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mardi 16 août 2016

Millennium mambo (Hou Hsiao-hsien, 2001)

Pendant les sept ans où j'ai tenu mon blog AsieVision, je n'ai pas écrit une seule ligne sur Hou Hsiao-hsien. Faut dire qu'il n'a tourné aucun film pendant cette période. Et je dois avouer que j'ai mis 18 ans avant d'aller voir un de ses films, traumatisé après mon expérience devant Les Fleurs de Shanghai. Avec la sortie de ses premiers films, je me suis réconcilié avec Hou Hsiao-hsien. En revanche, j'ai beaucoup écrit sur mon ancien blog sur Shu Qi. C'est elle qui accueille le spectateur en ouverture de Millennium mambo. Extérieur nuit, plan séquence, un tunnel, elle avance les cheveux au vent, elle se retourne au ralenti, sourit, cigarette à la main.

Pourtant quelque chose ne colle pas avec ce regard caméra, promesse d'une complicité. Une voix off, une voix de femme, parle de cette Vicky que l'on voit et qu'elle semble bien connaître. Elle parle de Hao-hao, son petit ami jaloux et colérique, sans emploi, comme Vicky. Hou Hsiao-hsien ne dira jamais qui est cette narratrice omnisciente ni pourquoi on l'entend, on l'écoute. Elle intervient régulièrement, et ce qu'elle dit est souvent en avance sur les images, comme si elle savait déjà ce qui se trame. Il arrive qu'elle ne dise rien pendant de longues minutes. Quoi qu'il en soit, Shu Qi sera de toutes les scènes de Millennium mambo.

Vicky vit la nuit. En plans séquence, Hou Hsiao-hsien suit ses soirées. Un anniversaire avec des amies où un gars annonce qu'il a reçu un diplôme de magicien. Il fait un petit tour avec des pièces de monnaie. Une longue scène de rave toute bleutée où les corps sont en abondance sur la piste de danse, on remarque que Jack Kao est là. Une dispute aussi violente que soudaine éclate entre Doze Niu, l'ami de Jack Kao, et Hao-hao (Tuan Chun-hao, chaque acteur porte son propre nom, sauf Shu Qi). Hou Hsiao-hsien n'a jamais filmé les corps, les peaux d'aussi près, des gros plans sur les visages dans ces espaces pourtant très vastes.

Le jour, Vicky et Hao-hao glandent dans leur petit appartement. Là, le cinéaste recule sa caméra, la fait pivoter pour filmer l'entièreté du lieu et suivre ses deux personnages qui se parlent à peine. Quand Vicky rentre chez elle, elle enlève son manteau, jette ses vêtements tout enfumés sur le lit, passe par la cuisine s'allumer une cigarette, se sert un verre de whisky. Hao-hao s'approche, il la palpe comme s'il la fouillait. Ce genre de scène se reproduira plusieurs fois pendant le film avec quelques variantes, le couple s'était englué dans une routine qui tourne, au fur et à mesure, au malsain.

La voix off apprend qu'ils ne travaillent pas. Il passe son temps derrière ses platines, dans l'espoir de devenir DJ. Il invite ses amis qui vident le frigo et jouent aux jeux vidéo. Il vit de petits larcins, il vole la belle montre de son père pour la revendre. La police vient perquisitionner. Vicky trouve enfin un boulot au bar que tient Jack. Hao-hao lui pique ses pourboires quand elle revient. Plusieurs fois, elle s'en va. Chaque fois, il la retrouve. Elle se met à picoler. Jack l’héberge chez lui. Mais la vie de Jack n'est pas non plus tranquille, avec Doze, il traîne dans des histoires louches. Il partira se mettre au frais au Japon.

Le Japon (où Hou Hsio-hsien tournera Café Lumière) est la porte de sortie de Vicky. Elle se fait inviter (ou plutôt elle s'incruste) chez les frères Takeuchi. Le calme de la neige de Hokkaido est en violent contraste avec l'agitation de Taïwan. Des moments de répit et de sourire. L'une des plus belles scènes est justement au Japon, en toute fin de film, totalement déconnecté du récit de toute façon très lâche, Hou Hsiao-hsien filme des affiches de cinéma peinte, Mélodie en sous-sol, La Cité de la violence ou Tora San, le même genre d'affiches grand format vues dans Poussières dans le vent. Shu Qi fera deux autres films avec Hou Hsiao-hsien, Three times et The Assassin.
























