jeudi 29 juin 2017

Visages villages (Agnès Varda & JR, 2017)

L'été 2015, plusieurs journaux s'offusquaient que JR et Agnès Varda fassent appel à un site de participation financière (kisskissbankbank en l'occurrence) pour lancer le financement de ce projet qui a abouti à Visages villages. « Les grandes vacances à vos frais » écrivait L'Obs, « Varda et JR comptent sur votre générosité pour partir en goguette » titrait Libération. Les réseaux sociaux ont largement relayé ces articles pour se moquer des ces radins d'artistes. Aujourd'hui, défilent les noms dans le générique d'ouverture de tous ceux et toutes celles qui ont aidé au lancement de ce film, road movie amusant, parfois émouvant (parfois jusqu'au cucul le praline) et toujours léger comme une bulle de cidre, un divertissement entre la cinéaste de 89 ans et le photographe de 33 ans.

Elle voit tout en flou, il porte des lunettes noires, ses cheveux sont bicolores, il arbore un chapeau. Il sera souvent question d'yeux, bien plus que de regard, entre eux. Agnès Varda ne souhaite qu'une chose, que son cadet enlève ses lunettes et qu'il laisse voir ses yeux. Images à l'appui, elle rappelle qu'elle avait déjà réussi son coup en 1961 avec Jean-Luc Godard dans son interlude de 5 minutes au mi-temps de Cléo de 5 à 7. Lui aussi a des lunettes noires et un chapeau. Il sera plus tard encore question de Jean-Luc Godard dans une tentative de le rencontrer à Rolle. Il leur pose un lapin, écrit deux lignes sur la porte vitrée, sans qu'on sache vraiment si le lapin est volontaire ou un mauvais coup fait à son ancienne camarade.

Les yeux encore, Agnès voit un poisson découpé à l’œil torve, cela lui rappelle Un chien andalou (tourné l'année de sa naissance comme je le rappelait dans L'Opéra Mouffe). Le film enchaîne au gré des hasards et du montage (pour lequel Varda est créditée) sur son besoin régulier de soins. Une piqûre dans l’œil droit que JR photographie pour en faire un immense poster qu'il mettra sur un wagon de train de marchandises. Le film est l'occasion de se souvenir de quelques uns de ses films, Mur murs, Du côté de la côte ou Ulysse, qui lui évoque son ami photographe Guy Bourdin à qui elle veut rendre hommage sur une plage normande. Une photo de lui assis sera posée sur un bunker effondré et la marée, pendant la nuit, aura tôt fait d'arracher le poster géant.

L'éphémère règne partout dans Visages villages. Partis sur les routes sans idées préconçues de leur projet (c'est ce qu'ils prétendent), ils voguent de village en village, stoppant dans une usine, sur les docks du Havre. Ils discutent entre eux (les dialogues sont un peu trop écrits) et parlent aux gens, les font poser (toujours sans lunettes, cette aversion des montures d'Agnès Varda) et leur demandent leur avis. Ce que ces inconnus font bien volontiers mais en vitesse. Leur minute de gloire cinématographique. Ça va un peu vite, Agnès Varda après 63 ans de carrière cinématographique n'a rien à prouver, à démontrer, elle s'amuse d'un rien, elle se balade avec sa canne à allure lente dans les paysages. JR tente quelques facéties, ils refont la visite du Louvre comme dans Bande à part. Encore et toujours les yeux de Godard fascinent le film.

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