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jeudi 29 mars 2018

J'ai aussi regardé ces films en mars


La Prière (Cédric Kahn, 2018)
Je ne sais pas si on peut parler de vague de films sur la foi (Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, L'Apparition de Xavier Giannoli, Jeannette de Bruno Dumont, les deux derniers films de Arnaud Desplechin où la judaïté de ses personnages est forte sans compter les récents films sur le djihadisme) mais on peut tout autant parler de film sur le Vercors comme refuge, La Prière serait le contrepoint à La Tête haute d'Emmanuelle Bercot. Contrepoint parce que Cédric Kahn ne cède pas aux tentations de la scène forte, aux dialogues explicatifs (la plus belle séquence du film est la venue d'Hanna Schygulla qui ne doit pas dire plus de dix mots mais qui hypnotise par son regard), aux colères de son jeune personnage de drogué qui part se refaire une santé dans la montagne. Ce que ne cesse de filmer Cédric Kahn depuis quelques films est l'échec par des personnages qui pensent réussir hors du monde. La Prière malgré quelques défauts (oui c'est trop long, un peu répétitif) c'est l'anti film « dossier de l'écran ».

Ready player one (Steven Spielberg, 2018)
Dès les premières notes de Jump de Van Halen, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à la bande sonore des Gardiens de la galaxie avec ses musiques des années 1980, ce qui était justifié. Dans Ready player one, la musique de mon adolescence est partout mais aussi toute la pop culture (tiens le personnage principal – insipide acteur par ailleurs – conduit une DeLorean comme Marty McFly – j'ai d'ailleurs cru à la toute fin du film que Michael J. Fox venait faire un caméo mais c'est Simon Pegg atrocement maquillé en vieux). La présentation du jeu vidéo, de la réalité virtuelle dans laquelle vie nos personnages, ressemble à celle de Valérian, voice over pour une description de ce qui doit être merveilleux : l'univers n'est pas très débridé, en tout cas pas futuriste. En 2045, personne n'est sorti des années 1980, finalement c'est une manière pour Steven Spielberg de rappeler, peut-être, que le divertissement de son époque glorieuse était largement supérieur à celui des Marvel DC Comics d'aujourd'hui. Les « Easter eggs » dont cause le récit (un scénario très premier degré sans aucun McGuffin) sont ces références plus ou moins visibles. Etrangement, l'univers Star Wars est totalement absent de la culture des personnages de Ready player one. La parodie de Shining est fort réussie. Ce qui est plus raté est l'idée des avatars qui ne correspondent au personnes réels, c'était déjà l'un des leitmotive du remake de Jumanji (où c'était bien plus palpitant). Parfois, Steven Spielberg se laisse aller à la facilité, là il tente de nous refaire le coup de Hook, sa version moderne de Peter Pan, l'éternel retour vers l'innocence de l'enfance. Bullshit !

Ghostland (Pascal Laugier, 2017)
C'est la première fois que je vois Mylène Farmer dans un film, pas dans une courte scène, non elle est l'un des cinq personnages principaux de ce sympathique film qui fait peur (tendance, on sursaute sur son siège). La panoplie du film de psychopathe est déclinée sans finesse. L'une des filles de Mylène fait un doigt d'honneur au conducteur d'un véhicule qui veut les doubler en klaxonnant (quelle erreur fatale). La maison où Mylène et ses deux filles aménagent est isolée, de style ancien (on est en Nouvelle Angleterre) et peuplée de bibelots et poupées que Pascal Laugier s'amuse à filmer comme dans n'importe quel film américain de ces dix dernières années. Enfin, la famille se fait attaquer par le conducteur du véhicule et son fils, un colosse qui grogne. Tout ça dans le premier quart d'heure. Vu et revu 100 fois. Et soudain, petit miracle, le scénario développe une piste originale et maîtrisée. Pascal Laugier joue sur nos nerfs et ça marche, Ghostland fait flipper parce qu'on ne sait plus où on en est. J'en dis pas plus.

