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mardi 4 avril 2017

The Queen (Stephen Frears, 2006)

Deux familles s'affrontent dans The Queen. A ma gauche, les Blair. Tony (Michael Sheen, il jouait un domestique dans Mary Reilly) vient de remporter les élections législatives. Son épouse Cherie (Helen McCrory) est républicaine mais elle est obligée de venir rencontrer la Reine. Cherie n'a aucune sympathie pour sa souveraine et rien que l'idée de faire une révérence devant elle la met en rogne, mais elle ira avec son mari à Buckingham. Ils ont trois enfants.

A ma droite, les Windsor. La Reine Elizabeth II (Helen Mirren) qui a vu défiler dans son palais 10 Premiers Ministres, le premier étant Winston Churchill. Appliquant le protocole à la lettre, elle s'apprête à demander à Tony Blair de former un gouvernement. Son mari le Prince consort Philip (James Cromwell) toujours à grommeler, la Reine Mère (Sylvie Symas) constamment assise et prête à dégainer. Et entre les deux, la Princesse Diana qui vient de mourir à Paris.

Les deux familles vivent comme toutes les autres. Les Blair se la jouent moderne et cool. Chez eux, Tony porte un maillot de foot, il aide aux tâches ménagères, leur maison est modeste. Les Windsor passent l'été au palais de Balmoral, en Ecosse. Un vieux château immense et mal chauffé, la Reine dort avec une bouillotte quand son secrétaire particulier, le fidèle Robin Janvrin (Roger Allam) vient la réveiller en pleine nuit pour annoncer l'accident de son ex-belle-fille.

« Qu'est-ce qu'elle a encore fait ? » demande en grommelant Philip. Comme tous les autres Britanniques, la Reine, la Reine Mère et le Prince consort regardent la télé en continu pour suivre les informations. Arrive le Prince Charles (Alex Jennings) qui ne prévient pas immédiatement ses deux fils. C'est ainsi que commence le récit de cet affrontement entre deux visions, entre deux positions, entre deux camps. Pendant ce temps, les Britanniques viennent déposer des fleurs et des messages devant Buckingham.

La famille s'élargit. Le camp travailliste se retrouve au 10 Downing Street pour préparer le discours de Tony Blair. Son conseiller lui trouve la formule « la Princesse du peuple », formule qui fera tellement mouche qu'elle met le Prince Philip en colère. Il grommelle encore plus que d'habitude. Il ira à la chasse au cerf avec ses petits-enfants. Est-ce une bonne idée demande Elizabeth. La Reine Mère répond qu'ils peuvent tirer sur les paparazzi s'ils viennent roder autour de Balmoral.

Stephen Frears mène son récit comme un suspense, haletant comme un bras de fer et pourtant on sait exactement comment cela se termine. La Reine participera-t-elle aux funérailles de Diana ? S'exprimera-t-elle ? Elle ne veut pas tandis que ses sujets commencent à gronder. Le drapeau n'est pas en berne. « Même pour votre grand-père le drapeau n'était pas en berne » répond sèchement la Reine Mère à Charles. Le protocole, toujours le protocole.

Ce fameux protocole est admirablement illustré par une courte scène où les secrétaires de Buckingham épluchent chaque point des funérailles. « Ces gens ont-ils un cœur ? » demande le conseiller à Tony Blair qui passe des coups de téléphone à la Reine qui soupire avant de répondre avant que le fidèle Robin ne rappelle le Premier Ministre. Les coulisses du pouvoir passent par les employés, ce sont eux qui arrangent les choses.