mardi 9 août 2016

Poussières dans le vent (Hou Hsiao-hsien, 1986)

Dernier film (chronologiquement) de Hou Hsiao-hsien programmé par Carlotta cet été, Poussières dans le vent était déjà sorti en France en 1991. Deux personnages, un homme Yuan et une femme Yun, pris dans une histoire d'amour qui ne cessera jamais d'être reportée, qui semble jamais ne pouvoir démarrer et s'épanouir, qui s'englue dans le quotidien morne et banal que le cinéaste taïwanais se plaît à décrire avec minutie, dans ses moments de creux en fiction où les deux héros vont passer de la jeunesse à l'âge adulte, comme une suite directe à Un temps pour vivre un temps pour mourir où Ah-ha, le personnage miroir d'Hou Hsiao-hsien, pourrait enfin tenter de séduire la fille à qui il parlait à la fin du film.

La famille est moins nombreuse, cette fois c'est un grand-père qui tisse un lien très fort avec le jeune homme. Ce grand-père cherche à le retenir dans cette campagne d'où l'on accède qu'avec un vieux train qui traverse les tunnels de la montagne. Le vieillard lui enseigne les vieilles traditions taoïstes, il veut lui transmettre son passé. Mais Yuan s'ennuie terriblement malgré l'amitié qu'il a pour Yun. Le jeune homme veut absolument quitter la montagne pour Taipei, dans le même mouvement d'indépendance qu'avaient Les Garçons de Fengkuei. On a un peu l'impression d'être dans un film d'époque jusqu'à son départ où la grande ville est synonyme de modernité. Avec son visage triste (l'acteur ne semble jamais vraiment vouloir esquisser un sourire), Yuan se retrouve dans la capitale.

La jeune fille ne va pas tarder à rejoindre Yuan à Taipei, sans jamais oser franchir le pas de l'histoire d'amour véritable. Et là-bas, il faut bien vivre. Yuan bosse dans une imprimerie où la patronne le traite pis que pendre (l'engueulade pour ne pas avoir apporter le repas à son fils est terrible, d'autant qu'il n'ose pas répondre). Yun travaillera chez un couturier mais elle n'est pas très dégourdie. Là, le matérialisme romantique se met en place, Yun coud une chemise à Yuan, mais elle s'avère trop large. Toute la maladresse du couple qui ne se formera jamais est décrite dans cette chemise. Et plus tard, ce seront les lettres qu'ils s'échangeront pendant qu'il est à l'armée (le film évoque d'ailleurs dans ces séquences les réfugiés chinois qui fuient le continent), des dizaines de lettres où ils se racontent leur vie réciproque.

Derrière cette romance toute en langueur, en longs plans où la caméra fixe recule pour cadrer l'ensemble de la scène, Hou Hsiao-hsien nous parle de cinéma. En début de film, Yun et Yuan voient dans le village l'écran de toile s'installer pour une projection de film. Plus tard, à cause des coupures d'électricité, la projection sera interrompue (quel est donc ce film où une paysanne conduit une troupe de canards au champ ?). Entre ces deux scènes, Yuan logera dans le grenier d'un cinéma (dans Cute girl, c'était un théâtre), où l'on entend le son des répliques du film de kung-fu projeté. Et le colocataire de Yuan a pour métier d'être peintre de ces affiches de cinéma au format géant qui ornait les salles de cinéma jadis. Au moins pour ces notations sur le cinéma, on peut dire que Poussières dans le vent a une inspiration autobiographique.

Un temps pour vivre un temps pour mourir (Hou Hsiao-hsien, 1985)

« Ce film retrace mon enfance, certains souvenirs de mon père », dit Hou Hsiao-hsien en voix off au tout début de Un temps pour vivre un temps pour mourir, film autobiographique qui embrasse une histoire de Taïwan, du milieu des années 1950 à la fin des années 1960. Il est né en Chine continentale, dans la région de Canton, ses parents sont arrivés à Taïwan en 1947, 40 jours après sa naissance. Ils ne pensaient pas rester toute leur vie sur l'île, mais la scission entre Mao Tsé-toung et Tchang Kaï-chek en a décidé autrement. Ils vivent dans une petite maison du sud de Taïwan, le père, la mère, la sœur et les trois frères. Sans oublier la grand-mère.

