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dimanche 14 août 2016

Ed Wood (Tim Burton, 1994)

Dans sa première décennie de cinéma, tous les films de Tim Burton ont pour titre le nom de leur personnage, rien que des hommes remarque-t-on. Ed Wood ne déroge pas à la règle mais se démarque sur quelques points. Premier point : Tim Burton tourne son premier long-métrage en noir et blanc, lui qui avait habitué à un univers coloré. Deuxième point : Howard Shore, compositeur attitré de David Cronenberg, remplace Danny Elfman le temps d'un film. Troisième point : Tim Burton s'attaque pour la première fois à raconter la vie d'un homme ayant réellement existé, premier biopic écrit par Scott Alexander et Larry Karazewski, auteur pour Milos Forman de Larry Flynt et Man on the moon, et à nouveau pour Tim Burton de Big eyes, mais avec moins de bonheur. Johnny Depp était Edward aux mains d'argent, il sera Edward D. Wood Jr, comme le cinéaste raté et médiocre signait ses films, un deuxième Edward dans sa longue carrière avec Tim Burton.

Que Tim Burton réalise un biopic, donc un film d'après un personnage réel ne l'empêche pourtant pas de poursuivre l'étude de l'univers du Merveilleux, et rien ne peut être plus merveilleux au milieu des années 1950 que Hollywood. Comme dans ses films précédents, la Mecque du cinéma apparaît en début de film sous forme de maquette grossière, la caméra partant de la colline où les lettres géantes écrivent HOLLYWOOD pour un travelling arrière sur la réalité bien plus morne de Ed Wood, celle d'un simple accessoiriste dont le boulot consiste à trimbaler des plantes dans les décors. Mais Tim Burton pour bien planter son idée de conte auquel le spectateur s'est habitué depuis son premier film, fait débuter le film par un narrateur qui sort d'une tombe, en l'occurrence Criswell (Jeffrey Jones), médium autoproclamé. Il annonce « la véritable histoire d'Edward D. Wood Jr ». Ce mage s'est toujours trompé, on peut lui faire confiance sur la véracité du récit. Puis la séquence de générique où le nom des acteurs apparaît sur des pierres tombales.

Avant d'être le plus mauvais cinéaste de tous les temps (ce qui se discute bien entendu), Ed Wood était un mauvais metteur en scène de théâtre. Mais il ne sait pas qu'il est mauvais. Voilà où réside l'incroyable soif artistique. Sa pièce sur une thématique totalement hors des canons de l'époque (guerre froide, peur atomique, chasse aux sorcières) le pacifisme dénote un esprit indépendant et frondeur. Sa pièce est certes nulle, mais il cherche le détail positif dans la critique négative. « Peu de critiques vantent le réalisme des costumes », dit-il fièrement avec un grand sourire à son épouse et actrice Dolores Fuller (Sarah Jessica Parker), son ami Bunny (Bill Murray) et ses deux comédiens Paul Marco (Max Casella) et Conrad Brooks (Brent Hinkley). La grande beauté de Ed Wood tient dans la tendresse du regard que porte Tim Burton à son personnage, aucun mépris, aucune moquerie, aucun jugement de valeur mais beaucoup d'humour. Il sait que Ed Wood est un médiocre mais il le fait rencontrer, dans une scène imaginaire, Orson Welles (Vincent D'Onofrio). Seuls Welles et Wood sont acteurs, producteurs, scénaristes et réalisateurs à Hollywood, ils sont donc les deux faces d'une même pièce. Mais ils sont égaux, au moins à eux-mêmes.

Ed Wood suit le processus créatif de trois chefs d’œuvre du cinéaste : Glen or Glenda, Bride of the monster et Plan 9 from outer space. Edward est persuadé qu'il peut travailler pour les grandes studios, en l'occurrence Warner (producteur de la plupart des films de Tim Burton, Ed Wood est produit par Disney via Touchstone), mais l'exécutif qu'il rencontre croit que Glen or Glenda est un canular de William Wellman. Edward D. Wood Jr a tourné ce film avec une petite compagnie de série Z « je fais pas de l'art, je fais des merdes », dit le patron. Ed s'était présenté à lui comme le meilleur pour raconter cette histoire de travesti, car lui-même porte les pulls angora de sa femme. C'est une lente descente vers les bas-fonds du cinéma. Edward D. Wood Jr a beau lancer des campagnes de lever de fonds avec ses amis, il ne trouve pas d'argent pour financer Bride of the monster. Malgré le budget riquiqui. Avec son large sourire (Wood avait un problème de dentier), il tente de recruter tous ceux qu'il rencontre. Inversement, les investisseurs demandent à ce que leurs proches jouent dans le film. Ed Wood se fait virer du hangar où il a installé son équipe, à cause d'un chèque en bois, c'est d'ailleurs dans un hangar du boucher que se fait la fête de fin de tournage. Puis, l'avant première du film se déroule dans un chaos incroyable.

