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samedi 7 juillet 2018

La Mort vous va si bien (Robert Zemeckis, 1992)

Ce sont les meilleures ennemies du monde. La première s'appelle Madeline (Meryl Streep), la seconde Helen (Holdie Hawn). Quand elles se retrouvent dans une réception mondaine, elles se surnomment l'une l'autre Mad et Hel, folle et enfer, histoire de bien marquer la haine que les deux amies se portent en permanence. Elles se connaissent depuis si longtemps, Madeline est devenue une actrice populaire mais vieillissante, Helen n'est rien devenue du tout.

Le spectacle que donne Madeline à Broadway en cette année 1978 est une comédie musicale qualifiée par tous de ringarde. Mélange dégénéré de danse des années 1950 et de disco, lumière blafarde, costumes clinquants, seule Madeline semble y croire, et encore ce n'est même pas certain. Les spectateurs quittent la salle par poignée entière, les applaudissements sont maigres, les visages défaits et navrés. Ravie de cet échec, Helen va saluer Madeline dans sa loge.

L'enfer va commencer pour Hel quand elle présente son époux Ernest (Bruce Willis), le seul à avoir trouvé formidable le spectacle. Bruce Willis est affligé d'une moustache ridicule, c'était la sinistre période de l'acteur quand Hollywood pensait qu'il était fini après le double bide Hudson Hawk (devenu un classique comique depuis) et Le Bûcher des vanités (pas encore réhabilité). Ernest est chirurgien esthétique et Madeline va mettre le grappin dessus.

La Mort vous va si bien passe sept ans plus tard, milieu des années 1980, le triomphe des années Reagan et celui de Madeline à Hollywood. Helen, seule et solitaire, est devenue obèse et termine à l'asile, obsédée qu'elle est par sa haine. Puis sept autres années passent, Ernest et Madeline habitent une immense maison à Beverly Hills. Elle a des amants, bien plus jeunes et plus musclés qu'Ernest et ce dernier se contente de faire en sorte que Madeline reste jeune et à la mode.

Ah la jeunesse éternelle, voilà le sujet du film et le passage par une créature sexy à souhait donc forcément démoniaque relance le récit, Lisle Von Ruhman (Isabelle Rossellini), figure gothique kitsch à moitié nue pendant ses quelques apparitions et vêtue d'une fontaine de colliers de perles et diamants sur la poitrine. Helen a retrouvé sa jeunesse et Madeline veut retrouver la sienne, chacune est allée acheter une fiole de la précieuse potion de Lisle. Tout Hollywood est passé voir Lisle.

Goldie Hawn est plus à l'aise que Meryl Streep dans le rôle de l'épouvantable pimbêche. Car c'est une bataille au-delà de la mort qu'elles se livrent, Helen a convaincu Ernest de revenir (pure vengeance et jalousie) et de tuer Madeline. Celle-ci dévale l'escalier et se démembre, son cou ne tient plus son visage. Plus tard, Helen aura un trou dans l'abdomen. Le corps comme expérimentation, encore balbutiante, des effets spéciaux est l'ambition formelle de La Mort vous va si bien.


Seulement voilà, La Mort vous va si bien veut à la fois être une comédie burlesque avec ses stars, une vague imitation de La Guerre des Rose, et donner une bonne grosse leçon de morale sur l'état de Hollywood (comme Robert Altman avec The Player six mois plus tôt). La férocité n'a jamais été le point fort de Robert Zemeckis. La critique est puérile (oui, la jeunesse est une malédiction à Hollywood, oui les actrices n'ont pas le droit de veillir) mais le comique facétieux est souvent amusant.




















lundi 2 juillet 2018

Crazy day (Robert Zemeckis, 1978)

Sur la devanture du studio de télévision, un ouvrier perché sur son escabeau remplace in extremis le E par un A. Ce soir du samedi 8 février 1964, les Beatles, avec un A et non un E, doivent donner leur premier concert pour les Américains, ce sera à New York dans l'émission la plus populaire de la télévision, le Ed Sullivan Show. Le présentateur vedette (incarné par Will Jordan) avertit les vigiles du risque d'hystérie collective des spectatrices présents dans la salle, comme dix ans plus tôt elles s'affolaient devant Elvis Presley.

I wanna hold your hand (chanson entendue dans le générique d'ouverture composé d'images d'archives du groupe), rebaptisé Crazy day lors de sa sortie en France sept ans après les USA et après son premier succès chez nous A la poursuite du diamant vert, est le premier film de Robert Zemeckis. Film éminemment burlesque, totalement cartoonesque, il suit un petit groupe d'adolescents du New Jersey, qui partent de leur banlieue pour rejoindre New York et tenter d'assister à ce show quand bien même aucun n'a d'invitation.