Cette grand-mère, vieille dame habillée en habit traditionnel, noir, contrairement à tous les autres, vêtus à l'occidental, appelle le petit Hsiao-hsien, Ah-ha. Le gamin, en short et t-shirt blanc, passe son temps à jouer avec ses amis aux billes ou à la toupie, de temps en temps, il fait une petite bêtise et sa maman le gronde et la grand-mère le console. Le gamin et la grand-mère passent du temps ensemble, elle rêve de reprendre la route pour le continent ne supportant pas cet exil forcé (ce qui donne le gag récurrent du pousse-pousse qui la ramène régulièrement), ils ramassent des goyaves dans la campagne et la vieille dame jongle avec les fruits.

Ces souvenirs du temps passé, Hou Hsiao-hsien les rappelle avec les information à la radio qui évoquent la guerre. Un camarade de Ah-ha dira « on va reconquérir le continent ». Les unes des journaux annoncent la mort du vice-président. Ce sont les meubles rustiques de la maison. Les parents, fonctionnaires, n'avaient acheté que des meubles en bambou, persuadés qu'ils allaient vite rentrer en Chine. C'est aussi les lettres envoyées par les oncles, donnant des nouvelles. Ah-ha ne s'intéresse qu'aux timbres collés sur les enveloppes pour sa collection. C'est le temps de l'insouciance, l'enfance jusqu'à l'entrée au collège malgré l'insolence envers les professeurs.

Le père de famille reste avachi sur son fauteuil, occupé à écrire ses mémoires qui seront retrouvés par ses enfants bien des années plus tard. Le père est asthmatique. La mère est d'une énergie folle, et il en faut pour soigner son mari malade et apathique et élever ses cinq enfants. Le fils aîné, né prématurément, maladivement maigre. La fille à qui il faut trouver un époux. Et les deux petits qui vont grandir. C'est donc à Ah-ha que reviendra le rôle de chef de famille quand son père meurt, un soir d'orage où l'électricité est coupée. Scène d'une grande pudeur où la découverte se fait hors-champ, avec l'obscurité et le cri de la fille.

Film en deux temps et en deux époques qui se suivent sans transition, Un temps pour vivre un temps pour mourir se poursuit, après la mort du père, avec Ah-ha devenu désormais jeune homme. Il passe du short au pantalon pattes d'éléphant et débardeur. C'est la partie, bien plus passionnante à mon avis, des premières fois pour lui. Première éjaculation nocturne qu'il part nettoyer, première bagarre au sein du petit gang auquel il appartient, perte du pucelage avec une prostituée, première clope et premier flirt avec une jeune et jolie lycéenne avec qui Ah-ha ose à peine parler, totalement à l'opposé de son personnage de petite frappe.

Cette deuxième moitié est aussi plus dramatique, l'insouciance a quitté tous les personnages. La grand-mère commence à perdre la mémoire, la mère est malade, une vilaine tumeur attaque sa gorge, le fils aîné se fait recaler à l'armée à cause de son caractère chétif. On tremble surtout pour Ah-ha qui semble plonger dans la délinquance. J'ignorais tout à fait que le cinéaste avait eu un vie si agitée. Il la filme avec de longs plans, la caméra cadrant large, sans appuyer sur les moments les plus sombres, sans écarter ses actes peu glorieux, il évite ainsi la nostalgie facile, les souvenirs anecdotiques et la chronique édifiante.

vendredi 5 août 2016

Les Garçons de Fengkuei (Hou Hsiao-hsien, 1983)

C'est passionnant de regarder chronologiquement les premiers films de Hou Hsiao-hsien et de constater l'évolution si rapide de son style. La comédie très commerciale Cute girl, la chronique émouvante Green green grass of home et Les Garçons de Fengkuei portrait doux-amer d'un jeune adulte et de ses amis. Fengkuei est un tout petit port de pèche situé sur un tout petit archipel au large de Taïwan. Les jeunes ont l'impression d'être coincés dans leur vie, incapables de s'en sortir sauf à reprendre le modèle familial de leurs parents et à pratiquer les mêmes métiers.

