vendredi 14 octobre 2016

Agent trouble (Jean-Pierre Mocky, 1987)

J'ai toujours regretté que Catherine Deneuve n'ait jamais tourné pour Jean-Luc Godard et Bertrand Blier, surtout dans leur meilleure période. Ça aurait eu de la gueule. Mais elle a fait un film sous la direction de Jean-Pierre Mocky, et quel film ! Agent trouble est une grande réussite du cinéaste stakhanoviste. Pour entrer dans l'univers de Mocky, peuplé de gueules comme on le sait, Catherine Deneuve passe par une transformation physique. Cheveux bouclés et lunettes cerclées de métal, attifée comme une vieille fille comme le laisse supposer son personnage nommé Amanda Weber.

Amanda bosse dans un muséum sous la férule d'une conservatrice peu commode et exigeante, Madame Sackman (Héléna Manson). Un beau matin, Amanda reçoit la visite de son neveu Victorien (Tom Novembre), un grand échalas qui l'appelle « tantine » et qu'il prend dans ses bras comme une jeune fille. D'ailleurs, il dit qu'il n'y a qu'elle qu'il aime. Victorien a un secret à lui révéler et quelques objets à lui donner pour qu'elle les cache chez elle. Il lui raconte ce qui vient de lui arriver et que le film a narré dans sa séquence d'ouverture.

Une montagne recouverte de neige, un bus plein de touristes conduit par un chauffeur (Hervé Pauchon). Victorien est sur cette même route, mais à pied. Il a beau faire du stop, le bus ne le prend pas, mais il le retrouve plus loin, arrêté et Victorien monte à l'intérieur et se rend compte que tous les passagers sont morts. Ils leur piquent leur pognon et bijoux. Car Victorien refuse de travailler et cet argent lui tombe sur les bras. Le chauffeur arrive et le grand garçon doit fuir à travers la montagne, sans qu'il ne sache ce qui a causé la mort des touristes.

Jean-Pierre Mocky développe tout un scénario à suspense comme il en le secret pour faire, grand paradoxe, un film noir au beau milieu de la neige. Un agent trouble prénommé Alex (Richard Bohringer), un antiquaire dont les cheveux sont traversés de deux mèches blanches, va tout mettre en œuvre, y compris tuer, pour récupérer les objets dérobés. Alex est un homme calme à l'humour spécial qui sort à sa maîtresse Delphine (Sophie Moyse) des jeux de mots pour gens bêtes (d'ailleurs elle boite). « C'est quoi l'impuissance ? La panne des sens ! »

Amanda se confie à sa meilleure amie Edna (Sylvie Joly), demande des conseils à son ancien époux Stanislas Gautier (Pierre Arditi), devenu conseiller du Ministre et décide de partir enquêter elle-même sur les lieux du crime où elle rencontre Catherine surnommée Karen (Dominique Lavanant), une nymphomane typique du cinéma de Mocky. Si elle se transforme en détective privée, c'est que Victorien, dans sa grande arrogance, a voulu faire chanter Alex et que ce dernier n'a pas pris de pincettes avec lui et l'abattu.

Comme toujours chez Mocky, le nombre de personnages est important, tous habilement croqués et chacun ayant une fonction précise. Kristian Scott-Thomas est Julie une amie de Victorien qui se prostitue à domicile. Isabelle Mergault joue une serveuse. Jacques Boudet est un visiteur du muséum. Maxime Leroux est un savant fou. Les fidèles Dominique Zardi incarne le concierge et Jean Abeillé un homme qui renseigne Amanda. Et Jean-Pierre Mocky se donne rôle le plus noir, celui de l'homme qui manipule tout le monde, soit le metteur en scène de cette sombre histoire.






















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