mardi 30 janvier 2018

J'ai aussi regardé ces films en janvier

Three billboards outside Ebbing, Missouri (Martin McDonagh, 2017)
Il existe un réel exotisme à filmer le sud profond, ces rednecks, hillbillies et ploucs qui peuplent cette Amérique blanche et fière de l'être. Le langage est fleuri (Nigger et Fuck toutes les 10 phrases), bourré d'un accent typique (on est dans le Missouri qu'on prononce Mizouri) et Woody Harrelson poursuit son jeu élaboré dans True detective saison 1, le modèle de Three billboards. Parfois le cinéma tente, comme ici, de produire un récit très foisonnant qui passerait bien mieux à la télévision dans une série télé, c'est un peu le dilemme d'un certain cinéma aujourd'hui. Le scénario de Martin McDonagh ne cesse jamais de se déplacer d'un personnage à un autre et de lâcher des retournements scénaristiques (tiens, et si Woody avait un cancer, et si Sam défenestrait l'imprimeur). A l'inverse, il retranche du personnage de Sam Rockwell ce qui constitue son identité sexuelle. Suffit-il de faire écouter une chanson d'Abba ou de l'opéra pour signifier qu'il est un homo refoulé ? Qu'il est amoureux de l'imprimeur qui fabrique les affiches à moins que ce ne soit de son patron ? Est-ce pour cela que le plus grand retournement du film, son passage de petit suprémaciste blanc à gentil garçon brûlé me laisse perplexe ? Sans aucun doute, je ne dois pas aimer l'exotisme.

The Greatest show (Michael Gracey, 2017)
A Bollywood, la valeur d'un film tient, pour les spectateurs et les critiques, à l'argent dépensé dans les décors et les costumes qui permettent de sublimer les longues chansons. Si on appliquait ce critère à The Greatest show, il serait le meilleur film américain de l'année. Les chansons vives et colorées, armées de chorégraphie moderne et d'arrangements pop, ont été écrites par le duo Pasek & Paul, inconnus en France, stars de Broadway (ils ont tout raflé pour la comédie musicale Dear Evan Hansen). Le film n'a pas le génial kitsch de Baz Luhrman (le film ressemble parfois à Moulin Rouge!) et les danses restent mécaniques comme dans Hairspray d'Adam Shankman. Deux morceaux sont très bons mais sinon le message est asséné avec un marteau piqueur : effaçons nos différences, nous sommes tous humains et nous avons tous un cœur. Paradoxalement, le film montre des freaks du cirque Barnum mais non seulement aucun de ces personnages n'existe mais il est d'une pudibonderie incroyable. Pas un seul bout de peau, pas un poil (ceux de Hugh Jackman et Zac Efron, seuls personnages développés), pas une fesse à l'écran. Ne parlons même pas de la question de genre totalement absente et de la vie amoureuse (c'était le sujet de Freaks de Tod Browning). Seulement des beaux décors et des beaux costumes. A cela, il faut ajouter une vision étriquée de la critique contre le goût populaire dans un jeu de dupes pas très malin.

Pentagon papers (Steven Spielberg, 2017)

Dès que je sais quoi penser du dernier Spielberg, je fais signe. Mais le bon souvenir de Spotlight est trop présent pour que j'aime les étranges minauderies de Meryl Streep qui semble avoir garder l'accent de Miss Maggie. Je lis, surtout dans les Cahiers du cinéma, des éloges sur le film où tout est vrai mais cela ne suffit pas à me convaincre. La ligne claire avec laquelle Steven Spielberg (comme dans une bande dessinée) a l'habitude de mettre en scène ses films se substitue à un grand nombre de situations similaires. Cela dit, comme Brian et Francis, le cinéaste a fait son film sur le Viet Nam, loin des combats sauf dans la séquence d'ouverture, une vision passionnante mais très aristocratique. C'est terrible mais j'ai vu le film il y a quatre jours et je l'ai déjà oublié, comme c'était déjà le cas avec Lincoln.