C'est ce que ne veut pas Ching (Doze Niu). Pourtant, il passe son temps à glander. Les Garçons de Fengkuei commence dans un bar où les quatre amis (Ching, Piggy, Yu et Jung) jouent au billard. Une fois dehors, ils se chamaillent gentiment, balancent du coca sur Piggy qui est allé aux toilettes. Ils font de la moto, sans casque bien entendu. Ils resquillent au cinéma. Déception, le film est en noir et blanc (c'est une séance de Rocco et ses frères). Ils font des paris illégaux dans la rue et refusent de payer. Ils s'enfuient en courant.

L'un des garçons est sérieusement amoché lors d'une bagarre. Direction une cabane pour se mettre au frais un moment. Ching est donc caché dans une petite cabane. Hou Hsiao-hsien filme les garçons sur la plage, au ralenti, jouant encore pour séduire une jeune femme, Chin-yua, qui travaille devant eux. Les garçons sont un peu lourdauds, pas encore dégrossis pour draguer. Puis, une nouvelle bagarre, avec les mêmes, plus violente. Le cinéaste filme ces affrontements en plan séquence, caméra fixe, les adversaires sortant et entrant dans le cadre pour se donner des coups.

Direction la police et une sérieuse engueulade de la part des parents. L'un des autre amis décide de « prendre la mer », c'est-à-dire de quitter le village et l'île et d'aller à Taïwan. Ching quitte ses parents et laisse sa mère s'occuper de son époux, handicapé depuis des années, depuis qu'il a reçu en plein crâne une balle de baseball alors qu'il jouait avec Ching. Ching et deux amis partent pour la grande ville du sud de Taïwan, Kaohsiung. Une toute nouvelle vie s'ouvre à eux, avec l'insouciance de la jeunesse, ils sont persuadés que tout va bien se passer.

La deuxième moitié des Garçons de Fengkuei se concentre sur Ching et sur sa première histoire d'amour. Forcément contrariée. Il n'a d'yeux que pour Hsiao-hsing (Lin Hsiu-ling) qui habite juste en face de l'appartement qu'ils ont trouvé grâce à la sœur de Jung (dont le petit ami est – je pense – joué par Hou Hsiao-hsien lui-même). Pas de chance pour Ching, Hsiao-hsing a déjà un petit ami, Ho, un vrai salaud qui vole des objets dans l'usine où il travaille. Le pire est qu'elle semble très éprise de cet abruti. Il fait tout pour qu'il la remarque, il est aux petits soins pour elle.

Le film est traversé de nombreux détails, des plans longs sur la ville (ces immenses autoroutes de vélo et de bus), des touches poétiques (l'insecte séché sur le cahier de Ching), de flashbacks sur le père de Ching, de pointes d'humour (la pièce de monnaie sur la boule de billard). Tout cela dresse le portrait d'une jeune homme obligé de devenir adulte, contraint et forcé par les événements. De tous ses amis, il sera le seul à grandir et Hou Hsiao-hsien souligne l'adieu à son enfance, à son adolescence, à son innocence avec des grands élans d'amertume et de déprime.

jeudi 4 août 2016

Green green grass of home (Hou Hsiao-hsien, 1982)

Comme dans Cute girl, Kenny Bee est le personnage principal de Green green grass of home, troisième film de Hou Hsiao-hsien, également inédit en France (sorti ce 3 août). Il incarne Lu Ta-nien un instituteur qui débarque de Taipei dans le petit village de montagne de Neiwan, à un peu moins de 100 km au sud ouest de la capitale. Arrivée en train, un tortillard qui met des heures, accueil par sa sœur qu'il doit remplacer à l'école du village et logement dans un petit appartement au dessus du théâtre municipal. Le film ne quittera par ce village verdoyant pendant la belle saison du printemps.

Ta-nien sera guidé dans sa nouvelle vie par M. Li, un bon gros sympathique qui restera un personnage secondaire et par Mademoiselle Chen Su-yun (Chen Mei-feng), tous deux instituteurs à l'école. Su-yun habite en face du théâtre. Entre elle et Ta-nien, une gentille romance va s'établir sur un mode en trois actes. Séduction autour d'une chanson (Encore une gorgée de cola / Je vais te serrer fort la main), puis déception quand l'exubérante ancienne petite amie de Ta-nien débarque au volant de sa BMW et reconquête sous les regards bienveillants des parents. Une romance bien conforme aux canons du genre.

