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mardi 23 février 2016

Histoires de fantômes chinois 3 (Ching Siu-tung, 1991)

Adieu Leslie Cheung et Wu Ma, bienvenue Tony Leung Chiu-wai et Lau Shun. Après un court prologue où les deux premiers sont attaqués par Lao Lau (Lau Siu-ming), horrible démon à la voix androgyne (il passe d’une voix féminine à une masculine), Histoires de fantômes chinois 3 démarre cent ans plus tard. Tony Leung Chiu-wai est Fong, un jeune moine au crâne rasé et, comme le personnage de Leslie Cheung, pourvu d’une maladresse touchante. Sa maigre pitance ne résiste pas aux assauts du sable, il ne sait pas comment la protéger contrairement son maître. Il accompagne son sifu, un prêtre bouddhiste (Lau Shun) sur les vastes plaines de la Chine. Il a beaucoup été dit que ce troisième épisode était un quasi remake du premier.

C’est à la fois vrai et faux. C’est vrai car le récit reste celui d’une romance impossible entre le moinillon et une femme fantôme. Et c’est faux puisque Ching Siu-tung améliore son histoire et peaufine sa mise en scène. Pour accentuer l’idée de la réincarnation, Lau Shun incarne le gentil et Lau Siu-ming le méchant, inversant leurs rôles d’Histoires de fantômes chinois 2. En ouverture du film, ils se réfugient dans la même cabane, cette fois en ruine, que Leslie Cheung. Des voleurs passent par ici. Fong, très froussard, est éclaboussé par une giclée de sang. Les voleurs sont pourchassés par la sabreur Yen (Jacky Cheung) qui lui aussi rempile.

La belle fantôme est pour la troisième fois jouée par Joey Wong qui s’appelle cette fois Lotus. Sa situation n’est pas enviable. Lao Lau la prostitue, la force à aller séduire les humains égarés. On la découvre d’abord avec sa sœur Jade (Tiffany Lau), toutes deux allongées dans une pose lascive. L’une fait un tatouage sur l’épaule de l’autre. Quand un peu de sang coule, la deuxième le lèche avec sa langue. La scène est éminemment érotique, les visages sont filmés dans une lumière orangée, les épaules nues mises en avant, les robes qui volettent accentuent la frivolité.

Dans un flot de pétales de fleurs, les deux femmes fantômes traversent avec force minauderies la pièce, tournant sur elles-mêmes pour hypnotiser les hommes. Elles vont prendre au piège les voleurs qui se sont réfugiés dans cette demeure, pour que Lao Lau aspire leurs âmes. Le démon et son armée de harpies chauves vêtues de vert terrifient les voleurs. Lao Lau est une sorcière armées de tentacules constituées de racines d’arbres. Puis, elle déploie une langue monstrueuse qui enlace violemment ses proies. Lotus et Jade sont prisonnières de ce démon. Leurs urnes funéraires ont été confisquées par Lao Lau au bord du vieil arbre qui lui sert de refuge. Elles ne peuvent pas se réincarner.

Lao Lau charge Lotus de la mission de séduire le moinillon au grand dam de sa concurrente Papillon (Nina Li) qui aurait aimé être à sa place. En l’absence du maître de Fong, Lotus se rend dans le temple Lan Jou (là où Yan, le personnage de Wu Ma, était allé en ermitage) où les deux hommes se sont réfugiés. La scène de séduction est l’une des plus longues du film. Fong, dans sa grande naïveté, ne comprend pas immédiatement à qui il a affaire. Lotus se fait d’abord passer pour une femme égarée. La beauté de cette séquence vient du charme de Joey Wang qui tente de déshabiller Fong. Ce dernier la repousse puis à prier ce qui crée chez Lotus une douleur extrême.

La lumière jusqu’à alors bleutée se transforme en orangée sous les caresses de Lotus. Les deux protagonistes se livrent à un jeu de cache-cache avec un avantage pour Lotus qui a le pouvoir de se déplacer sans se mouvoir. Elle a donc une avance sur lui mais, encore une fois, les prières la font souffrir. Fong va lui demander de l’aider à chercher le Bouddha d’or qu’il a égaré dans la demeure. Puis, c’est le retour du sifu qui sent l’odeur du fantôme. Cette dernière devra se cacher avant de pouvoir s’enfuir et d’avouer son échec à Lao Lau.