Hollywood se refuse à lui, Ed Wood crée donc sa propre compagnie et invente sa propre famille. On a déjà vu Bunny, homosexuel qui fournit des travestis pour Glen or Glenda. Après avoir échoué à changer se sexe au Mexique, il sera le chef alien de Plan 9 from outer space. Tor Johnson (George Steele), catcheur hyper velu sera de plusieurs films, Lobo l’esclave du savant joué par Bela Lugosi dans Bride of the monster puis le chef de la police dans Plan 9. Vampira (Lisa Marie), présentatrice télé sera l'une de ses actrices dans Plan 9, mais refusera d'avoir la moindre réplique pendant tout le film. Dolores Fuller quittera Ed Wood après Monster of the bride, humiliée par son mari de l'avoir remplacée par une apprentie actrice, Loretta King (Juliet Landau). Ed croit qu'elle va produire le film et lui donne le premier rôle. Chaque scène tournée par eux est jugée parfaite par Ed Wood, malgré les faux raccords, les balbutiements et les décors qui tremblent. A cette galerie de gentils et drôlatiques monstres, il faut ajouter Criswell, ainsi que le chef opérateur daltonien et les accessoiristes qui sont aussi des acteurs de complément et bien entendu Kathy (Patricia Arquette), qui deviendra l'épouse d'Edward, son soutien inconditionnel dans toutes les situations. Ils se déclarent leur amour dans une attraction de train fantôme.

Je n'ai pas encore parlé de Bela Lugosi qu'incarne avec force et conviction Martin Landau qui reçut un Oscar pour ce rôle. Tout autant qu'un biopic sur Ed Wood, Tim Burton fait un film sur Bela Lugosi, l'acteur hongrois qui incarna Dracula dans les années 1930 et de nombreux vampires (on voit un extrait de White zombie de Victor Saville et cette manière de déployer ses mains) avait 74 ans quand il rencontre Ed Wood. Gare à ceux qui le confondent avec Boris Karloff dont Bela juge le jeu médiocre (« c'est facile de grogner pour Frankenstein »), mais il confesse plus tard avoir refusé ce rôle. Lugosi habite, avec ses toutous, dans une modeste villa de banlieue en tous points similaires à celle du lotissement d'Edward aux mains d'argent. Toxicomane, vivant seul et sans remploi depuis des années, Bela Lugosi va revivre, tel un mort vivant, grâce à Ed Wood. Le plus beau moment est le tournage en extérieur avec la pieuvre mécanique. Les accessoiristes ont oublié le moteur. Bela devra, après ingurgité du whisky, remuer les tentacules dans l'eau glacée pour faire croire qu'il se bat avec la pieuvre. Tout est prêt grâce à cette magnifique collaboration pour l'avant première triomphante de Plan 9 from outer space, un triomphe inventé de toute pièce manière de rappeler que le cinéma, c'est aussi du rêve et du fantasme, faux happy end sur la musique superbement mélancolique d'Howard Shore.

































lundi 8 août 2016

Batman returns (Tim Burton, 1992)

Au revoir Vicky Vale, évoquée à deux reprises dans Batman returns (on ne savait jamais, son personnage aurait pu revenir dans une suite), au revoir son collègue journaliste, adieu Joker, au revoir le procureur. De Batman, Tim Burton ne garde que le commissaire Gordon (Pat Hingle) et Alfred (Michael Gough), le dévoué majordome de Bruce Wayne (Michael Keaton), qui prend la première place au générique mais ne débarque dans Batman returns qu'au bout d'un bon quart d'heure. Comme il se passionnait pour le Joker, Tim Burton se focalise sur les figures sombres, les personnages de méchants : Pingouin, Catwoman et Max Shreck.

Premier à entrer en piste, Pingouin (Danny DeVito) a droit à la séquence d'ouverture, géniale évocation de sa naissance sous les hurlements de sa mère, les airs dégoûtés de la sage femme et du médecin. Le nourrisson est enfermé dans une cage, trop immonde pour être vus de ses parents joués par le duo de Pee-Wee Big adventure, Paul Reubens et Diane Salinger, aristocrates de Gotham City qui entre deux Martini décident de se débarrasser de leur rejeton. Dans son couffin, ils iront l'abandonner, tel un enfant Moïse, dans le zoo nordique le soir de Noël. Le film retrouvera Pingouin 33 ans plus tard, évocation christique cette fois.

Le personnage du Pingouin est le prolongement de celui d'Edward aux mains d'argent, les ciseaux sont remplacé par une déformation des doigts. Mais chacun d'eux a vécu hors de la civilisation, Edward dans son antre et Pingouin dans un cirque composé de malfrats. Il était l'un des monstres de foire du cirque, version Freaks de Tod Browning. Edward a eu la chance d'être pris en main par une femme vertueuse, il n'en est pas de même du Pingouin. Sa sortie des bas-fonds des égouts, où il a élu domicile, se fera grâce à Max Shreck (Christopher Walken), prenant le nom de l'acteur de Nosferatu de Murnau. Et Shreck veut dire effroi en allemand.