Tout commence chez un disquaire où l'arrivage du nouvel album des Beatles tourne à prise d'empoigne. C'est l'occasion de présenter les quatre amies. La fan absolue Rosie (Wendie Jo Sperber) qui connaît tout du groupe et qui est amoureuse de Paul McCartney (qu'elle appelle Paul, tout simplement), petite bonne femme, toujours armée de gants rouges, elle est la plus engagée pour aller à New York. Son moyen de se rendre au show est de gagner une place grâce à un jeu radio, elle court d'une cabine téléphonique à l'autre, le transistor à l'oreille.

Ses deux amies sont moins dingues des Beatles. Grace (Theresa Saldana) veut les prendre en photo dans l'espoir d'être publiée dans Life. Pam (Nancy Allen) prétend ne pas aimer les Beatles, elle doit se marier le soir-même et ne veut pas quitter le New Jersey mais va se laisser embarquer dans l'aventure tout comme Janis (Susan Kendall Newman), la fille du disquaire qui méprise les chansons faciles des Beatles et n'aiment que Bob Dylan ou Peter Paul & Mary. Elle veut manifester devant la télé pour interdire la venue du groupe.

Quatre filles, comme les quatre membres des Beatles, qui doivent trouver un chauffeur. Grace convainc rapidement le timide Larry Dubois (Marc McClure) de devenir leur chauffeur, bien qu'il n'ait pas le permis, mais son père, croque-mort, a un corbillard. Le véhicule, selon les filles, pourra très bien passer pour une limousine et elles pourront accéder à l'hôtel où le groupe réside sans se faire arrêter par les policiers. Et le mieux est que leur méthode fonctionne, la limousine corbillard se faufile au milieu des fans et les voilà près de leurs idoles.

Contrairement à la bande des quatre filles formée dès le début du film, le quatuor de garçons se crée au gré des rencontres. Comme Janis, Smerko (Bobby Di Cicco) déteste les Beatles. Moins leur musique que leur tenue, Smerko les traite de tantouze, lui qui n'aime que le rock et les blousons de cuir. Smerko est le macho de base, franchement couillon. Ce qu'il exècre chez les Beatles est que les filles en soient fans, il ne comprend pas qu'elles puissent les préférer à lui, il se sent blessé dans sa virilité si longuement construite dans ses années collège.

Il se moque de Larry pendant le trajet. Mais il pourrait se moquer des deux autres garçons fans également des Beatles. Le binoclard Richard (Eddie Deezen), grand maigre en costumes, squatte une chambre dans l'hôtel. Il se surnomme Ringo, le vrai prénom du batteur. Il collectionne tout sur les Beatles, jusqu'à découper un carré de gazon où Paul aurait marché, « je ne sais pas précisément quel brin d'herbe il a foulé » dit-il avec grande fierté à Rosie, son absolue alter ego. Chacun se vante d'être le plus grand connaisseur des Beatles, forcément ils vont tomber amoureux l'un de l'autre.

Le quatrième garçon est bien plus jeune, Eddie (James Houghton) a 14 ans. Il a des billets pour se rendre au show, mais son père, un ancien Marine, refuse de les donner tant qu'il ne s'est pas fait couper les cheveux. La scène chez le coiffeur ressemble à une condamnation à la chaise électrique, filmé comme un film d'angoisse, il sera sauvé de la coupe par Janis et Smerko. Ce jeune Eddie est sans doute le double cinématographique de Robert Zemeckis, il avait 14 ans quand ce show a eu lieu et son père, très conservateur, était Marine. Crazy day est le récit de certains des souvenirs de son adolescence.

Arriver à temps au show des Beatles est une course poursuite ininterrompue pendant 90 minutes, une course contre la montre horizontale et verticale. Horizontale avec ce corbillard qui emboutit d'autres voitures, dangereux quand Larry se saoule, verticale avec les ascenseurs qu'empruntent Rosie et Richard pour accéder à l'étage du groupe sans jamais y parvenir, toujours empêché par une panne, par des adultes peu compréhensifs, des flics obtus (l'un d'eux est joué par Dick Miller, l'acteur fétiche de Joe Dante).