Malgré la tragédie que vit le Royaume Uni cet été 1997, The Queen est l'un des films les plus drôles de Stephen Frears. Dès la séquence d'ouverture, avec ce regard caméra de la Reine, le cinéaste se place sous le signe de l'ironie. Il rend sympathique la souveraine en décrivant son intimité : elle se lève le matin, elle dresse un pique-nique, elle conduit son 4X4. Certes, elle est plus émue par le cerf à 14 branches que par la mort de Diana mais elle finira par rejoindre l'avis de Tony Blair pour redevenir la « Reine du peuple ».























lundi 27 mars 2017

The Hi-Lo Country (Stephen Frears, 1998)

Nouveau Mexique, 1945, Pete Calder (Billy Crudup) prend son fusil, monte dans son truck, file vers l'église et attend que les paroissiens sortent. Billy, en voix off, dit qu'il a pour la première fois de sa vie l'intention de tuer. Mais tuer qui ? Là est toute la question de The Hi-Lo Country, unique western de Stephen Frears, dont le récit est un long et lent flash-back sur Pete. Western au beau milieu de nulle part, dans cette bourgade au nom en oxymore (haut-bas) dans le désert, avec ses rues vides et ses vastes prairies de vaches.

Tout commence avant guerre. Pete est un petit jeune qui galope fièrement sur son cheval sauf que son cheval ne l'entend pas de cette oreille et rue dans les brancards, jetant le cow-boy au sol. Plus loin, un autre gars attrape le canasson. C'est Big Boy Matson (Woody Harrelson). Les deux hommes sympathisent immédiatement mais c'est l'heure de la mobilisation et ils partent à la guerre. Big Boy laisse sa mère et son petit frère (pas si petit que ça quand même) surnommé tout simplement Little Boy (Cole Hauser) à la ferme.

Quand ils reviennent à Hi-Lo, tout a changé. Comme dans un film de Budd Boetticher, un potentat local a acquis de nombreuses terres du coin. Son ranch est le plus important et il embauche ceux à qui il a acheté les propriétés. Ce riche homme d'affaires, Jim Ed Love (Sam Elliott) est devenu le patron de Little Boy, ce qui met Big Boy dans une colère sourde. Il ne cessera jamais de critiquer le choix de son jeune frère et de l'humilier en public. Quand Love propose à Pete d'acheter ses terres, Big Boy coupe court les négociations pour travailler avec son ami et établir leur propre ranch.

Les affrontements capitalistes prennent un autre tour avec les rivalités amoureuses, tissant une toile où chacun devient la proie de l'autre.tout cela est étroitement lié. Au centre de toute les attentions, Mona (Patricia Arquette). Pendant la guerre, elle a épousé le falot Les Birk (John Diehl), le fidèle bras-droit de Jim Ed Love. Personne ne comprend pourquoi Mona s'est marié avec cet homme qui porte une moustache dont Big Boy se moque. Mona répond avec candeur « parce que tout le monde était parti ». Ce que l'on remarque, c'est que Mona porte un pantalon, ce qui en dit long sur son indépendance d'esprit.

Cette indépendance mène Mona à tromper Les. Pete cherche à la séduire, très timidement, sans jamais oser, il n'aime pas l'idée de l'adultère. Big Boy n'a pas ses scrupules, il se cache pour entretenir sa liaison avec Mona puis l'affirme ouvertement pour encore plus humilier Les et son patron. La scène à la station d'essence cristallise les haines. Pete trouve en Josepha (Penelope Cruz) une consolation à son dépit amoureux. Maintenant que Stephen Frears a posé tous les enjeux et les rivalités,manipule ses marionnettes pour répondre à la question initiale : qui Pete veut-il tuer ?




















mercredi 22 mars 2017

The Van (Stephen Frears, 1996)

Dublin, novembre 1989. Bimbo (Donal O'Kelly) se retrouve, au bout de 25 ans dans la même boite, au chômage. Son meilleur ami Larry (Colm Meaney), lui aussi sans boulot, essaie de lui remonter le moral. En chômage, il s'y connaît. Que faire, donc ? D'abord, traîner au pub et boire quelques pintes de bière, même si l'argent, lui, ne coule pas à flot. Ensuite, s'incruster sur les terrains de golf et faire quelques trous, même si on ne sait pas jouer, ça fait prendre l'air après quelques bières. Enfin, garder l'espoir.