Ce qui intéresse Hou Hsiao-hsien, bien plus que les roucoulements des deux amoureux, c'est la banalité de la vie des habitants du village. Le récit de Green green grass of home suit les travaux des champs au fil de la saison, les moissons, le jardinage, les difficultés de gagner sa vie pour certains parents trop pauvres. Mais aussi au travers de l'histoire de M. Chou, les problèmes d'éduquer les enfants quand on est père célibataire. D'autant que la maman aborigène des enfants de M. Chou a quitté le foyer.

Hou Hsiao-hsien se focalise sur deux enfants de la classe de Ta-nien. Tout d'abord, Hsin-wang le fils de M. Chou. Son père pratique la pèche illégale et certains de ses camarades se moquent de Hsin-wang. Il souffre du départ de sa mère et du mutisme de son père. Pourtant, il a de bonnes notes à l'école. Ce garçonnet timide et frêle apporte des séquences fortes en émotion dues au sentiment d'injustice qui le frappe. La famille Chou vit dans une maison faite de tôles et de cartons. Le cinéaste évoque le dénuement de la population bien loin de l'idée du développement économique vanté à l'époque par Taïwan.

Le second gamin fait partie des « trois mousquetaires ». Lin Wan-chin fait les 400 coups avec ses deux amis Huang Chin-chui et Yen Chang-kuo. Chaque fois qu'une bêtise a lieu dans la classe, les instituteurs peuvent être certains que l'un des trois est responsable. Parmi les sottises, ils imitent M. Chou dans sa pèche à la tige électrique. Les trois gamins utilisent une batterie de voiture et le plus petit d'entre eux, Chang-kuo se prend une décharge dans la rivière et s’étale de tout son long. Si Chou Hsin-wang est l'élément dramatique, le trio est l'élément comique du film.

Assez vite, Hou Hsiao-hsien ne se passionne que pour Wen-chin, le petit grassouillet (on peut sûrement parier que le récit est largement autobiographique ou tout au moins que le cinéaste a connu cet enfant). Il laisse rapidement ses deux amis de côté. Espiègle et insolent, mauvais à l'école et bagarreur, Wen-chin est le fils de Monsieur Lin, un paysan qui n'en peut plus des bêtises de son fils. Il est souvent puni mais quand il est privé de dîner, la grande sœur soutient son petit frère et lui apporte un bol de riz.

La famille Lin accueille Hung Pei-yu, la cousine de Wen-chin. Très timide mais intelligente, elle va influencer son cousin et lui apprendre le calme. Et inversement, il lui apprendra à prendre confiance en elle. Ensemble, il soigneront un jeune hibou blessé. Ils deviendront très amis. Ils soutiendront le projet de leur instituteur de créer un zone protégée de la rivière (la partie écologique un peu mièvre du film). Avec deux décennies d'avance, Green green grass of home fait penser aux films doux et enfantins de Hirokazu Kore-eda.

mercredi 3 août 2016

Cute girl (Hou Hsiao-hsien, 1980)

Carlotta sort ce mois d'août cinq films de Hou Hsiao-hsien, dont trois totalement inédits en France, et parmi eux son tout premier long-métrage sorti en 1980 à Taïwan. Cute girl est une comédie du Nouvel An, donc visant le public populaire. Pour décrire en une phrase, c'est comme une comédie cantonaise mais filmée avec de nombreux plans séquences. Evidemment, les spectateurs qui aiment les films du cinéaste ne retrouveront pas la langueur à laquelle Hou Hsiao-hsien nous a habitué. Cute girl est très formaté dans son récit autour du mariage.

Ils ne le savent pas encore, mais ils vont tomber amoureux l'un de l'autre. Elle est Wenwen (Feng Fei-fei), elle arrive dans sa voiture de sport jaune, prête à aller travailler, elle est cadre supérieure, une fille sérieuse habillée en tailleur strict. Lui est Daigang (Kenny Bee, le chef cuisinier alcoolo dans Le Festin chinois de Tsui Hark), il prend son déjeuner sur son scooter rouge. Il est employé dans une entreprise de bâtiment. Dès la scène d'ouverture, leur condition sociale opposée est mise en avant, frein inexorable à la rencontre.

Je ne sais pas si l'expression existe en chinois, mais Hou Hsiao-hsien décide de les faire trouver chaussure à leur pied. Wenwen présente un projet et joue avec ses escarpins, manquant de faire du pied à son interlocuteur, quant à Daigang, il s'est déchaussé tandis qu'il planche sur son projet. Les scènes sont très appuyées pour bien montrer qu'ils ont, tous les deux, les mêmes petites manies. Ils donc faits pour être ensemble. Il va falloir maintenant tordre le scénario pour qu'ils puissent se rencontrer et trouver un terrain d'entente.