Persuadé qu’il a une mission à accomplir, Fong veut que Lotus puisse enfin se réincarner. Il va devoir convaincre Yen le sabreur de l’aider. Ce dernier est un mercenaire qui vend ses services au plus offrant. On soupçonne qu’il soit le descendant du personnage de Wu Ma, puisqu’il connaît l’utilisation des sorts taoïstes pour chasser les démons. Seulement voilà, Fong, en tant que moine, n’a pas d’argent. Personnage comique d’Histoires de fantômes chinois 3, Yen sort régulièrement son boulier pour compter combien le moine lui doit.

Armé d’un très long sabre, symbole phallique évident, il trouve Lotus très à son goût et ne résiste pas à la tentation de la séduire. Finalement, il accepte de tendre un piège à Lao Lau pour que Lotus puisse récupérer son urne funéraire mais également pour que libérer le sifu qui a été capturé par le démon. La séquence du combat final contre Lao Lau est d’une beauté à couper le souffle. Froussard et naïf, le personnage de Fong va devenir valeureux et puissant. Histoires de fantômes chinois 3 est peut-être le remake du premier mais il est visuellement le plus abouti des trois.















samedi 21 novembre 2015

Les robes de Maggie Cheung dans In the mood for love (Wong Kar-wai, 2000)

 
Un décor, deux personnages, il ne faut guère plus d’éléments à Wong Kar-wai pour concevoir l’univers de In the mood for love. Elle s’appelle Madame Chan (Maggie Cheung), il se nomme Monsieur Chow (Tony Leung Chiu-wai). On ne connaîtra jamais leurs prénoms, ils seront toujours appelés ainsi. En cette année 1962 à Hong Kong, ils habitent, avec leur mari et femme respectifs, dans deux appartements mitoyens. Ils vont faire connaissance lors de leur emménagement. Les livreurs se trompent constamment dans les paquets, déposant certains chez l’un et d’autre chez l’autre. Monsieur Chow en profitera pour ramener l’un de ces paquets échangés à Madame Chan et se parler pour la première fois après s’être déjà regardés. Très vite, Monsieur Chan et Madame Chow vont quitter le récit et cette absence est la première raison du rapprochement entre Madame Chan et Monsieur Chow.

L’adultère est dans l’air du temps. M. Ho (Lai Chen), le patron de Madame Chan – elle travaille comme secrétaire dans une compagne de transports maritimes – lui demande d’appeler son épouse pour annoncer son retard et voir Mlle. Yu sa maîtresse. De son côté, Monsieur Chow – lui est auteur de feuilletons dans un journal – a un ami Ping (Siu Ping-lam) qui vient régulièrement lui taper un peu d’argent pour se payer une prostituée. Madame Chan et Monsieur Chow se croise dans les couloirs menant à leur appartement, dans l’escalier du restaurateur. Elle préfère s’acheter quelques nouilles qu’elle mettra dans son thermos plutôt que de se faire inviter par Madame Suen (Rebecca Pan), l’encombrante et indiscrète propriétaire du lieu qui passe ses soirées à jouer au mah-jong avec les voisins. Le paroxysme sera atteint au milieu du film dans la chambre de Monsieur Chow où se trouve Madame Chan qui ne peut pas sortir de peur du qu’en dira-t-on.

Comme le dit Chow, il faut « maitriser ses sentiments », d’autant qu’il reste persuadé que Madame Chan ne quittera pas son époux pour lui. Malgré le constat qu’ils font, Monsieur Chan est devenu l’amant de Madame Chow. Ils s’en sont aperçus parce que l’une porte le même sac à main que Madame Chan et que l’autre revêt la même cravate que Monsieur Chow. Des cadeaux d’amants similaires aux cadeaux des époux. Les tenues des personnages ont encore plus d’importance que les décors, somme toute assez simple, Wong Kar-wai et son chef décorateur refusant de tomber dans le décorum et la naphtaline facile de la recréation des années 1960. Le personnage de Tony Leung Chiu-wai ne porte que des beaux costumes. Celui de Maggie Cheung porte toute une collection de robes parfaitement ajustées à sa taille et aux couleurs et motifs variés. C’est bien simple, elle change de robe à chaque séquence. L’érotisation de son corps passe par ses robes. Jamais les deux amants putatifs n’enlèveront le moindre vêtement. Ils se toucheront à peine, n’échangeront aucun baiser, toujours dans cette volonté de maîtriser ses sentiments. L’érotisation atteint son comble dans les quelques ralentis où se dandine l’actrice. Voici toutes les robes de Madame Chan.