Max Shreck, chef d'entreprises véreux et corrupteur des politiciens de Gotham City, veut léguer à son grand couillon de fils une usine électrique. « On n'a jamais assez de pouvoir », répond-il à ceux qui doutent de ses bonnes intentions et qui remettent en question l'utilité de l'usine. Shreck, avec ses cheveux blancs, est un vampire et son usine va absorber plus d'énergie qu'elle n'en créera. C'est ce que lui fait remarquer Selina Kyle (Michelle Pfeiffer), son assistante qu'il traite comme une bonniche, l'obligeant à servir le café lors d'une réunion. Elle en sait trop sur les sombres desseins de son patron, Shreck défenestrera Selina Kyle qui s'écrasera par terre.

La transformation de Selina Kyle en Catwoman est l'un de mes moments préférés de Batman returns. La musique de Danny Elfman toute en boucle de violons aigus enveloppe la venue de dizaines de chats miaulant sur le corps refroidi de Selina. Elle rentre en minaudant dans son appartement, une sorte de maison de poupée (Hello there) puis détruit toutes ces teintes pastels, casse ses peluches, jette ses vêtements roses pour se confectionner, avec ferveur, un costume tout en skaï noir et coutures apparentes (toujours cette passion de Frankenstein), véritable tenue SM à laquelle Catwoman ajoutera un fouet. La nouvelle identité monstrueuse de Selina a pris forme, Hell here lit-on sur les néons de l'appartement.

Ces trois hommes animaux et ce vampire sont tous des personnages à double personnalité, cachant leur part sombre ou leur identité secrète. Pingouin apprendra son vrai nom, Oswald Cobbelpot, ou tout du moins il feint de ne pas connaître son passé, comme le soupçonnent Bruce Wayne et Alfred. Oswald, puisque telle est sa nouvelle identité, est lancé, tel le fils prodigue, par Max Shreck sur le devant de la scène, dans un multiple mouvement de destitution du maire (Michael Murphy) puis de dénigrement de Batman. Oswald veut devenir le nouveau maire, dit-il en se frottant les mains et en observant avec un regard obsédé sa nouvelle assistante. Avec cette même joie enfantine, il piège Batman en piratant la batmobile et causant des dégâts en ville.

Selina Kyle et Bruce Wayne se connaissent et passent du temps ensemble. Batman sauve Selina d'une attaque de la bande du cirque. Catwoman chasse Batman sur son propre terrain, elle veut être l'égale féministe du redresseur de tords. Après avoir fait exploser le magasin de jouets de Shreck, Catwoman « embrassera » Batman sous le gui. Lors d'un bal masqué, où Bruce et Selina sont les seuls à ne pas porter de masque, ils dansent sur une chanson de Siouxsie and The Banshees (Face to face). « Le gui peut être mortel si vous le mangez. Mais un baiser peut être encore plus mortel si vous êtes sincères ». Les masques sont tombés, Bruce comme Selina sont ravis et étonnés d'avoir si facilement confessé leur identité réelle de Batman et Catwoman.

Car finalement, pour Tim Burton, le Mal est une valeur bien plus cinématographique que le Bien. Les bons sentiments, c'est gentil cinq minutes, mais le côté sombre révèle la vraie personnalité. Tout le monde est habillé en noir. Batman returns est un film essentiellement nocturne. La mort rôde dans tous les coins, Max Shreck a tué son associé en le jetant dans les égouts, Catwoman usera plusieurs de ses neuf vies de chat, le projet de Pingouin de tuer tous les fils aînés pour se venger (le char vers l'enfer est conduit par Vincent Schiavelli, acteur fétiche de Milos Forman au visage cadavérique) tel un Roi Hérode moderne. Et les membres du cirque ont des rictus et des maquillages effrayants de clowns sardoniques.

Paradoxalement, tout cette noirceur si merveilleuse de Batman returns est percluse de taches aux couleurs vives. Le rouge à lèvres de Catwoman, le petit oiseau coloré qu'elle avale chez Oswald. Pingouin quand il devient populaire s'habille en redingote violette, il se déplace dans un véhicule en forme de gros canard jaune, il arbore ses parapluies sans lesquels il ne se déplace jamais, c'est à genre d'accessoires inexplicables que l'on reconnaît le plus beau personnage du cinéma de Tim Burton dans, ce que je considère, comme son meilleur film. Batman returns sera le dernier Batman de Tim Burton, laissant les suites, horribles, à Joel Schumacher, l'épouvantable Catwoman à Pitof et la franchise aux pompeux Christopher Nolan et Zack Snyder.




























Merci à Hakim pour son DVD