Ce terrain est dans la campagne de Taïwan. Wenwen s'y rend pour fuir la pression qu'exercent ses parents et ses grands-parents pour qu'elle se marie à Qian Ma (Anthony Chan) un homme choisi pour elle, un grand dadais à lunettes parti faire ses études en France. Elle n'est pas ravie, même si ses amies l'encouragent à se marier. Telle était la tradition. Qian Ma est un homme de sa condition sociale, un jeune étudiant promis à un brillant avenir. Wenwen court rejoindre sa tante qui saura lui prodiguer de judicieux conseils, comme le font toutes les tantines.

C'est dans ce village qu'une autoroute doit être construite. L'entreprise où travaille Daigang est chargée du projet. Il se rend au village avec ses collègues et annonce que que la route doit traverser la maison d'un ami très proche de Wenwen. Il va sans dire que le groupe n'est pas bien accueilli et, très vite, Wenwen part batailler contre Daigang dans des chamailleries bon enfant qui font sourire. Notre homme se fait piquer par un serpent et reste se faire soigner par les villageois. En vérité, ce n'était qu'une chenille mais le propriétaire de la maison a décidé de lui mentir.

Le romantisme de Cute girl se déploie sous plusieurs formes. Plusieurs chansons sont entonnées par Kenny Bee et Feng Fei-fei dans les plaines de la campagne. Ils se promènent à vélo et, hop, une chanson d'amour. Ils commencent à se plaire. Puis, c'est sous l'arbre des amoureux que les deux tourtereaux se retrouvent. Si leurs noms sont gravés sur l'écorce l'un à côté de l'autre, ils seront amoureux toute leur vie. Daigang écrit le sien, mais Wenwen refuse, car elle ne veut finalement pas décevoir ses parents.

Retour à Taipei et au projet de mariage, grosse déception de Daigang qui ratisse toute la ville avec son fiston, l'encombrant et insolent Ping, élément comique du film qui révèle que Daigang n'a presque pas encore atteint l'âge adulte. Daigang retrouve Wenwen le soir de ses fiançailles et contre attente, Daigang décide de devenir ami avec Qian Ma. Le futur époux se voit accaparé par l'amoureux éconduit, provoquant de joyeux petits gags (le duel rêvé, la scène du téléphone). Comme la vie est plus belle au cinéma, tout se terminera dans le bonheur du mariage.

mercredi 9 mars 2016

The Assassin (Hou Hsiao-hsien, 2015)

Trois femmes sont amoureuses du même homme. Cet homme est le seigneur Tian Jian (Chang Chen), gouverneur du royaume de Weibo au nord de la Chine, sous la dynastie Tang. Tian Jian est un homme qui s'ennuie, il écoute allongé, l'ai détaché, les commentaires politiques de ses ministres, mais décide seul de tout. La première des ces trois femmes est son épouse (Yun Zhou) qui a donné trois enfants au seigneur. L'héritier est très proche de sa mère, la protégeant même lorsque que l'époux se met en colère. La deuxième femme est Huji (Hsieh Hsin-ying), la concubine de Tian Jian. Rivale de l'épouse, Huji est enceinte mais garde sa grossesse secrète, fait croire qu'elle a encore ses menstrues en les substituant avec du sang de poulet. La dernière femme autour du seigneur est Yinniang (Shu Qi), l'assassin du film de Hou Hsiao-hsien.

Toute cette histoire qui traverse The Assassin, ces rapports entre ces trois femmes et cet homme, Hou Hsiao-hsien la déstructure, la désintègre et tranche dans le liant du récit pourtant famélique. Hous Hsiao-hsien espère créer du mystère entre ses personnages, cela tient jusqu'aux moments où les rares dialogues, lourdement explicatifs, retracent quels sont leur rapports, leurs animosités, leurs passés. Tian Jian et Yinniang ont été fiancés lorsqu'ils étaient enfants, puis la famille du premier a décidé de promettre leur fils à une autre famille. Yinniang doit aujourd'hui tuer son ancien amour, sur ordre de son maître, ce qui est un crève-cœur pour elle, d'autant qu'elle est prise dans la guerre que livre l'épouse à la concubine. Cette dernière est empoisonnée par l'épouse grâce à un sort qu'a jeté un homme mystérieux, interprété par Jacques Picoux, un artiste français installé depuis des lustres à Taïwan.