Pam prend aussi cet ascenseur qui la mène directement dans la suite des Beatles. Elle qui n'avait pas envie de venir, qui prévoyait une tranquille vie de mère au foyer, tombe en pâmoison devant les instruments des Beatles. C'est une vraie scène sexuelle, chose rare chez Robert Zemeckis, quand elle touche la basse de Paul McCartney, qu'elle la lèche avec volupté, qu'elle la glisse entre ses jambes dans un simulacre extatique. Avant que le burlesque ne reprenne le dessus quand le groupe rentre dans la chambre mais surtout, elle comprend qu'elle ne veut plus de la vie qui l'attend.


Quand les Beatles retournent dans leur suite, on ne les voit jamais. Quatre figurants jouent le groupe, on les voit de dos, on voit leur pieds. Pour le finale au Ed Sullivan Show, Robert Zemeckis a une idée simple, les moniteurs des caméras montrent l'image réelle du show en noir et blanc. L'effet est efficace, il est le premier dans son cinéma à mélanger les « archives » avec ses acteurs, plus simplement à faire du corps de ses interprètes des effets spéciaux, la quintessence de l’œuvre de Robert Zemeckis qui ne fera qu'augmenter jusqu'au déraisonnable.



























jeudi 24 novembre 2016

Alliés (Robert Zemeckis, 2016)

Il y a de cela quelques années, sans doute dans le magazine Première à l'occasion de la sortie de Forrest Gump (mais je ne suis plus sûr), j'avais lu une interview de Robert Zemeckis où le cinéaste américain disait qu'il avait vu tous les films de guerre existant depuis l'invention du cinéma. Certes, il se vantait un peu, et voici Alliés son premier film de guerre. Forrest Gump ne contenait que quelques scène au Vietnam quand Gary Sinise perd ses jambes et que Forrest le ramène sur son dos en courant (vous voyez, pas la peine d'aller voir le dernier film de Mel Gibson, Robert Zemeckis l'avait fait il y a 20 ans).

Bref, Alliés (en français dans le texte) s'aventure en 1942 (deuxième film que je regarde cette semaine qui se passe pendant la deuxième guerre mondiale en 1942 après Furyo) et qui plus est à Casablanca, comme ce cher Michael Curtiz l'avait fait avec Ingrid Bergman et Humphrey Bogart. D'ailleurs, sans révéler quoi que ce soit, Alliés se termine sur un aérodrome comme dans Casablanca. Et on évoque aussi une Marseillaise qu'aurait jadis chanté la si bien nommée Marianne (Marion Cotillard), devant des allemands. La Française accueille Max (Brad Pitt) dans un cabaret où elle a ses habitudes.

Max et Marianne ne sont pas mariés mais elle prétend à tous qu'ils le sont. Lui est un espion canadien, elle une résistante française. Il vient de sauter en parachute dans le Sahara marocain, avec un certain sens du mystère, une voiture vient le chercher (on pense évidemment à la scène du désert dans La Mort aux trousses, tout autant qu'au facteur à la fin de Retour vers le futur 2 qui apporte un courrier de 1855 à Marty). Elle a dit à tous ses amis qu'il est parisien mais elle craint que son accent ne le trahisse. Tu m'étonnes. Elle lui conseille de ne pas trop parler « ton accent peut passer avec les Casablancais, mais pas avec les Parisiens ».

Je ne comprends toujours pas pourquoi Robert Zemeckis s'entête à vouloir faire passer ses acteurs américains pour des Français. Déjà, Joseph Gordon-Levitt était ridicule dans The Walk. Là, Brad Pitt a bien du mal à sortir ses dialogues français, il est parfois incompréhensible (j'ai vu le film en VO, bien entendu, tout doit perdre son sens en VF). Elle a beau l'appeler « le Québécois », ça ne ressemble pas à l'accent de la Belle Province. Alors, il réplique qu'il vient de l'Ontario. Il semble incompréhensible que personne dans ce Maroc occupé par les nazis ne remarque son fort accent et que cela ne crée pas plus de tension, que le risque de se faire prendre ne soit pas plus important.

Alliés propose deux récits sur le thème du double, deux films pour le prix d'un, mais chacun est un peu expédié. D'abord un film d'espionnage où ils doivent abattre le consul allemand où ils sont censés se faire passer pour qui ils ne sont pas ; puis la vie à Londres avec un suspense à la Gone girl, qui manipule qui ? Marianne est-elle la femme qu'elle prétend ? Leur couple survivra-t-il aux tempêtes de l'Histoire, aux tempêtes de sable, au déluge de bombes, au déluge de révélations ? Alliés échoue, un peu comme Avé César des frères Coen, à ne pas plonger dans le glamour de la reconstitution au détriment d'un suspense cohérent.