans pour qu'il foule le sol lunaire.

Ryan Gosling incarne un homme taciturne, ce qui nuit un peu à l'ambiance familiale qui s'agrandit. Son jeu est toujours aussi intériorisé et ses deux courtes scènes de larmes, en début puis en fin de film, toujours à la pensée de la mort de sa petite filles, se font en secret sans les montrer à quiconque. Il a du mal à causer surtout à ses deux fils quand sa femme exige qu'il explique que peut-être il ne pourra pas revenir de sa mission. Car les morts s'accumulent parmi les astronautes, tous des voisins des Armstrong. L'opinion publique s'en mêle (des manifestations) comme les politiques (des discours à la Maison Blanche) et critiquent les dépenses gouvernementales.

Comme dans ses deux films précédents, Damien Chazelle n'est pas encore très doué pour le relationnel, pour l'intime (l'un des écueils dans Whiplash comme La La Land). Certes, la vie familiale est entièrement liée à ces 8 ans que dure le récit de First man, mais c'est le spectaculaire qui lui réussit le mieux. C'est un spectaculaire qui confine souvent à l'abstraction. Dans l'accident survenu lors de la mission Gemini 8, c'est un voyage rarement filmé ainsi. Lorsque la navette vrille en toupie dans l'espace, on se croirait transporter dans un film expérimental, toujours du point de vue d'Armstrong coincé dans son cockpit, c'est la plus belle séquence de First man.

On est très loin du film d'espace habituel où la technologie est grandiose avec des grandes navettes spacieuses et perfectionnées. Gemini 8 comme Apollo 11 sont des navettes brinquebalantes où les boulons couinent, les tôles se frottent dans un brouhaha chaotique (superbe travail sur le son), ou les boutons et les leviers semblent vétustes. Tout cela pourrait se détraquer en un clin d’œil. Même si on connaît l'issue du film, le suspense est à son comble lors de l'arrivée des astronautes sur la lune, tour de force de mise en scène. Le film fait l'éloge de l'artisanat, car la NASA des années 1960 c'est du travail d'artisan et j'imagine que Damien Chazelle se voit comme un artisan du cinéma.

mardi 16 octobre 2018

La Charge héroïque (John Ford, 1949)

Chaque matin quand son fidèle Quincannon (Victor McLaglen) vient le réveiller à 5h42, à moins que ce ne soit 5h41), le Capitaine de cavalerie Nathan Brittles (John Wayne) coche sur son calendrier de l'année 1876 les jours qui lui restent avant de prendre sa retraire. La Charge héroïque s'étend sur six jours, du lundi au vendredi, quelques temps après la chute du Général Custer évoquée par la voix off qui entame le film. Brittles s'habille en vitesse, vient humer l'air frais du matin dans ce fort en plein territoire indien, près de Monument Valley, tandis que Quincannon boit un peu de whisky d'une bouteille cachée dans une cruche.

John Wayne n'avait que 42 ans au tournage du film mais John Ford lui fait teindre les cheveux en gris, Brittles est censé avoir servi 40 ans dans l'armée américaine. Il n'est pas le seul à partir à la retraite, Quincannon met fin à sa carrière dans quelques jours également. Les deux têtes de la cavalerie ont déjà leurs remplaçants, deux jeunes militaires, le brun, le lieutenant Flint Cohill (John Agar) et le blond, le sous-lieutenant Ross Pennell (Harry Carey Jr), deux gars qui se chamaillent régulièrement, non sans un bonne dose d'amitié, le premier rabrouant régulièrement le second puisque il est son supérieur hiérarchique.

L'objet de leur querelle s'appelle Olivia Dandridge (Joanne Dru), c'est elle qui porte le ruban jaune qui donne son titre anglais au film (la mode du titre français de western était à l'héroïsme quand bien même le récit le contredit), un symbole de fiançailles. Seulement voilà, Olivia n'indique pas lequel des deux jeunes soldats elle a choisi. Comme Shirley Temple dans Le Massacre de Fort Apache, Olivia joue les espiègles et passe de l'un à l'autre, augmentant la jalousie chez chacun d'eux, sous l'œil amusé de Brittles qui n'interviendra qu'en fin de film pour qu'Olivia cesse enfin son petit double jeu.

La retraite est aussi celle du fort. Brittles doit évacuer Olivia et Madame Allshard (Mildred Natwick), l'épouse du commandant du fort. Les Indiens menacent d'attaquer, la guerre est proche. D'ailleurs les nuages l'annoncent (c'était déjà de cette manière que John Ford annonçait le conflit final dans Le Massacre de Fort Apache), nuages orageux et menaçant magnifiés par les du Technicolor, un déluge de couleurs et en tout premier ce jaune du ruban d'Olivia. Mais aussi le désert autour de Monument Valley et les tenues de tous les personnages, soldats de la cavalerie comme les Indiens des différentes tribus.

Le ton est volontiers badin dans La Charge héroïque, il ne comporte pas de personnage autoritaire comme celui de Henry Fonda. On danse de façon moins guindée que dans Le Massacre de Fort Apache mais tout de même en beau costume, on se conte fleurette (mais il faut vite regagner son poste et protéger Olivia d'une attaque soudaine), on plaisante sur l'alcoolisme de Quincannon (il affirme qu'il ne boit pas depuis telle ou telle bataille). Puis le ton passe vers le tragique, chaque scène enjouée est interrompue, suspendue par un événement qui vient trouble la quiétude éphémère.


Mais Brittles a une phrase fétiche, comme le personnage Henry Fonda en avait une. Pour encourager ses troupes dans l'adversité, il leur affirme « qu'il ne faut pas s'excuser parce que c'est un signe de faiblesse ». La force de Brittles c'est sa douceur gagnée par ses cheveux blancs, celle qui le fait négocier avec les vieux Indiens quand les jeunes veulent la guerre, celle qui l'émeut quand ses hommes lui offrent une montre et qu'il enfile ses lunettes, celle qui l'oblige à mettre Quincannon en taule pour le protéger. Finalement, en guise de retraite solitaire, Brittles accepte un nouveau poste dans l'armée.