L'assassin du film est une femme tout de noir vêtue, elle apparaît et disparaît sans crier gare, elle se fond dans les drapés des rideaux des salles du palais du seigneur. Hou Hsiao-hsien soigne particulièrement ses intérieurs où la profondeur de champ suit une hiérarchie précise, au fond les serviteurs, au devant de la scène le seigneur, les rideaux découpent le cadre, cachent parfois les personnages, dissimulent leurs secrets. Cela évoque les films de Chu Yuan, l'esthète de la Shaw Brothers, qui s'appliquait à obstruer le plan d'éléments divers pour sonder la distance entre les spectateurs et les personnages, distance qui petit à petit s'évaporait. Hou Hsiao-hsien se contente de retranscrire la théâtralité de l'exercice du pouvoir, son usage au quotidien, ses gestes hiératiques, les drapés et couleurs des costumes. Le son du tambour, l'annonce de l'arrivée du seigneur, les conseils des ministres, la circulation dans les couloirs, tout est codifié et Yinniang vient remettre en cause ces codes.

En extérieur, le cinéaste sature les couleurs, provoquant une image baveuse proche des tableaux impressionnistes. Il laisse souvent tourner sa caméra pour filmer la brume, s'étendant sur un rivière ou encerclant un pic. Il ne cherche pas à tourner un film de sabre classique, un wu xia pian, ce que The Assassin n'est jamais. Tout comme son héroïne, Hou Hsiao-hsien ne respecte pas les codes. Il s'applique à désamorcer toutes les scènes d'action. Tous les combats avec le personnage de Shu Qi sont décevants, terriblement ennuyeux, à peine composés. Le prologue du film, filmé en noir et blanc et en 1:37, présente Yinniang à l’œuvre, tranchant de sa dague les gorges en deux plans très serrés. Au contraire, un combat en plan très large et lointain la montre au beau milieu d'un bois en train de se battre. Dans les deux cas, tout est sur le mode de la suggestion. Le film s'achève sur un affrontement dans une forêt de bouleaux (à la mode, après celle de The Revenant). Dans la dernière séquence, on voit plein de biquettes, c'est très joli.

lundi 7 mars 2016

Tigre et dragon (Ang Lee, 2000)

Après trois films américains, Ang Lee relançait, avec Tigre et dragon la mode du wu xia pian et la carrière de Chow Yun-fat après s'être perdu dans des navets depuis son départ pour Hollywood. Il incarne Li Mu Bai, un maître épéiste. Revenu d’un séjour sur les monts Wu Tang, après avoir acquis beaucoup de sagesse et atteint le silence ultime, Li Bu Mai décide de raccrocher son arme en l’offrant au seigneur Té (Lung Sihung). Il demande à sa vieille amie Shu Lien (Michelle Yeoh) de lui amener sa fameuse, antique et funeste épée « Destinée », (oui les épées ont un nom) qui ne doit plus servir à se battre mais devenir une relique.

L’épée est très convoitée, elle peut permettre à celui qui l’utilisera convenablement de défaire bien des ennemis. Cela donne de fastidieuses dialogues pleines de pensées philosophiques. Le soir même de l’arrivée de Shu Lien chez le seigneur Té, Destinée est dérobée. Jade la Hyène (Cheng Pei-pei), l'ennemie jurée de Li Mu Bai est accusée. Jade a empoisonné le maître de Li quelques années auparavant. Depuis, elle est devenue secrètement la gouvernante de Jen Yu (Zhang Ziyi), la fille du gouverneur de Pékin. Elle l’a éduquée de manière stricte. Jade surveille, avec son regard dur, chaque geste de sa protégée, la dissuadant de discuter avec Shu Lien.

Toujours secrètement, Jade a instruit sa protégée aux arts martiaux grâce à un antique parchemin. Jade cherche à assouvir sa vengeance. Quand Jen Yu rencontre Shu Lien, elle se plaint de devoir épouser un inconnu et affirme espérer une vie d’aventurière comme celle de Shu Lien. Plus tard, masquée, Jen Yu se battra contre elle. Les chorégraphies de Yuen Woo-ping sont filmées en longs plans (presque des plans séquences), de plein pied (on voit les deux adversaires), de nuit sur une belle musique de percussions, elles demeurent l’attrait essentiel du film. Les combattants virevoltent dans les airs, volent sur les toits des immenses demeures, grimpent sur les murs et se battent avec grâce sans l’impression que les effets spéciaux détruisent la beauté du geste.