La belle idée de The Van, qui reprend à peu près la même ambiance que The Snapper tourné trois ans plus tôt pour la télévision, est de mettre en symbiose cet espoir, non pas avec le boulot, mais avec le foot. Tous les habitants du quartier suivent ainsi les différentes phases de l'équipe nationale d'Irlande, les qualifications début 1990 puis les premiers matchs de la coupe du monde. Les matches sont regardés dans les pubs avec ferveur, avec des maillots verts et avec de la bière en abondance. Comme la réalité fait que l'Irlande n'est pas allé en quart de finale, Stephen Frears poursuit sa fiction.

La fiction chez ces chômeurs de la banlieue dublinoise prend la forme d'une utopie. Il faut d'abord dresser le portrait de Bimbo et Larry. Chacun est marié et père de deux enfants. L'épouse de Larry, Mary (Caroline Rothwell) a décidé de reprendre ses études. Kevin (Ruaidhri Conroy) le fils prend son père en contre exemple et bosse bien au lycée, Diane (Neili Conroy), l'aînée, est maman d'une petite fille. L'épouse de Bimbo, Maggie (Ger Ryan) est mère au foyer et élève ses deux jeunes fils qui brillent à l'école. Parce qu'ils sont de gentils papas, ils doivent trouver du boulot.

Stephen Frears prend bien soin de mettre en contexte cette utopie qui va débarquer dans la vie des deux amis, il confronte assez vite les caractères des deux hommes. Bimbo est calme, posé et désespéré par son chômage. Larry est un gueulard (Mary a imposé une boîte à gros mots, Larry dit un fuck à chaque phrase), un amateur de bières et un père qui fait honte à ses enfants. On découvre aussi les amis piliers de bar des deux amis, et c'est l'un d'eux qui trouve le van, le camion qui va leur offrir une nouvelle vie.

C'est un camion dégueulasse abandonné dans un quartier en ruine. Il n'a plus de moteur. Il faut le tracter chez eux, suivi par toute une ribambelle de gamins moqueurs. Il faut le nettoyer. Il faut le peindre. Il faut le nommer (Bimbo's burgers). Il faut trouver de quoi composer les menus (morue et pommes de terres frites). Tout cela compose des scènes légères, un peu en forme de scène de casting, telles que le scénariste Roddy Doyle en inclue souvent dans les films qu'il écrit. Maintenant que l'Irlande est éliminée de la coupe du monde, ils peuvent se mettre au boulot.

Ce sont ensuite les recherches des premiers clients, toujours sur le même ton. Voici des mémères qui sortent du bingo. Facile, elles sont bien aimables. En revanche, les supporters de foot sont un peu plus directs. Le duo diversifie la clientèle, le camion est enfin équipé d'un moteur, direction la plage. Bimbo est aux fourneaux et Larry use de son franc parler et de ses injures pour calmer les clients, souvent de manière bien outrancière (en plus il est soupe-au-lait) ce qui inquiète un peu son associé. D'autant que Larry n'en fait qu'à sa tête.

Associés, certes, mais les petites disputes, les rancœurs ne vont tarder à arriver. Larry décide, sans consulter Bimbo d'embaucher sa fille, puis ce sera son fils. En sous main, Maggie peste, conseille son mari Bimbo. Quand Larry reçoit une feuille de salaire, alors que jusque là il se servait dans la caisse pour se payer, il décide de répliquer en se syndiquant et choisit de faire sa pause en plein rush. Une tentative de réconciliation où, en costume cravate, les deux amis se prennent pour des richards, accentuent encore plus leurs désaccords.

Avec ses colères suivies de blagues et d'excuses, Larry est décrit comme une personne ambiguë. Stephen Frears prend un malin plaisir à rendre son personnage tout à la fois très jovial et relativement antipathique. Il prend ainsi, sur des thèmes très proches, le contre-pied du cinéma de Ken Loach (The Van rappelle par bien des aspects Raining stones). Stephen Frears poursuit son idée de double caractère à la Dr. Jekyll et Mister Hyde de Mary Reilly, sorti quelques mois avant The Van, ainsi que dans ses films précédents, mais sous le soleil irlandais et avec un grand sourire.