mercredi 14 décembre 2016

Arrête-moi si tu peux (Steven Spielberg, 2002)

To tell the truth, c'est le nom du jeu télévisé auquel William Abagnale Jr (Leonardo DiCaprio) participe en tout début de film, juste après le fabuleux générique en animation inspiré de La Mort aux trousses. Film sur le mensonge, sur les personnalités multiples, sur la traque à travers les USA (et un peu en France), dès le générique et l'ouverture de Arrête-moi si tu peux, Steven Spielberg annonce le programme, son personnage a été successivement professeur de français dans un lycée, médecin puis avocat, le tout sans aucun diplôme et en usurpant ses identités.

Le but du jeu du film est double et porteur d'enjeu dramatique et de comédie comme rarement le cinéaste n'en a envisagé. Il s'agit de mettre en scène un imposteur tout en le rendant extrêmement sympathique, de montrer comment il se glisse d'un rôle à un autre. Puis c'est le jeu du chat et de la souris auquel les deux adversaires, Frank et Carl Hanratty (Tom Hanks) se livrent pendant un peu plus de deux heures. Carl est un agent du FBI dans la quarantaine, divorcé, plutôt banal et qui va consacrer six ans de sa vie à traquer Frank qui avait 16 ans en 1963.

Mentir est devenu l'activité de Frank. C'est son père (Christopher Walken) qui l'a poussé dans cette manie. Un beau matin, le lendemain de Noël, Frank et son père partent en voiture de leur petite maison bourgeoise du New Jersey pour se rendre à New York. Frank Senior veut convaincre un banquier de lui prêter de l'argent et demande à son fiston de s'habiller comme un chauffeur de limousine et de conduire le véhicule, histoire d'impressionner. Tout sourire l'ado se prête au jeu, à ce rôle et à cette mise en scène.

Le père, ce douloureux problème. Celui de Frank est un piètre homme d'affaires, sa boîte est en faillite. Il divorce de sa mère (Nathalie Baye) qui va se remarier avec le meilleur ami de l'ex (James Brolin), mais le jeune Frank ne pourra jamais accepter ce beau-père. Carl est le père de substitution de Frank, ce dernier l'appelle au téléphone chaque soir de Noël, comme une tradition qui s'établit entre eux que Steven Spielberg filme comme autant de moments comiques qui versent au fil de la conversation vers le drame.

Dans ces mensonges et ces escroqueries, il y a la volonté de réparer le divorce de ses parents. Frank dès qu'il rencontre son père lui demande des nouvelles de sa mère, il croit qu'ils vont se remettre ensemble. La scène dans le restaurant chic où il offre un cadeau coûteux à son père est des plus pathétiques, elle montre Frank totalement hors du monde, complètement dans un monde factice où il pense que le costume fait le professeur, le pilote de ligne ou l'avocat. Mais le costume qui fait le fils a disparu avec le divorce de ses parents.

C'est précisément ce divorce qui lance Frank Jr dans ses personnages. La première fois est traitée sur le ton de la franche comédie. Frank doit intégrer un nouveau lycée. Deux de ses camarades de classe le bousculent et se moquent de son uniforme. Arrivé dans la classe, il profite de l'occasion pour se faire passer pour le prof. Et cela pendant une semaine. « Il a même prévu une sortie scolaire » dit le proviseur dépassé par ce cas où Frank a appris le français à d'autres lycéens. Son père, complice de son fils, sourit à ces facéties.

La grande force du personnage est son adaptabilité, sa manière de se fondre dans le moule. On le voit parfaitement dans la mise en scène de Steven Spielberg quand il le filme en train de se cacher au milieu des hôtesses de l'air en fin de film, tous les flics dépêchés par Carl matent les filles et Frank passe inaperçu. Il en sera de même quand il deviendra médecin dans le sud puis avocat, tout en séduisant une jeune femme coincée (Amy Adams) et s'alliera avec son nouveau père de substitution, le sudiste conservateur qu'incarne Michael Sheen.