Comme dans les précédents films d’Ang Lee, le mariage est le souci majeur du récit de Tigre et dragon. Ce sont des mariages contrariés découlant des traditions ancestrales qui ne satisfont pas les amoureux. Shu Lien et Li Mu Bai sont amoureux comme le leur dit un de leurs amis mais ils se sont toujours refusé à s’aimer au grand jour. Le fiancé de Shu Lien, assassiné, était un ami proche de Li. Par honneur, il a gardé ses distances. L’interrogation que soulève le film est que, à cause de sa prestance pour manier Destinée, Li Bu Mai serait tombé amoureux de la jeune Jen Yu. Il lui proposera plusieurs fois de devenir sa disciple afin de perfectionner le maniement de l’épée, métaphore sexuelle s’il en est.

Jen Yu doit se marier avec le fils du seigneur Gou. Un mariage arrangé bien entendu et dont elle ne veut pas. Elle est amoureuse de Lo (Chang Chen), jeune et beau bandit du désert. Un long flash-back présente leur rencontre. Lo lui dérobe son peigne. Elle sort du palanquin pour le récupérer. Ils se battent, croisent le fer, se poursuivent à cheval dans le désert. A bout de force, il la porte dans son antre, une grotte pleine d'objets volés. Naturellement, les opposés s’attirent et leur ultime dispute se transforme en acte d’amour. Le film se concentre désormais sur cette romance et sur l’assouvissement de leur amour au beau milieu du désert loin des conventions impériales, non sans tomber dans la mièvrerie.













vendredi 4 décembre 2015

Garçon d'honneur (Ang Lee, 1993)

Alors qu’il est dans la salle de muscu, Gao Wai-tung (Winston Chao) écoute dans son walkman la cassette audio que sa mère lui en envoyé plutôt que de lui téléphoner. En voix off, elle lui demande pour une énième fois s’il compte se marier un jour. En fait, il file le parfait amour depuis cinq ans avec Simon (Mitchell Lichtenstein) avec qui il habite. Wai-tung est cadre, homo « don’t ask don’t tell », ses amis taïwanais causent de filles. Simon est kiné, homo flamboyant arborant au boulot un t-shirt de Keith Haring et militant à Act Up.

Ils vivent tranquillement aux Etats-Unis, loin de la famille taïwanaise et des obligations de mariage. Chaque mois, Wai-tung passe dans l’immeuble dont il est propriétaire chercher le loyer. Au dernier étage vit Wei-wei une jeune femme qui peint des toiles abstraites. Elle n’a jamais d’argent et propose une peinture comme loyer. Originaire de Chine populaire, issue d’une famille très pauvre qu’elle n’a pas vue depuis des années, Wei-wei craint de ne pouvoir rester aux Etats-Unis si elle n’obtient pas sa carte verte. Cette dernière accepte le mariage.

Pour feinter les services d’immigration, elle doit apprendre tout de la vie de Wai-tung. Comme dans une répétition théâtrale, elle récite sur un mode comique, sur la musique de Grace Chang, les habitudes de son futur époux. Tout fier, Wai-tung apprend son mariage à ses parents qui décident de venir à New York. Les parents débarquent dans ce faux ménage à trois où Simon devra dormir dans la chambre d'ami. Il faut recréer le mode de vie taïwanais que Wai-tung avait totalement abandonné. Et surtout, Wei-wei devra être sage comme une image.

Ce qui compte dans Garçon d’honneur est moins comment les parents vont apprendre que leur fils est homo que leur déception de ne pas le voir pratiquer les traditions chinoises. M. Gao en tant que général à la retraite est outré du bâclage du mariage civil à la mairie. Il commence à faire la tête quand, au restaurant, il rencontre l’un de ses anciens soldats, qui veut organiser un banquet pour le mariage, non sans avoir rudement sermonné Wai-tung. Le morceau de bravoure est ce banquet qui ressemble à une bataille. Après ce moment de comédie, le film se poursuit sur un mélo un peu plus convenu.











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