Tout comme on sait que Frank mentira dès le début du film, on n'ignore pas que Carl va l'arrêter. La linéarité des 6 ans de la longue poursuite sont coupées par l'arrestation de Frank par Carl. Le film montre avec habileté l'enquête qu'il mène comme une mission, la collection des maigres indices, des méthodes d'escroquerie et de l'identité de l'escroc. Le changement de ton est progressif tandis que Frank est cerné et que Carl reprend la main, mais pas de psychologie de bazar, pas de profiler dans cette histoire de faux où tout est vrai.


























samedi 5 décembre 2015

Le Pont des espions (Steven Spielberg, 2015)

Le premier film de Steven Spielberg que j'ai vu au cinéma était Indiana Jones et la dernière croisade en 1989. C'était l'histoire d'un homme en conflit avec son père qui traverse la planète pour empêcher des ennemis de l'Amérique de devenir immortels. 26 ans plus tard, Le Pont des espions raconte l'histoire d'un homme en conflit avec sa patrie qui traverse l'Atlantique pour empêcher des ennemis de l'Amérique de déclencher la guerre. Ou à peu près. Il paraît que les frères Coen sont scénaristes de ce film mais leur nom apparaît après celui d'un certain Matt Charman. Peu importe, le récit spielbergien suit la plupart du temps le même modèle, celui de l'engagement à la Tintin.

Donovan, l'avocat d'assurances que joue placidement et en bon père de famille Tom Hanks, n'est ni Indiana Jones ni Tintin quand il débarque dans le récit. L'histoire a déjà commencé bien avant son arrivée et, comme tout héros spielbergien, il subit le récit sans en être jamais le moteur. Donovan est celui qui fait la connexion entre les autres. C'est lui qui est le pont entre les espions soviétiques, américains et est-allemands qui peuplent ce foisonnant récit sur un moment charnière de la guerre froide. Son cabinet le désigne pour défendre Abel, un espion à la solde de l'URSS à la demande du FBI, la CIA le conseille quand il se rend à Berlin en 1961.

Plus que jamais, la famille au sens large du terme, est le motif central du film de Steven Spielbrg. Donovan mène jusque là une vie bien pépère avec son épouse, leurs deux filles et leur fils. Ce dernier ressort complètement paranoïaque après avoir vu en classe un film de la propagande américaine sur les bombes atomiques. Puis, il accusera son père d'être devenu communiste en défendant cet espion rouge. La rue et l'opinion publique harcèlent les Donovan jusque chez eux. Leur maison devient un camp retranché. Pour Donovan, comme il le dit à l'agent de la CIA, c'est surtout sa Patrie, protégée par la Constitution, qui est sa famille.

Quand il se retrouve à Berlin Est, Donovan fait la connaissance de la famille d'Abel, famille créée par le KGB pour le piéger. C'est l'un des moments comiques qui arrive juste après des scènes angoissantes où l'avocat traverse la ville en proie à la guerre froide et découvre l'horreur du mur. Ce mur brise les amours naissantes, dont celles d'un jeune Américain amoureux d'une Berlinoise de l'est. La scène est un peu balourde et le cinéaste s'intéresse moins au sort de ce personnage comme de celui du pilote d'avion engagé par le FBI pour espionner l'URSS. Donovan veut pourtant réunir tous les enfants de sa Patrie, défiant l'agent de la CIA qui ne s'intéresse qu'au pilote.

C'est bien volontairement que je ne raconte pas les ressorts dramatiques du récit, même s'il est inspiré de faits réels, Steven Spielberg mène admirablement le suspense d'une complexité jouissive pour le spectateur. Le film offre un superbe hommage au cinéma de Stanley Kubrick dans une courte séquence, celle où le pilote de la CIA est abattu par la DCA soviétique. Pastichant à la fois Dr. Folamour (le pilote chevauche l'avion qui tombe, la menace d'une guerre totale) et 2001 l'odyssée de l'espace (la machine détraquée, les reflets sur le casque), cette séquence de quelques minutes mérite à elle seule d'aller voir Le Pont des espions.